Marguerite - Louisa Siefert

C'était un soir de juin paisible. Du midi Le vent soufflait chargé d'un parfum attiédi, Et les deux vieilles tours massives et carrées D'un rayon de soleil couchant étaient dorées. Le ciel d'un bleu d'opale avait des tons charmants ; Les arbres et les fleurs...

Morte ! - Louisa Siefert

Morte ! oh ! serait-il vrai ? Morte, pleine de vie ! A son calme avenir quel mal l'a donc ravie ? Qui donc l'a pu frapper avant qu'elle eût vingt ans ? Dans la fraîche candeur de ses premiers printemps, Quand elle n'était pas au tiers de sa journée, Quel souffle,...

Préface - Louisa Siefert

I. Quand, au bord de chemin, vient la biche craintive, Elle hésite un instant avant de le passer ; Elle voudrait cacher sa course fugitive, Redoutant le chasseur qui la pourrait blesser. Dans ses grands yeux scintille une larme captive, Sur sa robe soyeuse un frisson...

Promenade - Louisa Siefert

Mon Dieu ! n'est-il donc pas de chemin qui ramène Au bonheur d'autrefois regretté si souvent ? Théophile Gautier. Il faisait un jour blanc et tout chargé d'orage, Les oiseaux accablés se taisaient sous l'ombrage, Les herbes se tordaient au baiser du soleil ; Dans les...

Quand même - Louisa Siefert

Deux hommes sont en lui, deux hommes bien distincts, L'homme des préjugés et celui des instincts : L'un fantasque, inquiet, irritable, sceptique, Volontaire, dur même et quelquefois cynique ; L'autre tout dévoûment et générosité, Patience, douceur, délicate bonté,...

Soleil couchant - Louisa Siefert

Car ils savent qu'ils vont au rivage éternel. Sainte-Beuve. Chancelants et courbés sous le poids des années, Par l'ouragan d'hiver plantes déracinées, Ils sont vieux tous les deux. L'un près de l'autre assis Ils écoutent au loin des chansons et des rondes, Et...

Souvenirs d'enfance - Louisa Siefert

Plus ne suis ce que j'ai été. Marot. Il me semble parfois que ma plaie est guérie : Et, souriant encore, je regarde au miroir Revenir doucement mon enfance fleurie. Je ne sais pas comment, mais je crois la revoir Ce qu'elle était hier, toute rose et paisible, Avec son...

Vivere memento - Louisa Siefert

La vie est si souvent morne et décolorée, A l'ennui l'heure lourde est tant de fois livrée Que le corps s'engourdit, Et que l'âme, fuyant les épreuves amères, S'envole et vient saisir à travers les chimères L'idéal interdit. On trouve ainsi l'oubli des autres, de...

Anniversaire - Louisa Siefert

Voici venir le jour où mourut mon grand-père. Hélas ! c'est pour mon cœur encor tout éperdu Un de ces souvenirs sur lesquels rien n'opère, Et qui, toujours vivant, tantôt me désespère, Tantôt brille à mes yeux comme un rayon perdu. Dans la coupe secrète où mes larmes...

Aujourd'hui, hier, demain - Louisa Siefert

I. AUJOURD'HUI En larges nappes d'or la lumière s'épanche : Le soir viendra bientôt, six heures ont sonné. L'ouvrier se revêt de sa chemise blanche Et lustre de la main son chapeau fané. Enfin, voilà le jour de fête, le dimanche ! Il peut sortir : il est haletant,...

Enfantines - Louisa Siefert

I « Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. » I Corinthiens, XIII, 7. La grand'mère s'était assise, avait tiré Le saint livre du vieil étui tout déchiré, Avait pris dans saint Paul à la première Épître Dite « aux Corinthiens » le...

Exil - Louisa Siefert

Enfin j'ai cédé, je me plie Encor cette fois sous ta main. Ta volonté s'est accomplie : Me voilà hors de ton chemin. Pourtant, parce que trop docile Et trop faible, je me soumets Au cruel arrêt qui m'exile, Crois-tu ne me revoir jamais ? Ah ! pauvre orgueilleux, tu te...

