Pascal (4) - Louise Ackermann

Tu nous en fait l'aveu : si quelque chose au monde T'a jamais irrité, Pascal, et confondu, C'est que l'on pût dormir en une paix profonde, Lorsque sur un abîme on se sait suspendu ; C'est un monstre pour toi que cette indifférence. Quoi ! ne point s'enquérir du...

In Memoriam - Louise Ackermann

I J’aime à changer de cieux, de climat, de lumière. Oiseau d’une saison, je fuis avec l’été, Et mon vol inconstant va du rivage austère Au rivage enchanté. Mais qu’à jamais le vent bien loin du bord m’emporte Où j’ai dans d’autres temps suivi des pas chéris, Et...

Sakoutala - Louise Ackermann

Tiré du Sanscrit. De l’Inde encore ! A son ami lecteur Un grand courage il faut que l’on suppose. Passe une fois, mais nous doubler la dose ! -Ah ! soyez donc indulgent ; un auteur En vain se met en quatre pour vous plaire ; Vous agréer n’est pas petite affaire. Moi...

Savitri - Louise Ackermann

Tiré du Sanscrit. L’Inde me plaît, non pas que j’aie encore De mes yeux vu ce rivage enchanteur : Mais on sait lire et même, sauf erreur, On a du lieu déchiffré maint auteur. En ce pays des perles, de l’aurore, Des frais lotus et du parler divin, La poésie a l’horreur...

Une femme - Louise Ackermann

S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre, Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère, Si, dans le sentier rude avançant lentement, Cette âme s’arrêtait à quelque dévouement, Si c’était la Bonté sous les cieux descendue, Vers tous les malheureux la...

Le déluge - Louise Ackermann

Tu l'as dit : C'en est fait ; ni fuite ni refuge Devant l'assaut prochain et furibond des flots. Ils avancent toujours. C'est sur ce mot, Déluge, Poète de malheur, que ton livre s'est clos. Mais comment osa-t-il échapper à ta bouche ? Ah ! pour le prononcer, même au...

Le départ - Louise Ackermann

Il est donc vrai ? Je garde en quittant la patrie, Ô profonde douleur ! un cœur indifférent. Pas de regard aimé, pas d'image chérie, Dont mon œil au départ se détache en pleurant. Ainsi partent tous ceux que le désespoir sombre Dans quelque monde à part pousse à se...

Le fantôme - Louise Ackermann

D'un souffle printanier l'air tout à coup s'embaume. Dans notre obscur lointain un spectre s'est dressé, Et nous reconnaissons notre propre fantôme Dans cette ombre qui sort des brumes du passé. Nous le suivons de loin, entraînés par un charme À travers les débris, à...

Le nuage - Louise Ackermann

Levez les yeux ! C'est moi qui passe sur vos têtes, Diaphane et léger, libre dans le ciel pur ; L'aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes, Je plonge et nage en plein azur. Comme un mirage errant, je flotte et je voyage. Coloré par l'aurore et le soir tour à...

Les malheureux - Louise Ackermann

La trompette a sonné. Des tombes entr'ouvertes Les pâles habitants ont tout à coup frémi. Ils se lèvent, laissant ces demeures désertes Où dans l'ombre et la paix leur poussière a dormi. Quelques morts cependant sont restés immobiles ; Ils ont tout entendu, mais le...

L'idéal - Louise Ackermann

I Idéal ! Idéal ! sur tes traces divines, Combien déjà se sont égarés et perdus ! Les meilleurs d'entre nous sont ceux que tu fascines ; Ils se rendent à toi sans s'être défendus. Ce n'est point lâcheté, mais fougue involontaire, Besoin d'essor, dégoût de tout ce qui...

Ô Nature - Louise Ackermann

Ô Nature ! bientôt, sous le nom d'industrie, Tu vas tout envahir, tu vas tout absorber. Le poète navré s'indigne et se récrie : « Quoi ! sous ce joug brutal il faudra nous courber ? Non, tant que la beauté dominera l'argile, Dans le conflit sacré, c'est nous qui...

Pascal - Louise Ackermann

À Ernest Havet. DERNIER MOT. Un dernier mot, Pascal ! À ton tour de m'entendre Pousser aussi ma plainte et mon cri de fureur. Je vais faire d'horreur frémir ta noble cendre, Mais du moins j'aurai dit ce que j'ai sur le coeur. À plaisir sous nos yeux lorsque ta main...

Prométhée - Louise Ackermann

Frappe encor, Jupiter, accable-moi, mutile L'ennemi terrassé que tu sais impuissant ! Écraser n'est pas vaincre, et ta foudre inutile S'éteindra dans mon sang, Avant d'avoir dompté l'héroïque pensée Qui fait du vieux Titan un révolté divin ; C'est elle qui te brave,...

