Les Philistins - Léon-Pamphile Le May

Ils rendent à Dagon leurs devoirs négligés. Le dieu, peu rancunier, sourit à leur hommage. Dans son temple superbe, et devant son image, Ils se gorgent de vins aux festins obligés. Ils ne gémissent plus comme des affligés, Mais ils chantent l'amour. C'est un joyeux...

Les Pyramides - Léon-Pamphile Le May

Comme au milieu des mers d'immobiles vaisseaux, Depuis des milliers d'ans vous dormez dans vos sables, Et sur vos fronts, pour vous créer impérissables, La force et le génie ont imprimé leurs sceaux. Vainement la lumière, en radieux faisceaux, Pleut sur vous, vos...

Les Yeux - Léon-Pamphile Le May

Il est un œil si doux et si plein de candeur Qu'on dirait une étoffe en la nuit presque éteinte. La mer au fond d'un autre a mis sa fauve teinte. Un troisième est fait d'ombre. Et tous ont leur splendeur. Sous leurs cils veloutés il n'est pas de froideur Quand le cœur...

Mes sonnets - Léon-Pamphile Le May

Que le ciel bienveillant te garde des périls, Moisson que mes sueurs ont souvent arrosée ! Qu'il répande sur toi sa lumière rosée, Et que ta gerbe mûre embaume les fenils ! Vous tremblez, mes pauvrets, comme une larme aux cils, Comme aux lèvres, l'aveu, comme aussi la...

Pompéi - Léon-Pamphile Le May

Par des chemins de fleurs, au temple qu'on voit là, Des prêtresses s'en vont. Leurs bandes triomphales Dansent cyniquement au rythme des crotales. Jamais tissu discret alors ne les voila. Vénus veut des honneurs. C'est sa fête, et voilà Que la ville s'éveille. Et les...

Samson - Léon-Pamphile Le May

L'invincible Samson, le fils de Manué, Qui s'enfuyait avec les portes d'une ville, Qui tuait, luttant seul, les Philistins par mille, Et narguait leur pouvoir enfin diminué, Depuis longtemps incline un corps exténué Sous les rires moqueurs, dans un labeur servile ; Et...

Ultima Verba - Léon-Pamphile Le May

Mon rêve a ployé l'aile. En l'ombre qui s'étend, Il est comme un oiseau que le lacet captive. Malgré des jours nombreux ma fin semble hâtive ; Je dis l'adieu suprême à tout ce qui m'entend. Je suis content de vivre et je mourrai content. La mort n'est-elle pas une...

Une rencontre - Léon-Pamphile Le May

Rome pour tout un jour dépouille son air morne. Escorté de consuls, de femmes, de valets, Néron, vêtu de pourpre, a quitté son palais, Et le peuple ébloui l'acclame et le flagorne. Un vieillard voulait voir.- Monte sur cette borne, Lui dit en le haussant un joueur...

Le Réveil - Léon-Pamphile Le May

Laissons l'âtre mourir ; courons à l'aventure. Le brouillard qui s'élève est largement troué ; La fontaine reprend son murmure enjoué ; La clématite grimpe à chaque devanture. Le ciel fait ondoyer les plis de sa tenture ; Une tiède vapeur monte du sol houé ; L'air...

Le veau d'or - Léon-Pamphile Le May

Moïse, agenouillé sur le mont Sinaï, Plus haut que les rochers où l'aigle pend son aire, Reçoit devant le ciel, aux éclats du tonnerre, La table de la loi des mains d'Adonaï. Par un souffle infernal se sent tout envahi Le peuple qui l'attend. Ingrat et mercenaire, Il...

Les astres - Léon-Pamphile Le May

Mondes qui, chaque soir, à mes regards ravis Publiez la grandeur du Créateur suprême, Passez-vous les premiers dans un lointain extrême, Ou d'autres sont-ils morts, que vous avez suivis ? A d'implacables lois êtes-vous asservis ? La route parcourue est-elle encor la...

Chant du Matin - Léon-Pamphile Le May

Les vapeurs du matin, légères et limpides, Ondulent mollement le long des Laurentides, Comme des nuages d'encens. Au murmure des flots caressant le rivage, Les oiseaux matineux, cachés dans le feuillage, Mêlent de suaves accents. La nature, au réveil, chante une hymne...

Crépuscule - Léon-Pamphile Le May

Aux vallons endormis la nuit glisse en silence.Mes vieux pins sont drapés dans leurs sombres manteaux.On n'entend plus monter le rythme des marteaux,On ne voit plus la nef que la vague balance. Une fauve lueur, comme un éclair de lance,Embrase un coin du ciel,...

Eve - Léon-Pamphile Le May

- Un désir inconnu, mystérieux levain, Soulève et fait gémir mon âme émerveillée. Des rêves enivrants, quand je suis éveillée, Promènent mes esprits dans un orbe sans fin. Quel est-il donc ce bien que je soupçonne en vain ? Est-ce l'ambition ? Elle m'est conseillée....

Jahel - Léon-Pamphile Le May

Israël, effrayé de ses péchés nombreux, De nouveau gémissait auprès des tabernacles. Il vint à Débora qui rendait ses oracles Au sommet d'Ephraïm, sous un palmier ombreux. La prophétesse dit : - Arme dix mille Hébreux. Barac verra tomber devant lui les obstacles....

