Toast à la France - Louis-Honoré Fréchette

Mes amis, buvons à la France, À la France, qui fut toujours Le plus profond de nos amours, Et notre plus sainte espérance ! À la France des nouveaux jours, Qui sut souffrir sans défaillance, Et dont l'indomptable vaillance Nous promet d'éclatants retours ! Buvons à la...

Tombe isolée - Louis-Honoré Fréchette

À Varennes, pays de calme et de bien-être, Au milieu d'un enclos ombragé de grands fûts, Blanche, parmi le vert des herbages touffus Une pierre tombale est là sous ma fenêtre. Pauvre mort délaissé ! je ne veux rien connaître Ni même soupçonner rien de ce que tu fus ;...

Variations sur le même sujet - Louis-Honoré Fréchette

Pour tous ― elle excepté ― ma vie a son mystère : Un amour éternel depuis longtemps conçu. Mon cœur en débordait ; pourtant j'ai dû le taire : Nul profane ici-bas n'en a jamais rien su. À distance je vis, discret, inaperçu ; On me croit en ce monde un passant...

Vieux souvenir - Louis-Honoré Fréchette

Oui, je suis revenu sous la fenêtre aimée, Dérobée à moitié sous les grands arbres verts, Où, pour ouïr du soir les murmures divers, Vous penchiez si souvent votre tête charmée. Les oiseaux gazouillaient dans les sentiers couverts ; Les fleurs ouvraient au vent leur...

Pour l'album de Mme H. Mercier - Louis-Honoré Fréchette

Avant d'écrire un mot sur cette page blanche, Auprès d'elle, en rêvant, j'ai promené mon œil ; Et, sur ce frais vélin où tant d'amour s'épanche, L'avouerai-je ? j'ai craint de trouver un écueil. J'hésite encore, ainsi qu'un oiseau sur la branche ; Mais, puisque de ce...

Pour un recueil de poésies canadiennes - Louis-Honoré Fréchette

Dans notre lande inculte, ami, comme l'abeille, Butinant, voltigeant, vous avez çà et là Cueilli bien des boutons, et vous dites : « Voilà De ravissants bouquets ; j'en ai plein ma corbeille ! » Je vous pardonnerais d'aller même au-delà ; Mais mon enthousiasme avec...

Présent de noce - Louis-Honoré Fréchette

Un soir, que nous veillions sous les marronniers verts ; Nos voix, dans le jardin, retentissaient joyeuses, Et, noyant mes dix doigts dans vos boucles soyeuses, Entre deux gros baisers, je vous promis des vers. Depuis lors, j'ai vieilli ; ma vie eut des revers ; Je me...

Prologue - Louis-Honoré Fréchette

Quand le rude Équinoxe, avec son froid cortège, Quitte nos horizons moins inhospitaliers, Sur nos champs de frimas s'abattent par milliers Ces visiteurs ailés qu'on nomme OISEAUX DE NEIGE. De graines nulle part, nul feuillage aux halliers. Contre la giboulée et nos...

Réponse au sonnet d'Arvers - Louis-Honoré Fréchette

Non, non, votre secret n'était pas un mystère. Cet amour éternel discrètement conçu, Vous avez, ô poète, eu grand tort de le taire : Celle que vous aimiez l'a toujours fort bien su. Vous n'avez point passé près d'elle inaperçu ; Votre âme à ses côtés n'était pas...

Juin - Louis-Honoré Fréchette

L'Été met des fleurs à sa boutonnière ; Au fond des taillis et dans les roseaux, Ivres de soleil, les petits oiseaux Entonnent en chœur l'hymne printannière ; Sur les clairs sommets, les champs et les eaux, Tombent de l'azur des jets de lumière ; Au nid, au palais et...

La France. Au poète Prosper Blanchemain - Louis-Honoré Fréchette

Toi dont l'aile plana sur notre aurore, ô France ! Toi qui de l'idéal connais tous les chemins ! Toi dont le nom, fanfare aux éclats surhumains, De tout peuple opprimé sonne la délivrance ! Terre aux grands deuils suivis d'éclatants lendemains ! Noble Gaule, pays de...