Inquiétude - Louisa Siefert

Vous voulez à tout prix fuir la mélancolie, Votre rire fait peur, il donne le frisson ; Celui du désespoir, celui de la folie N'ont pas un plus étrange son. Quel sera votre sort ? L'horizon devient sombre Et je tremble pour vous, moi qui vous aime tant ! Tout est...

Intérieur - Louisa Siefert

La voix haute et profonde Qu'au loin jette le monde Ne parvient pas ici. Théophile Gautier. La maison est petite et de peu d'apparence, Le soleil en hiver ne la visite pas Et du nord ou du sud ne fait point différence. Le toit d'en face est haut et celui-ci très bas....

Les Papiers de famille - Louisa Siefert

Comme le vent d'automne emporte, Pour les ranimer un instant, Fleur desséchée et feuille morte, En son tourbillon inconstant, Dans ces lettres, tristes trophées, Pauvre tas de papier jauni, Vibre aussi par molles bouffées Le grand souffle de l'infini. O spectres...

Les Remembrances - Louisa Siefert

Il n'est si triste amour qui n'ait son souvenir. A. de Musset. Quel glas de désespoir résonne à mon oreille ? Je souffre ; mon front brûle et mon corps est transi. N'aura-t-il point pitié de mes trois ans de veille, D'angoisse et de souci ? Depuis trois ans, je crains...

Tous les rires d'enfant - Louisa Siefert

Vos visages sont doux, car douce est votre voix. ANDRÉ CHENIER Tous les rires d'enfant ont les mêmes dents blanches ; Comme les rossignols dans les plus hautes branches, Les moineaux dans les trous du mur, Au rebord des longs toits comme les hirondelles, Leur céleste...

Angoisse - Louisa Siefert

Il est malade, il souffre et je ne puis rien faire, Rien pour le soulager, rien même pour lui plaire. Je n'ose m'informer tout haut de sa santé ; L'intérêt que j'y prends serait interprété. J'ai peur de l'irriter par ma sollicitude, Et Dieu sait cependant si mon...

Dédicace - Louisa Siefert

A MA GRANDMÈRE Quand tu m'as demandé ce livre des Stoïques, O mère qui n'es plus, tes lèvres héroïques Retenaient le soupir par l'agonie étreint ; Mourante, et cependant presque debout encore, Le regard éclairé de la splendide aurore Qui luit au ciel pour nous...

Il sera grand et fort - Louisa Siefert

Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange… VICTOR HUGO « Il sera grand et fort, il est déjà si tendre ! Dans ses yeux si profonds le regard est si doux ! Je vois son cœur s'ouvrir et son esprit s'étendre, Car ce petit enfant c'est mon fils, voyez-vous. O mon...

Immortalité - Louisa Siefert

C'était au lieu d'un chêne une forêt nouvelle. VICTOR DE LAPRADE Le chêne dans sa chute écrase le roseau, Le torrent dans sa course entraîne l'herbe folle ; Le passé prend la vie, et le vent la parole, La mort prend tout : l'espoir et le nid et l'oiseau. L'astre...

Jour tombant - Louisa Siefert

Rien ne finit, rien ne commence, Ce n'est ni la nuit ni le jour. LECONTE DE LISLE Sur le ciel gris rosé l'extrémité des branches Se découpe légère et frissonnante au vent ; L'heure est chaude ; le soir ouvre aux visions blanches, Et par les près fauchés elles s'en...

La Combe - Louisa Siefert

En vain elle s'est dit que la campagne est belle. Sainte-Beuve. Non, plus pour aujourd'hui, plus de grandes pensées, De saintes questions à la hâte embrassées, D'énergiques efforts, d'élans fiers et hardis. Mon esprit est lassé, mes doigts sont engourdis. L'automne...

Le Départ - Louisa Siefert

Ah ! La patrie est belle et l'on perd à changer. THEOPHILE GAUTIER On s'aimait. Dans un autre on avait mis sa vie : Aux douceurs d'être ensemble on bornait son envie ; On se sentait heureux rien qu'à se regarder. On n'avait pas besoin de se le demander : On savait...

Les Vieilles Gens - Louisa Siefert

LA MÈRE JACQUELINE. La cour était petite, étroite, sale et sombre : Le corps de la maison y projetait son ombre. La porte entre-bâillée, au battant chancelant, Laissait voir le chemin de poussière tout blanc. Des iris hérissaient de leurs vertes épées Les crêtes du...