Judith - Léon-Pamphile Le May

Béthulie assiégée allait périr de faim ... Dans l'ombre, un soir, Judith que ce malheur consterne, Vient offrir, toute belle, au vaillant Holopherne De lui livrer la ville épuisée à la fin. - Qu'on boive le nectar dans les coupes d'or fin ! Que le baiser suave avec le...

L'univers est un poème - Léon-Pamphile Le May

Mystérieux moment où l'on commence à vivre... La matière s'anime à ton souffle, mon Dieu. L'âme qu'elle a reçue est un rayon de feu Qui remonte vers toi, prisonnier qu'on délivre. Et la vie est partout. Comme on lit dans un livre, Dans le monde insondable on voudrait...

La Maison paternelle - Léon-Pamphile Le May

Depuis que mes cheveux sont blancs, que je suis vieux, Une fois j'ai revu notre maison rustique, Et le peuplier long comme un clocher gothique, Et le petit jardin tout entouré de pieux. Une part de mon âme est restée en ces lieux Où ma calme jeunesse a chanté son...

La mer morte - Léon-Pamphile Le May

Près des. monts de Judée, arides, sans fraîcheurs, Et des monts de Moab aux sèves fécondantes, L'Asphaltite maudit berce ses eaux mordantes, Où jamais ne tomba le filet des pécheurs. Les rocs nus sont rayés de sinistres blancheurs. Serait-ce un reste froid de vos...

La terre - Léon-Pamphile Le May

Comment paraît la terre, en ces champs infinis Où le verre savant hâte ses découvertes, Quand de neige ou de fleurs ses plaines sont couvertes, Et quand, sur ses labours, flottent les blés jaunis ? Comment, avec ses bois comme des flots unis ? Avec ses mers de sable...

Le Colisée - Léon-Pamphile Le May

On admire toujours, sous le beau ciel romain, Ses vieux gradins massifs et ses hautes arcades, Flots de pierres pareils aux immenses cascades Que l'hiver boréal suspend sur son chemin. Les Césars orgueilleux, d'un signe de la main, Faisaient défiler là de fières...

A la lune - Léon-Pamphile Le May

Quand tu luis au-dessus de la forêt mouvante, On dirait que des feux s'allument tout au fond. Tu donnes un baiser à l'océan profond, Et l'océan frémit comme une âme vivante. Es-tu notre compagne ? Es-tu notre servante ? Ton éclat nous ravit, ton pouvoir nous confond....

Le déluge - Léon-Pamphile Le May

Et Dieu dit, regrettant l'excès de sa bonté - La terre que j'ai faite est livrée au désordre ; Elle ignore mon nom et méprise mon ordre ; Demain son dernier jour enfin sera compté. Il verse des torrents ; et c'est sa volonté Que ces eaux de vengeance aillent couvrir...

A notre monde - Léon-Pamphile Le May

Dois-tu n'avoir, un jour, qu'un vol de fainéant, Comme un oiseau lassé d'une course inutile ? Iras-tu, quand il faut pour te rendre fertile Des ans par millions, en un jour au néant ? Sais-tu la profondeur de l'espace béant ? Le temps qui nous détruit, est-ce qu'il te...

Le mirage - Léon-Pamphile Le May

C'est le désert lugubre après l'âpre savane, Le ciel de feu, le sable épais, l'air étouffant. D'une terreur étrange à peine on se défend. Seul, en ces lieux maudits, l'Arabe se pavane. Là des sources sans eaux, un palmier qui se fane ; Là des crânes ouverts par un...

A un vieil arbre - Léon-Pamphile Le May

Tu réveilles en moi des souvenirs confus. Je t'ai vu, n'est-ce pas ? moins triste et moins modeste. Ta tête sous l'orage avait un noble geste, Et l'amour se cachait dans tes rameaux touffus. D'autres, autour de toi, comme de riches fûts, Poussaient leurs troncs noueux...

Le Retour aux champs - Léon-Pamphile Le May

Enfin j'ai secoué la poussière des villes ; J'habite les champs parfumés. Je me sens vivre ici, dans ces cantons tranquilles, Sur ces bords que j'ai tant aimés. L'ennui me consumait dans tes vieilles murailles, O noble cité de Champlain ! Je ne suis pas, vois-tu,...

Abel et Caïn - Léon-Pamphile Le May

La terre verdissait, qui venait d'émerger Des primitives eaux. L'antre au sombre orifice Était, en ces jours-là, son unique édifice, Et l'homme vagabond y pouvait héberger. Or, deux frères vivaient : un semeur, un berger. Ils offrirent à Dieu le premier sacrifice. Le...

Adam - Léon-Pamphile Le May

- Et le mal nous a pris, séduisant, enjôleur, Comme un filet de soie en ses brillantes mailles. Eve a senti l'amour embraser ses entrailles ; Elle a, bénissant Dieu, fait l'homme de douleur. Dieu m'a dit, irrité : « Tu scelles ton malheur. Il faut que chaque jour tu...

Booz - Léon-Pamphile Le May

Dans le champ de Booz, un béni du Seigneur, Glane, depuis l'aurore, une humble Moabite. C'est avec Noémi la veuve qu'elle habite, Veuve aussi... Toutes deux sont des femmes d'honneur Elles ont vu, là-bas, s'écrouler leur bonheur. Après le travail long la ruine subite...