La Mort - Louis-Honoré Fréchette

Pourquoi craindre la mort, la grande inévitable ? Qu'elle soit le repos, qu'elle soit le réveil, Pourquoi de cette aurore ou de ce bon sommeil, Se faire sans raison un spectre redoutable ? Aucun fantôme n'est effrayant au soleil ; De même qu'on accueille un ami...

Le Crêpe - Louis-Honoré Fréchette

La feuille du printemps que le zéphir effleure Et qu'un soleil ami dore de ses rayons, Est loin de se douter que bientôt viendra l'heure Où l'hiver l'étreindra dans ses froids tourbillons. De même trop souvent l'âme humaine se leurre, Sans voir le gouffre au bord...

Le Platon - Louis-Honoré Fréchette

Sa double vérandah couronne un monticule, Que la montagne porte à son flanc adossé ; On l'aperçoit du large, à mi-côte exhaussé, Au pied du rocher sombre où sa masse s'accule. C'est un château qui n'a ni herse ni fossé ; Une simple charmille autour de lui circule ;...

Le vieux Montréal - Louis-Honoré Fréchette

Dans leurs excursions des tropiques aux pôles, Nos pères, à travers fleuves, monts et marais, Avec leurs vieux mousquets gelés sur leurs épaules, Ouvraient à deux battants les portes du progrès. Sur le flanc des rochers ou du fond des forêts, Leur baguette faisait...

Castel-Biray - Louis-Honoré Fréchette

Villa de M. Paul Blanchemain. C'est un frais manoir aux formes exquises Dont le toit domine un flot de bosquets, Un joli castel aux abords coquets Qui feraient envie à bien des marquises. Le bonheur, ami des abris discrets Si précieux toujours aux âmes éprises, Sait...

Le « Mayflower » - Louis-Honoré Fréchette

À Miss Mary Garfield. Voyez-vous ce vaisseau qui plonge dans la lame ? On lit un nom de fleur à sa poupe sculpté ; C'est le berceau d'un peuple au gré des flots porté : L'Ange de l'avenir le protège et l'acclame. Ceux qui le montent fuient un sol persécuté, Emportant...

Châteaux en Espagne - Louis-Honoré Fréchette

Charmant pays du Cid et de Don Diego, Espagne, Aragon, Castille, Andalousie, Doux climats, où les vents sont chargés d'ambroisie, Sol qu'adora Musset, et que chanta Hugo : Souvent, l'aigrette au front comme un noble hidalgo, Dans un nimbe vermeil, j'ai vu ma fantaisie...

Lui - Louis-Honoré Fréchette

Il a bientôt deux ans. Parfois, quand je le gronde, Il baisse ses grands yeux qu'une larme a ternis ; Et puis, avec des airs de douceur infinis, Il relève vers moi sa belle tête blonde. Et tout à coup, ― l'enfance a ces retours bénis, ― D'un sourire joyeux sa figure...

Chère relique - Louis-Honoré Fréchette

Je possède un bouquet de pauvres fleurs fanées, Que je garde, jaloux, comme on garde un trésor ; Car dans ce cher débris je crois trouver encor Le parfum de la main qui me les a données. Et quand mon souvenir remonte en son essor De mes jours de bonheur les rives...

Ma petite chaise - Louis-Honoré Fréchette

Dans l'ombre, autour de moi quand le soir est tombé, Je regarde souvent d'un œil mélancolique Un pauvre petit meuble, une ancienne relique Qui retient longuement mon esprit absorbé. Et quand le souvenir penche mon front courbé, Oubliant de l'objet la forme un peu...

Dixième anniversaire de mariage - Louis-Honoré Fréchette

Voici pour vous, Madame, un bel anniversaire, Car c'est dix ans de calme et de sérénités, Dix ans de plaisirs purs, dix ans d'amour sincère, Dix ans de vrai bonheur, ce soir, que vous fêtez. Celui, dont la puissance et la justice austère Dispensent les douleurs et les...

Ma petite Louise - Louis-Honoré Fréchette

Celle-ci, c'est Louise ; elle est la plus petite. C'est un lutin ; pourtant je l'aime encor beaucoup, Quand, rieuse, elle vient s'enlacer à mon cou, Comme autour d'un vieux tronc la frêle clématite. C'est qu'elle sait très bien, l'espiègle, le froufrou, Qu'étant la...