Lune d'avril - Louisa Siefert

Voici briller la lune blanche. THEOPHILE GAUTIER Déployant ses ailes de cygne Au vol lent et capricieux, Le clair de lune me fait signe Et m'entraîne au loin sous les cieux. Il franchit les lacs et les fleuves, Baise les yeux clos des cités, Et, se riant des grilles...

Soir d'hiver - Louisa Siefert

L'étoile a des frissons dans la sphère divine. HENRY MURGER L'eau pleure au clair bassin des larmes de cristal, Le pré s'est revêtu d'une robe argentée, Des lueurs ont blanchi le ciel oriental Et la lune apparaît dédaigneuse et lactée. Le vent souffle du nord et le...

Soupir - Louisa Siefert

I. Sans le soupir le monde étoufferait. AMPÈRE Rêves, anxiétés, soupirs, sanglots, murmures, Vœux toujours renaissant et toujours contenus, Instinct des cœurs naïfs, espoir des têtes mures, O désirs infinis, qui ne vous a connus ? Les vents sont en éveil, les...

Au Large - Louisa Siefert

Lest de l'âme, pesant bagage, Trésors misérables et chers, Sombrez. Théophile Gautier. Aux pays des autres étoiles, Aux lointains pays fabuleux, Le vaisseau sous ses blanches voiles Nage au gré des flots onduleux. Le ciel et l'Océan s'unissent Au bord de l'horizon...

Automnales - Louisa Siefert

Doux vents d'automne, attiédissez l'amie ! SAINTE-BEUVE I. Voici les vents du sud qui font tomber les fruits Et s'entr'ouvrir parfois les âmes plus aimées. Ils passent sur mon front en ondes parfumées, Hérauts des souvenirs et des espoirs détruits. Chaque feuille qui...

Bonheur - Louisa Siefert

Et les beaux jours sont pour moi les plus pénibles. SENANCOURT Été vertigineux, négation des pleurs, Nuits blanches, soirs dorés, aubes resplendissantes, Épanouissement d'étoiles et de fleurs, Ivresse magnétique aux effluves puissantes : Été vertigineux, négation des...

Ce soir, quand la ville engourdie… - Louisa Siefert

A qui je pense, hélas ! Loin du toit où vous êtes ? Enfants, je pense à vous… VICTOR HUGO Ce soir, quand la ville engourdie S'éveille à l'heure où le jour fuit, La strada se remplit de bruit, Le golfe au soleil s'incendie. Et par l'ombre enfin enhardie, Dès que Venus...

À ce qui n'est plus - Louisa Siefert

Je sais l'art d'évoquer les minutes heureuses. Charles Baudelaire. Pourquoi revenez-vous creuser mon souvenir, Ô jours trop tôt perdus, ô trop chères pensées, Images que le temps doit avoir effacées, Mots que mon cœur jalouse et ne peut contenir, Pourquoi revenez-vous...

Rêves, anxiétés, soupirs - Louisa Siefert

I Sans le soupir, le monde étoufferait. Ampère Rêves, anxiétés, soupirs, sanglots, murmures, Vœux toujours renaissants et toujours contenus, Instinct des cœurs naïfs, espoir des têtes mûres, Ô désirs infinis, qui ne vous a connus ! Les vents sont en éveil ; les...

Chant de fête - Louisa Siefert

Il disait : « Pourquoi ce sourire, « Pourquoi ces yeux prêts à pleurer, « Pourquoi rester sans me rien dire, « Et, tout bas, pourquoi soupirer ? « Quel regret des choses passées « Du jour présent vient émerger ? « Quelle est celle de tes pensées « Que je ne dois pas...

L’Image - Louisa Siefert

Si je veux abuser mon cœur D’une autre image que la sienne, Peu à peu, tristement moqueur, Il retrace l’image ancienne. C’est un pêle-mêle inouï, Où tous les traits viennent se fondre, Et le fantôme évanoui Ressuscite pour me répondre. Je vois ses yeux bruns...

Crépuscule - Louisa Siefert

Je ne puis résister à la mélancolie De la feuille qui tombe et du jour qui s’en va ; À ce moment, en moi quelque chose se plie, Quelque chose de fier qui souffrit et rêva. Cette feuille qui tombe et qu’à jamais oublie L’arbre, auquel tout à l’heure un souffle...