Pygmalion - Louise Ackermann

Du chef-d'œuvre toujours un cœur fut le berceau. L'art, au fond, n'est qu'amour. Pour provoquer la vie, Soit qu'on ait la palette en main ou le ciseau, Il faut une âme ardente et qu'un charme a ravie. Après tout, tes enfants ne sont point des ingrats, Artiste ! ils...

Renoncement - Louise Ackermann

Depuis que sous les cieux un doux rayon colore Ma jeunesse en sa fleur, ouverte aux feux du jour, Si mon cœur a rêvé, si mon cœur rêve encore Le choix irrévocable et l'éternel amour, C'est qu'aux jours périlleux, toujours prudent et sage, Au plus digne entre tous...

Un autre cœur - Louise Ackermann

Serait-ce un autre cœur que la Nature donne À ceux qu'elle préfère et destine à vieillir, Un cœur calme et glacé que toute ivresse étonne, Qui ne saurait aimer et ne veut pas souffrir ? Ah ! qu'il ressemble peu, dans son repos tranquille, À ce cœur d'autrefois qui...

Le cri - Louise Ackermann

Lorsque le passager, sur un vaisseau qui sombre, Entend autour de lui les vagues retentir, Qu'a perte de regard la mer immense et sombre Se soulève pour l'engloutir, Sans espoir de salut et quand le pont s'entr'ouvre, Parmi les mâts brisés, terrifié, meurtri, Il...

Élan mystique - Louise Ackermann

Alors j'avais quinze ans. Au sein des nuits sans voiles, Je m'arrêtais pour voir voyager les étoiles Et contemplais trembler, à l'horizon lointain, Des flots où leur clarté jouait jusqu'au matin. Un immense besoin de divine harmonie M'entraînait malgré moi vers la...

Hébé - Louise Ackermann

Les yeux baissés, rougissante et candide, Vers leur banquet quand Hébé s'avançait, Les Dieux charmés tendaient leur coupe vide, Et de nectar l'enfant la remplissait. Nous tous aussi, quand passe la Jeunesse, Nous lui tendons notre coupe à l'envi. Quel est le vin qu'y...

L'abeille - Louise Ackermann

Quand l'abeille, au printemps, confiante et charmée, Sort de la ruche et prend son vol au sein des airs, Tout l'invite et lui rit sur sa route embaumée. L'églantier berce au vent ses boutons entr'ouverts ; La clochette des prés incline avec tendresse Sous le regard du...

La guerre - Louise Ackermann

I Du fer, du feu, du sang ! C'est elle ! c'est la Guerre Debout, le bras levé, superbe en sa colère, Animant le combat d'un geste souverain. Aux éclats de sa voix s'ébranlent les armées ; Autour d'elle traçant des lignes enflammées, Les canons ont ouvert leurs...

La jeunesse - Louise Ackermann

Prodigue de trésors et d'ivresse idolâtre, La Jeunesse a toujours fait comme Cléopâtre : Un pur et simple vin est trop froid pour son cœur ; Elle y jette un joyau, dans sa fougue imprudente. À peine a-t-elle, hélas ! touché la coupe ardente, Qu'il n'y reste plus rien,...

À une artiste - Louise Ackermann

Puisque les plus heureux ont des douleurs sans nombre, Puisque le sol est froid, puisque les cieux sont lourds, Puisque l'homme ici-bas promène son cœur sombre Parmi les vains regrets et les courtes amours, Que faire de la vie ? Ô notre âme immortelle, Où jeter tes...

Aux femmes - Louise Ackermann

S'il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre, Qu'une entre vous vraiment comprit sa tâche austère ; Si, dans le sentier rude avançant lentement, Cette âme s'arrêtait à quelque dévoûment ; Si c'était la bonté sous les cieux descendue, Vers les infortunés la main...

Contes - Louise Ackermann

Ah ! si la Muse était tant soit peu fée, Chanter, vraiment, serait emploi des dieux ; Point ne pourrait le plus petit Orphée La bouche ouvrir, qu'on ne vît de tous lieux Courir les gens. Oui, nous ferions merveille, Et sous nos pas la foule toute oreille Ramasserait...

Daphné - Louise Ackermann

Lorsque le dieu du jour, plein d'amoureuse audace, Dédaignant tout à coup l'Olympe et ses plaisirs, Sans char, la lyre en main, s'élançait sur la trace De la nymphe de ses désirs, Celle-ci, jusqu'au bout insensible et rétive, Le laissa s'égarer en des sentiers ingrats...

De la lumière - Louise Ackermann

Quand le vieux Gœthe un jour cria : « De la lumière ! » Contre l'obscurité luttant avec effort, Ah ! lui du moins déjà sentait sur sa paupière Peser le voile de la mort. Nous, pour le proférer ce même cri terrible, Nous avons devancé les affres du trépas ; Notre œil...