En mer - Louis-Honoré Fréchette

À ma petite Marie-Jeanne. L'océan roule en paix sa houle souveraine, Où, mobile, se joue un reflet de ciel clair : Et, les ailes au vent, comme un oiseau de l'air, Notre steamer géant y plonge sa carène. Le soleil radieux s'enfonce dans la mer, Dorant l'immensité de...

Épilogue – À mes sonnets - Louis-Honoré Fréchette

Pauvres petits oiseaux que le caprice enlève Aux paisibles abris de vos taillis secrets, Vous allez demander aux regards indiscrets Un peu de cet éclat que toute enfance rêve. Pauvres petits oiseaux, sur vos humbles attraits Vous voulez, dites-vous, que l'aurore se...

Fiat voluntas - Louis-Honoré Fréchette

Vous me l'aviez donné, vous me l'avez ôté, Mon cher petit trésor, mon amour blond et rose. Lui qui, d'un seul sourire, en mes jours de névrose, Ramenait à mon front le calme et la gaîté. Vous me l'avez ôté, Seigneur ; et quand j'arrose De mes pleurs le berceau vide...

Gill'mont - Louis-Honoré Fréchette

À Mme R. Forget. Cette villa qui brille au soleil, et dessine Sur le fond vert des bois ses paradis rêvés, Cette villa qui tient les regards captivés Vous fait bien des jaloux, ma charmante cousine. Pour orner ce palais féerique, vous avez, Nous a-t-on dit, au fond de...

Journaliste pieux - Louis-Honoré Fréchette

Sur le trottoir, un jour, vous heurtez par mégarde Un être qui sans voir allait clopin-clopant. Poli, vous demandez pardon au sacripant, Qui baisse devant vous sa paupière hagarde. Le sire, avec son air cauteleux et rampant, Voudrait vous étriper, mais quelqu'un le...

À Rosita - Louis-Honoré Fréchette

Aux frais bourdonnements des abeilles dorées, Aux chants du rossignol se prolongeant sur l'eau, Aux confuses rumeurs des limpides soirées, Aux duos amoureux de l'onde et du roseau, À l'orchestre enivrant des brises éplorées Qui bercent des forêts l'harmonieux réseau,...

À S. A. R. la marquise de Lorne - Louis-Honoré Fréchette

Dans ces temps reculés où les rois de la terre Gagnaient sceptre et couronne au milieu des combats, Ils menaient à loisir un peuple de soldats Au bout de leur épée ou de leur cimeterre. Les progrès a vaincu ces puissants potentats. Aujourd'hui, dans la libre et loyale...

À S. E. Lady Minto - Louis-Honoré Fréchette

La scène était navrante. On voyait jour et nuit — Un incendie avait presque rasé la ville ― Des groupes d'affamés, en haillons, sans asile, Errer en sanglotant sur leur foyer détruit. Pour ces infortunés chacun tend la sébile : Et, chacun à son tour laissant tomber...

Adieu. À Son Excellence Lady Minto - Louis-Honoré Fréchette

Madame, vous avez passé dans notre Histoire Ainsi qu'un météore au lumineux sillon, Ou plutôt comme un vol vibrant de papillon Teintant ses ailes d'or d'un poudroiement de gloire. Et vous allez partir ! … Mais, charmant médaillon, Votre douce figure au fin profil...

À Mme Angélina B... - Louis-Honoré Fréchette

Au beau pays de l'or quel attrait vous enchaîne, Vous, la plus fraîche fleur de nos cercles aimés, Vous qu'on ravit un soir à nos regards charmés, Et qu'on devait nous rendre à la saison prochaine ! Qui sait ? Peut-être, hélas ! qu'en ces lieux embaumés Où le jour est...

Au frère Stephen - Louis-Honoré Fréchette

J'ai planté ce matin un bouquet éphémère Au-dessus du cher mort sous le tertre endormi ; Et je veux, un moment, dans votre sein d'ami Épancher le trop plein de ma détresse amère. Dieu, qui ne fait jamais les choses à demi, Près du pauvre exilé vous mit comme une mère...