Marchand d’habit - Louisa Siefert

Ce petit homme grisonnant S’en venait encore à l’automne, Le regard vif, l’air avenant, En poussant son cri monotone. Mais qu’il est changé maintenant ! Le regard est noir, l’air atone ; Et, sur les syllabes traînant, Sa voix chevrotante détonne. À peine un hiver a...

En passant en chemin de fer - Louisa Siefert

Discrets, furtifs et solitaires, Où menez-vous, petits chemins ? Vous qu’on voit, pleins de frais mystères, Vous cachant aux regards humains. Où menez-vous, petits chemins Tapissés de fleurs et de mousse ? Vous cachant aux regards humains, Que votre ombre doit être...

Orgueil ! - Louisa Siefert

Non, non, je ne suis pas de ces femmes qui meurent Et rendent ce dernier service à leurs bourreaux, Pour qu’ils vivent en paix et sans soucis demeurent. Vois-tu, ces dévoûments sont niais s’ils sont très-beaux. Les hommes, je le sais, se complaisent trop vite, Le pied...

Enfantine - Louisa Siefert

Devant le grand feu vif de sarment qui pétille, Le père est entouré de toute sa famille : Les grand’mères en cheveux blancs, Pour qui le rude hiver de la vieillesse austère Jonche encore de fleurs la route solitaire Qu’elles parcourent à pas lents ; Et puis la jeune...

Page blanche - Louisa Siefert

Qu’écrire ? Vierge encor la page est sous mes doigts, Prête à tout elle attend mon caprice. — Autrefois La chantante élégie en mon cœur murmurée, Source qui débordait de la vasque nacrée, S’épanchait d’elle-même en vers doux et naïfs. Les doutes, les soupçons, les...

Espérance - Louisa Siefert

Qu’il était fatigué ce soir Au moment de son arrivée ! À mes côtés il vint s’asseoir ; Sa journée était achevée. Je lui disais : « Vous êtes bon ! » Car je n’osais pas tout lui dire, Hélas !… Et lui répondait : « Non ! » Avec son plus charmant sourire. Puis il lui...

Pluie d’automne - Louisa Siefert

Enfin, voici la pluie et les brumes d’automne ! Le temps est presque froid. Le soleil radieux Depuis hier au soir nous a fait ses adieux ; Le ciel, d’un bout à l’autre, est d’un gris monotone. Sous les arbres feuillus l’ombre se pelotonne, Bleue et tranquille ; un...

Idylle - Louisa Siefert

Sur l’herbe du verger, au pied de la charmille, Le jeune homme est assis près de la jeune fille. Chaque étoile à son tour pique le firmament ; Mille senteurs dans l’air, mille chansons bénies Unissent leurs parfums, croisent leurs harmonies ; La nuit vient lentement....

Pourquoi ? - Louisa Siefert

Pour la première fois, quittant votre air morose, Vous m’avez, hier soir, donné le bras. Tandis Que j’allais près de vous ainsi, comme jadis, J’ai senti contre moi palpiter quelque chose. Mon visage soudain est devenu tout rose ; Vous m’avez demandé ce que j’avais, je...

Jalousie - Louisa Siefert

Ah ! toi, l’indifférent, tu souffres à ton tour : L’angoisse t’a mordu, les peines sont venues ; Tu trembles et tu crains en attendant le jour, Et la nuit te remplit de terreurs inconnues. J’ai vu luire en tes yeux, par un brusque retour, Des larmes, jusque-là...

Prière - Louisa Siefert

Les rideaux sont baissés et la porte est fermée : Un seul rayon perdu glisse furtivement, Et vient illuminer l’atmosphère embaumée. Là, dans son grand fauteuil la mère simplement, Tenant sur ses genoux la Bible de famille, Explique à ses enfants le Nouveau Testament....

Les Saintes Colères I - Louisa Siefert

L’automne ! la voilà plus belle que jamais, Avec sa douceur calme et son moite sourire. Tous ces enchantements sont bien ceux que j’aimais, Que, si souvent déjà, j’ai tenté de décrire. Les rayons du matin glissent dans la vapeur Qui reste prise aux doigts plus grêles...