À Mme Joseph Cauchon - Louis-Honoré Fréchette

Madame, vous aimez l'artiste de génie, Ce sculpteur inspiré dont le ciseau savant Sut si bien reproduire, en ce marbre vivant, De vos traits fins et doux la suave harmonie. Vous l'avez dit : plus tard, quelqu'un viendra souvent, Pour consoler un peu son âme endolorie,...

À Mme Oscar Dunn - Louis-Honoré Fréchette

Cousine, j'aime à voir sourire vos dents blanches ; J'aime entendre éclater votre rire mutin : Jamais son plus joyeux, timbre plus argentin, N'ont encor résonné sur des lèvres plus franches. On dirait un oiseau lançant, de branche en branche, Dans l'éther du ciel pur...

À mon filleul, Louis Bergevin - Louis-Honoré Fréchette

1er janvier 1905. Enfant ! ― ô douce fleur qu'un printemps fit éclore ! De cette vie à peine eus-tu franchi le seuil, Que jamais on ne vit plus triomphant accueil Saluer parmi nous plus ravissante aurore ! Tu ne connais encor ni tristesse ni deuil ; S'il est des jours...

À mon frère Achille - Louis-Honoré Fréchette

Frère, tu veux causer ; tu veux que je rassemble Mes souvenirs ; tu veux, me tenant par la main, Comme un vieillard penché sur son bâton qui tremble, Des jours qui ne sont plus remonter le chemin. Il fut rude, souvent, ce long passé qui semble Pourtant si court, plus...

À Nérée Beauchemin - Louis-Honoré Fréchette

J'aime à gravir les monts sauvages, le matin, À l'heure harmonieuse et pleine de mystère Où le brouillard des nuits, rafraîchissant la terre, Perle en bruines d'or au feuillage du thym. Et si, du fond du val, quelque timbre argentin Soudain dans l'air sonore éclate...

À Paul Vibert - Louis-Honoré Fréchette

Ce soir, mon ami, les pieds aux chenets, Dont un froid de loup attisait la flamme, J'ai pu savourer tes charmants sonnets, Et, le cœur ému, ma muse t'acclame ! Je ne dirai point que je m'y connais ; On prendrait cela pour de la réclame ; Mais en te lisant je te...

À Rhéa - Louis-Honoré Fréchette

C'est la Muse elle-même, ô Rhéa, qui t'inspire, Et t'ouvre à deux battants la porte du succès. Marche ! et nos cœurs émus t'aplaniront l'accès Des sommets où la gloire a fixé son empire. Oui, nous t'applaudirons, noble artiste qui sais, Soit que ta voix éclate ou...

À mes enfants - Louis-Honoré Fréchette

Avant tout, mes enfants, soyez bons : la bonté, C'est le sceptre devant lequel tout genou plie. Travaillez : le bonheur n'est jamais acheté Que par le noble orgueil de la tâche accomplie. Pardonnez : le pardon, c'est la paix ennoblie Par les justes dédains d'une...

Vainqueur et Vaincu - Louis-Honoré Fréchette

Sur les murs de Québec, au milieu des vieux ormes Qui font un dôme vert aux contreforts énormes Du cap qui sert d'assise à la fière cité, Colosse dominant un port mouvementé Dont l'orbe s'ouvre au fond d'un bassin gigantesque, Se dresse un obélisque au profil...

À mes filles - Louis-Honoré Fréchette

C'était le premier né, votre aîné, mes chéries. Il avait rajeuni mon cœur désenchanté. Et de tout le bonheur qu'il avait apporté, Nous fîmes ses jours clairs et ses heures fleuries. Il fut aimé de tous, béni, choyé, gâté. On s'extasiait même à ses espiègleries. Hélas...

Vive La France ! - Louis-Honoré Fréchette

C'était après les jours sombres de Gravelotte : La France agonisait. Bazaine Iscariote, Foulant aux pieds honneur et patrie et serments, Venait de livrer Metz aux reîtres allemands. Comme un troupeau de loups sorti des steppes russes, Une armée, ou plutôt des hordes...

À Mlle Almita Leduc - Louis-Honoré Fréchette

Ô ma chère Almita, dis-moi, t'en souvient-il ? Ce n'était qu'un bébé, tu n'étais qu'un doux ange ; Et Dieu sait quel courant de sympathie étrange Vous pénétra tous deux de son charme subtil. Puis l'âge vint ; la vie est un décor qui change. Pourtant, presque mourant,...

À Adolphe Poisson - Louis-Honoré Fréchette

À l'heure où le loup rôde en cherchant sa pâture, Heure sombre où l'enfant tressaille au moindre bruit ! Quand, au fond du ciel morne où nul astre ne luit, L'ombre, sinistre oiseau, plane sur la nature, Souvent le voyageur, égaré dans la nuit, Laisse flotter la rêne...

À Mlle Honorine Chauveau - Louis-Honoré Fréchette

À quoi donc rêvent-ils, vos beaux yeux andalous, Quand, voilant à demi sa lueur incertaine, Votre regard s'en va se perdre loin de nous, Comme s'il contemplait quelque image lointaine ? Quand vous semblez chasser toute pensée humaine Et que, sur le clavier au son...

À Alfred Garneau - Louis-Honoré Fréchette

Pourquoi chanter, ami, lorsque l'homme n'écoute Que le son du métal, et qu'il va, délirant, Comme un triste insensé, laisser indifférent Ses lambeaux de croyance aux épines du doute ? Bien longtemps j'ai voulu résister au torrent, M'attacher aux rameaux dont...

À Mlle Yvonne Leduc - Louis-Honoré Fréchette

Yvonne, devant toi tu vois s'ouvrir la vie… Comme un hôte charmant le bonheur à venir, Doux rêve que l'on croit ne devoir pas finir, À son joyeux festin t'appelle et te convie. De radieux espoirs ta prunelle est ravie, Ta prunelle qu'un pleur n'oserait pas ternir ;...

À Jehin-Prume - Louis-Honoré Fréchette

Tu m'as vu souvent applaudir, entraîné Par ta verve attendrie et ta grâce énergique, Grand artiste inspiré que la noble Belgique, En talents si féconde, un jour nous a donné. Quand ton jeu sombre et doux, caressant ou tragique, Berçait ou remuait l'auditeur fasciné,...

À la mémoire de J. -N. Bienvenu - Louis-Honoré Fréchette

Ta tombe est maintenant morose et solitaire, Ô Bienvenu, modeste ouvrier du devoir. Et, seul, tu sens la neige et les frimas pleuvoir Sur la terre où tu dors au fond du grand mystère. Pourtant nul ne t'oublie, ô patriote austère, Indomptable frondeur des abus du...

À Léon XIII - Louis-Honoré Fréchette

Sur tous les meurt-de-faim qu'épuise la corvée, Sur tous les révoltés qu'étrangle le carcan, Sur le vieux monde amer, sur l'éternel volcan, Comme un soleil de paix une Ame s'est levée ; Grande âme qui tressaille à toute aube rêvée : Grand cœur qui, sous le porche...

À Lisette - Louis-Honoré Fréchette

Enfant d'Alphonse Lusignan. Lisette, tu n'es plus le bébé d'autrefois, Le bébé frétillant, beau lutin frais et rose, Agaçant diablotin dont le rire et la voix Ont souvent déridé mon front grave ou morose. Tout est plus sérieux dans ton air, dans ta pose ; Avant de...

À M. de Berluc-Perussis, poète provençal - Louis-Honoré Fréchette

Poète, hier, encore, en humant quelques verres De votre fin muscat de Provence, ― frileux, Je me pris à rêver aux climats fabuleux, Où l'on retrouve encor la chanson des trouvères. Souffles tièdes berçant de frais papillons bleus, Ciel d'azur, rayons d'or, roses et...

À M. le colonel Damelincourt - Louis-Honoré Fréchette

Vous l'avez donc connu notre pauvre exilé ! À travers les périls de l'océan qui gronde, Pour promener ses pas errants autour du monde, Loin du foyer, un jour, il s'en était allé. Et quand le voyageur, las, souffrant, isolé, Suspendit près de vous sa course vagabonde,...

À ma femme, la veille de notre mariage - Louis-Honoré Fréchette

Hélas ! ma douce amie, elle fut bien ardue La route que sans toi j'avais à parcourir ; Et de tout ce qu'on peut endurer sans mourir Mon cœur a bien des fois mesuré l'étendue. Souvent j'ai failli croire, à force de souffrir, À la Fatalité sur mon front suspendue ; Et...