La Cure - Louisa Siefert

C’est un vieux cimetière étroit, pauvre, rustique, Où d’humbles croix de bois, lugubre floraison, Se détachent en noir sur le vert du gazon. Puis une église avec un auvent pour portique, Dont le petit clocher montrant le ciel du doigt, Par un mouvement doux s’accoude...

Regard mouillé - Louisa Siefert

Quand tu constates les ravages Du mal qu’autrefois tu m’as fait, Devant cette mer sans rivages, Tu sembles rester stupéfait. Et de tes paupières baissées, Sur moi tombe un regard sans prix, Ainsi se croisent nos pensées : Tu soupires, moi je souris ! Louisa...

Les Saintes Colères II - Louisa Siefert

C’est horrible. La terre crie, Ainsi qu’un pressoir trop chargé ; Le cellier devient boucherie, Et le vin en sang est changé. Par les âmes des morts qui passent, On dirait le ciel obscurci ; Ces vents qui d’un frisson nous glacent, Ont apporté leur râle ici. Partout...

La Lande aux rochers - Louisa Siefert

Qu’il faisait calme et beau, ce soir-là ! L’Angelus Tintait naïvement de village en village, Les flots du lac roulaient déferlant sur la plage, La rainette chantait au revers du talus. Une charrette au loin, de deux bœufs attelée, Passait. Nonchalamment assis sur le...

Rêverie - Louisa Siefert

Laine blanche, crochet, roulés entre mes doigts, Combien vous ai-je dit de secrets autrefois ? Combien avez-vous vu de doux rêves éclore ? Vous en souvenez-vous ?… Hélas ! j’en tremble encore. Quand mon cœur palpitait d’espérance et d’orgueil, Nous épiions un bruit de...

Les Saintes Colères III - Louisa Siefert

Vivat et Te Deum ! c’est le couronnement De cet admirable édifice. Le rapt a commencé, puis vient l’égorgement : — « Il faut qu’on en finisse ? » L’esclave, après vingt ans, s’éveillait et vivait ; Pensive, elle disait : — « Je souffre ! » Pour en avoir raison, cette...

La Vie - Louisa Siefert

Lors de ma dix-septième année, Quand j’aimais et quand je rêvais, Quand, par l’espérance entraînée, J’allais, riant des jours mauvais ; Quand l’amour, ce charmeur suprême, Endormait le soupçon lui-même Dans mon cœur craintif et jaloux ; Quand je n’avais pas d’autre...

Soleil d’hiver - Louisa Siefert

Hélas ! hier encor sur mon front, sur ma lèvre,Sont venus se poser la joie et le plaisir,J’ai ri comme une folle… aujourd’hui j’ai la fièvre,Car ma porte est fermée et j’en ai le loisir. Ô pauvre humanité ! J’ai pitié de moi-mêmeQuand mon masque s’en va décollé par...

Les Saintes Colères V - Louisa Siefert

Ah ! parce qu’ils sont forts, et qu’ils sont en grand nombre, Qu’ils se sont préparés dans le silence et l’ombre Comme des renards ou des loups ; Parce qu’ils ont surpris notre France endormie, Qu’ils ont mis leur poing lourd sur sa bouche blémie, Et sur sa gorge...

Le Banc - Louisa Siefert

Lorsque je vais m’asseoir à mon banc favori, Qu’il est tard, qu’il fait doux, que selon l’habitude Mon petit chien me garde avec sollicitude, Tous les songes aimés dont mon cœur s’est nourri Reviennent à la fois peupler ma solitude. C’est comme un bruit lointain de...

Solitude - Louisa Siefert

Vous qui me plaignez, ne me plaignez plus, Vous qui m’enviez, n’ayez pas d’envie, Mon destin est tel que je le voulus, Et Dieu fit sans moi mon cœur et ma vie. J’ai su découvrir la sérénité Dans le triste fond des plus tristes choses, Et me rapprocher de la vérité...

Les Saintes Colères VI - Louisa Siefert

On disait : — Il est mort, foulé sur la grand’route Par ceux dont il voulait arrêter la déroute. Cet autre, au coin d’un bois, tomba seul. Celui-ci, Plutôt que de céder, s’est fait tuer ici. Celui-là fut broyé sous tant de projectiles, Et tous ces dévouements étaient...

Le Lion - Louisa Siefert

Les fleuves au midi roulent de larges flots. Entre eux le grand lion dort, cachant ses yeux clos Sous sa rousse crinière éparse. De la plaine On voit monter au ciel sa chaude et blanche haleine, Comme un soupir gonflé de haine et de dédain, Et l’on entend le bruit...

Tristesse - Louisa Siefert

Rentrez dans vos cartons, robe, rubans, résille ! Rentrez, je ne suis plus l’heureuse jeune fille Que vous avez connue en de plus anciens jours. Je ne suis plus coquette, ô mes pauvres atours ! Laissez-moi ma cornette et ma robe de chambre, Laissez-moi les porter...

À laquelle ? - Louisa Siefert

Quand tu dors à qui rêves-tu, Toi, leur seule et chère espérance ? À laquelle, ô cœur combattu, T’arrêtes-tu de préférence ? Est-ce à celle qui dort toujours Dans le cercueil au cimetière, Âme naïve et sans détours Dont tu méprisas la prière ? À celle qui ne dort...

Le Sapin - Louisa Siefert

Il est un arbre fier, droit, austère et robuste, Que n’aime pas l’oiseau, ni la fleur, ni l’arbuste, Ni la vigne flexible aux rameaux caressants. Floréal le dédaigne et brumaire l’oublie ; Et jamais on ne voit que la tempête plie Sa tête échevelée ou ses bras...

Villanelle - Louisa Siefert

Ô les charmants nuages roses, Les jolis prés verts tout mouillés ! Après les vilains mois moroses, Les petits oiseaux réveillés S’envolent aux champs dépouillés. Tout là-haut ce n’est que bruits d’ailes, Rendez-vous, murmures, chansons ; Aux toits courent les...

Amour - Louisa Siefert

Ô rêves de jeunesse, éblouissant mirage, Qui vous arrachera de mon cœur éperdu ? Qu’étaient donc ma raison, ma force, mon courage, Qu’ils aient fui pour un mot dans la nuit entendu ? Amour ! oh ! c’est bien toi dont j’ai senti la flamme, Toi qui fais mon souci, toi...

Lendemain - Louisa Siefert

Hé bien ! j’ai triomphé, l’on m’a fort applaudie, J’ai su rire, chanter, jouer la comédie, Être jeune une fois et répondre à chacun, Sur son salut banal, un autre lieu commun. L’éclair à la prunelle et le rose à la joue, Hé bien ! c’est vrai, j’ai fait tout cela, je...

Voyage - Louisa Siefert

Passer tout près, passer et regarder de loin, Et frémir sans oser continuer la route, Et refouler, de peur d’un indiscret témoin, Ces derniers pleurs, tout prêts à couler goutte à goutte ! De lourds nuages gris que l’éclair déchirait Cachaient tout l’horizon, et les...

Après une lecture - Louisa Siefert

Henriette, Henriette, hélas ! combien de femmes Ont conçu, comme toi, la sainte ambition De rendre une âme belle à l’égal de leurs âmes, Et meurent, comme toi, de leur déception ! Oh ! combien, comme toi, pauvre ange au noble rêve ! S’ensanglantent les pieds, se...

Les Cendres - Louisa Siefert

Allons, ce sacrifice encore, Et puis tout sera consommé. Viens, que la flamme te dévore, Pauvre vieux trésor embaumé ! Venez, sans tarder davantage, Ô première et dernière page Du roman fatal accompli ! Venez, ô lettres adorées ; Venez, par moi-même livrées, Tombez...

Berceuse - Louisa Siefert

C’est le matin, l’enfant, la paupière mi-close, Sur le sein maternel paisiblement repose. « — Chut ! » disait-elle avec un doux air inquiet, « Tout à l’heure il rêvait sans doute, il souriait « Même en dormant, et moi, quoique ce soit étrange « Et bien fou, n’est-ce...

L’Abbaye - Louisa Siefert

La chapelle de l’abbaye Avait été toute envahie D’un flot d’oisifs et de flâneurs ; Et sur le marbre blanc des dalles, Deux moines, traînant leurs sandales, Guidaient à travers les dédales Tous ces curieux promeneurs. Devant ces royales merveilles, Ainsi qu’un noir...