À ma petite-fille Emma - Louis-Honoré Fréchette

1er janvier 1905. Viens, mon bébé chéri ! viens vite, je t'attends Là, sur mon cœur qui bat ; et pardonne si j'ose, Réchauffant mon automne auprès de ton printemps, Pencher mon front ridé sur ta frimousse rose. S'ils veulent effleurer ta lèvre demi-close, Ne repousse...

Le Saint-Laurent - Louis-Honoré Fréchette

Le voyage fut ride, et le péril fut grand. Pourtant, après avoir, plus de deux mois durant, Vogué dans les hasards de l'immensité fauve, La petite flottille arriva saine et sauve Auprès de bords perdus sous d'étranges climats… — Terre ! cria la voix d'un mousse au...

Sous la Statue de Voltaire - Louis-Honoré Fréchette

Ceci, c'est donc Voltaire ! Oui, je reconnais là Ce « sourire hideux » que Musset flagella. Le bronze grandit l'homme et lui donne du torse ; Mais c'est bien là toujours la même lèvre torse, Qui, de miel pour les rois ― ô rictus exécré ! ― Soixante ans insulta tout ce...

Le Vieux Patriote - Louis-Honoré Fréchette

Moi, mes enfants, j'étais un patriote, un vrai ! Je n'en disconviens pas ; et tant que je vivrai, L'on ne me verra point m'en vanter à confesse… Je sais bien qu'aujourd'hui maint des nôtres professe De trouver insensé ce que nous fîmes là. Point d'armes, point de...

Spes Ultima - Louis-Honoré Fréchette

Tandis qu'un roi sans cœur les marchandait là-bas, Nos ancêtres avaient, sous le feu des combats, Conservant jusqu'au bout l'espérance dernière, En chevaliers sans peur tenu haut leur bannière. Peuple vingt fois trahi, vendu, sacrifié, Pour défendre le sol qui leur...

Les Excommuniés - Louis-Honoré Fréchette

Voyez-vous, sur le bord de ce chemin bourbeux, Cet enclos en ruine où broutent les grands bœufs ? Ici, cinq paysans ― trois hommes et deux femmes ― Eurent la sépulture ignoble des infâmes ! Cette histoire est bien triste, et date de bien loin. Comme un soldat mourant...

Les Plaines d'Abraham - Louis-Honoré Fréchette

L'assiégeant se rangeait sur l'immense plateau… Or Montcalm l'avait dit : ― L'on me verra, plutôt Que de céder au nombre, Jusqu'au dernier moment défendre sans pâlir Mes derniers bastions, et puis m'ensevelir Sous leur dernier décombre ! Depuis des mois déjà,...

L'Amérique - Louis-Honoré Fréchette

I Quand, dans ses haltes indécises, Le genre humain, tout effaré, Ebranlait les vastes assises Du monde mal équilibré ; Étouffant les vieilles doctrines, Quand le ferment des jours nouveaux Montait dans toutes les poitrines, Et germait dans tous les cerveaux ; Quand...

Missionnaires et Martyrs - Louis-Honoré Fréchette

Sceptiques on croyants, oui, tous tant que nous sommes, Courbons ici nos fronts ! Ceux-là furent des hommes, Des soldats du progrès, des héros et des saînts. Peut-être surent-ils, mieux encor que les autres, Du Dieu dont ils s'étaient faits les humbles apôtres,...

Nos Trois Couleurs - Louis-Honoré Fréchette

À mon fils Regarde, mon enfant, ce chiffon souverain Qui mêle ― avec l'azur du firmament serein ― Dans l'éclat radieux de son pli tricolore, Aux rougeurs du couchant les blancheurs de l'aurore ! Ces trois couleurs, drapant de leurs pures clartés Trois principes...

Notre Histoire - Louis-Honoré Fréchette

O notre Histoire ! écrin de perles ignorées ! Je baise avec amour tes pages vénérées. O registre immortel, poème éblouissant Que la France écrivit du plus pur de son sang ! Drame ininterrompu, bulletins pittoresques, De hauts faits surhumains récits chevaleresques,...

Papineau (I) - Louis-Honoré Fréchette

Dites-moi, n'est-il pas assez étrange comme Un peuple entier parfois s'incarne dans un homme ? Cet homme porte-voix, cet homme boulevard, Là-bas c'est Canaris, ailleurs c'est Bolivar, Ici c'est Washington écrivant sa légende, Plus loin c'est O'Connell en qui revit...

Papineau (II) - Louis-Honoré Fréchette

Dites-moi, n'est-il pas assez étrange comme Un peuple entier parfois s'incarne dans un homme ? Cet homme porte-voix, cet homme boulevard, Là-bas c'est Canaris, ailleurs c'est Bolivar, Ici c'est Washington écrivant sa légende, Plus loin c'est O'Connell en qui revit...

Première messe - Louis-Honoré Fréchette

Voici du Saguenay la gorge énorme et sombre ! Notre steamer, au fond d'une anse pleine d'ombre Dormait tout essoufflé comme un grand cachalot. Nous avions pris pour guide un jeune matelot Qui, nous avait-on dit, connaissait bien la côte. Nous gravîmes d'abord une...

Première Moisson - Louis-Honoré Fréchette

Ce site, c'est Québec. Au nord moment splendides Les échelons lointains des vastes Laurentides. En bas, le fleuve immense et paisible, roulant Au soleil du matin son flot superbe et lent, Reflète, avec les pins des grands rochers moroses, Le clair azur du ciel et ses...

Première Nuit - Louis-Honoré Fréchette

C'était le désert fauve eu sa splendeur austère. Rien n'animait encor le vieillie coin de terre Où Montréal devait plus tard dresser ses tours. En aval du courant, et suivant les détours Qui creusent çà et là les rives ombragées, Sous les feux du midi, trois pirogues...

Premières Saisons - Louis-Honoré Fréchette

Ce fut un temps bien rude et plein d'âpres angoisses, Que les commencements de ces belles paroisses Qu'on voit s'échelonner aujourd'hui sur nos bords. Quand, du haut du vaisseau qui s'ancre dans nos ports, Le voyageur charmé contemple et s'extasie Au spectacle...

Le Gibet de Riel - Louis-Honoré Fréchette

Donc tout est consommé. Dans notre fière époque, Quand de tous les côtés s'ébranle et se disloque L'enchevêtrement noir des préjugés boiteux ; Quand des anciennes lois les vieux codes honteux, Devant l'éclat vainqueur des lumières modernes, Éteignent un à un leurs...

Saint-Denis - Louis-Honoré Fréchette

Un jour, après avoir longtemps courbé le front, Le peuple se leva pour venger son affront. Comment, dans ce conflit de forces inégales, Armés de vieux mousquets chargés avec des balles Qu'ils fondaient de leurs mains sous le feu des Anglais, On les vit tout un jour...

Le Pionnier - Louis-Honoré Fréchette

J'ai bien connu jadis le vieux Baptiste Auclair. C'était un grand vieillard jovial, ayant l'air Déluré d'un ancien capitaine en retraite. Autrefois au Nord-Ouest il avait fait la traite, Et sa fortune aussi, disait-on dans le temps ; Mais cela n'était pas bien sûr,...

Saint-Malo - Louis-Honoré Fréchette

Voici l'âpre Océan. La houle vient lécher Les sables de la grève et le pied du rocher Où Saint-Malo, qu'un bloc de sombres tours crénelle, Semble veiller, debout comme une sentinelle. Sur les grands plateaux verts, l'air est tout embaumé Des arômes nouveaux que le...

Fors l'Honneur ! - Louis-Honoré Fréchette

C'est par un soir humide et triste de l'automne. Dans les plis du brouillard la plainte monotone Du Saint-Laurent se mêle aux murmures confus Des chênes et des pins dont les dômes touffus Couronnent les hauteurs de l'île Sainte-Hélène. Au loin tout est lugubre ; on...

France - Louis-Honoré Fréchette

I Quand des antiques jougs l'humanité se lasse ; Quand il est quelque part un peuple à secourir ; Qui donc à l'horizon voyez-vous accourir ? À genoux, opprimés ! c'est la France qui passe ! Sans espoir et sans Dieu l'enfant de la forêt Traîne-t-il sa misère à l'autre...

Hindelang - Louis-Honoré Fréchette

Il avait vingt-trois ans, une taille athlétique, Un grand front qu'éclairait une âme poétique. Son esprit et son cœur, rarement en défaut, Plaisaient à tous. Lorsqu'il monta sur l'échafaud, Ses frères d'infortune et ses compagnons d'armes Tombèrent à genoux et...

Jean Sauriol - Louis-Honoré Fréchette

Au détour de la plaine où grandit Montréal, Dans un site charmant, poétique, idéal, Que longe le chemin de la Côte-des-Neiges, Où du matin au soir serpentent les cortèges Qui vont au rendez-vous de ceux qui ne sont plus, Dans la déclivité d'un immense talus, À l'ombre...

Jolliet - Louis-Honoré Fréchette

Le grand fleuve dormait couché dans la savane. Dans les lointains brumeux passaient en caravane De farouches troupeaux d'élans et de bisons. Drapé dans les rayons de l'aube matinale, Le désert déployait sa splendeur virginale Sur d'insondables horizons. Juin brillait....

A la Baie d'Hudson - Louis-Honoré Fréchette

C'est l'hiver. L'âpre hiver, et la tempête embouche Des grands vents boréaux la trompette farouche. Dans la rafale, au loin, la neige à flots pressés Roule sur le désert ses tourbillons glacés, Tandis que la tourmente ébranle en ses colères Les vieux chênes rugueux et...

L'Atalante - Louis-Honoré Fréchette

Quand je lis ton histoire héroïque, Ô Vengeur ! Mon cœur français tressaille, et je deviens songeur. Ce fut un fier tableau dans un immense cadre : Un seul vaisseau luttant contre toute une escadre, Troué par les boulets, vaincu, désemparé, Qui, parmi les horreurs...

A la nage ! - Louis-Honoré Fréchette

Phipps bombardait Québec. Du haut de son nid d'aigle, Frontenac tenait ferme et ripostait en règle. La veille, un envoyé de l'amiral anglais Avait, signaux en mains, pris pied sur les galets Où du Cap Diamant l'escarpement se dresse, Et, porteur d'un message insolent...

L'Échafaud - Louis-Honoré Fréchette

Ils étaient innocents, oui ; mais il fallait bien Qu'on n'eût pas érigé ce tribunal pour rien. D'ailleurs, c'est entendu, quand l'homme s'émancipe, On doit toujours sévir pour sauver le principe. Redresser les griefs, reconnaître son tort, C'est très bien ; mais il...

Ante Lucem - Louis-Honoré Fréchette

Qui pourrait raconter ces âges sans annales ? Quel œil déchiffrera ces pages virginales Où Dieu seul a posé son doigt mystérieux ? Tout ce passé qui git sinistre ou glorieux, Tout ce passé perdu qui dort au fond de l'ombre, Où dans la nuit des temps tout s'écroule et...

L'Orangisme - Louis-Honoré Fréchette

Le dernier des martyrs ? … Non pas ; le plus récent ! Les oppresseurs se sont toujours trompés : le sang Des héros en produit infailliblement d'autres. Le bon droit n'en est pas à ses premiers apôtres ; Il n'en est pas non plus à ses derniers martyrs. Avant que luise...

Apparition - Louis-Honoré Fréchette

― Oui, messieurs, j'ai vu ça, vu comme je vous vois, Fit l'homme avec un tremblement sincère dans la voix. C'était par un matin brumeux du mois d'octobre ; J'étais bien éveillé, dans mon bon sens, et sobre… Ah ! pour ça, parlez-en au capitaine Augé, Qui me vit revenir...

La Capricieuse - Louis-Honoré Fréchette

Je ne suis pas très vieux ; pourtant j'ai souvenance Du jour où notre fleuve, après un siècle entier, Pour la première fois vit un vaisseau de France Mirer dans ses flots clairs son étendard altier. Ce jour-là, de nos bords ― bonheur trop éphémère ― Montait un cri de...

Cadieux - Louis-Honoré Fréchette

― C'est le Grand-Calumet, portage des Sept-Chutes ! Cria José. Campons ! ― En deux ou trois minutes, Nous étions sur la rive, et près du flot ronflant, Notre canot halé reposait sur le flanc. Le soir tombait ; au loin sur les collines chauves, Un beau soleil couchant...