Je désire toujours. - Louise Colet

Avoir toujours gardé la candeur pour symbole, Croire à tout sentiment noble et pur, et souffrir ; Mendier un espoir comme un pauvre une obole, Le recevoir parfois, et longtemps s'en nourrir ! Puis, lorsqu'on y croyait, dans ce monde frivole Ne pas trouver un cœur qui...

Liane. - Louise Colet

Jeune levrette, au poil d'ébène, Au flanc mince, au col assoupli, Ton dos, où ma main se promène, A l'éclat de l'acier poli. Tu dresses tes noires oreilles Comme deux ailes de corbeau ; Tes dents d'ivoire sont pareilles A la blanche écume de l'eau. Ton œil, quand sur...

Une matinée. - Louise Colet

Une heure douce est rare ; il nous la faut compter Lorsque sur notre vie elle vient s'arrêter ; Ce matin, près de vous, cette heure m'est venue Le soleil se baignait dans une blanche nue, Et du jardin claustral où nous étions assis Ses rayons onduleux doraient les...

L'abandon. - Louise Colet

Vous en souvenez-vous de ces heures passées L'une à côté de l'autre, où toutes nos pensées Sans crainte, sans soupçon, s'échangeaient entre nous ? L'amitié, disions-nous, est une douce chose ; Heureux qui trouve un cœur où son cœur se repose !... Vous en souvenez-vous...

L'imprudence. - Louise Colet

Enfants, ne jouez pas si près de la rivière ; Pour vous mirer dans l'eau n'inclinez pas vos fronts, Votre pied imprudent peut glisser sur la pierre ; Vous êtes tout petits et les flots sont profonds ! Mais vous n'écoutez pas ma voix qui vous appelle ; Aux poissons...

Bianca Neve. - Louise Colet

Que j'aime à voir tomber, par un ciel attiédi, La neige en blancs flocons sur nos monts du Midi ! Avant qu'il soit souillé par les traces du pâtre, Le ciel se réfléchit dans ce miroir d'albâtre, Et le soleil, brillant d'un feu plus vif encore, Sur le champ virginal...

La demoiselle. - Louise Colet

Dans un jour de printemps, est-il rien de joli Comme la demoiselle, aux quatre ailes de gaze, Aux antennes de soie, au corps svelte et poli, Tour à tour émeraude, ou saphir ou topaze ? Elle vole dans l'air quand le jour a pâli ; Elle enlève un parfum à la fleur...

L'inspiration. - Louise Colet

Ah ! lorsque débordait ainsi la poésie, Torrent impétueux, brûlante frénésie, Dans mon âme vibraient d'indicibles accords ; Comme sous l'ouragan bat la vague marine, Sous la muse mon cœur battait dans ma poitrine, Mais ma lyre jamais n'égalait mes transports !... Par...

Boutade à la raison. - Louise Colet

Froide raison, pompeuse idole, Divinité, chère à l'orgueil, Tu n'as pas un mot qui console Les souffrances d'un cœur en deuil : Jamais, dans ton œil inflexible, On ne vit des pleurs de pitié ; Ta voix rend l'amour insensible, Et glace même l'amitié. Comme l'onde de la...

La mort de mon père. - Louise Colet

Je crois revoir encore la couche d'agonie, Où mon père mourut vieillard aux cheveux blancs, Au front large et ridé, symbole de génie, Aux yeux étincelants. Comme un bûcher fumant, dont on éteint la flamme, Jette, avant d'expirer, tous ses rayons épars, Ainsi, près de...

Ma poésie. - Louise Colet

Il est dans le Midi des fleurs d'un rose pâle Dont le soleil d'hiver couronne l'amandier ; On dirait des flocons de neige virginale Rougis par les rayons d'un soleil printanier. Mais pour flétrir les fleurs qui forment ce beau voile, Si la rosée est froide, il suffit...

Chant de consolation. - Louise Colet

Oh ! souffrir et pleurer, c'est ce qui régénère : L'homme n'est vraiment grand qu'alors qu'il a gémi ; Quelque soit ton malheur, mon âme le vénère ; Pour moi, l'infortuné fut toujours un ami. Si j'avais une voix de séraphin, pareille A celle qui de Job adoucissait les...

La promenade. - Louise Colet

Oh ! ne me conduis plus dans ces fêtes frivoles Où les rêves du cœur ne sauraient se fixer ; Où de la vanité les brillantes idoles Obtiennent des succès qu'un jour doit effacer : Dis-moi, pourquoi veux-tu qua ce monde j'étale Les rêves de bonheur que je forme en...

Néant. - Louise Colet

Vous, qui vivez heureux, vous ne sauriez comprendre L'empire que sur moi ces songes pouvaient prendre ; Mais lorsque je tombais de leur enchantement A la réalité qui toujours les dément, Si je voulais, luttant contre ma destinée, Me dépouiller des fers qui m'ont...

Conseils à .... - Louise Colet

Pourquoi vous asservir au ridicule usage De ces mots sans pensée idiome moqueur, Qui, comme une beauté qui farde son visage, Eblouit un instant, et n'émeut pas le cœur ? Laissez tout ce clinquant à de petites têtes. Qui, de leur âme vide excitant la torpeur, Ont...

Lassitude. - Louise Colet

Il est de ces longs jours d'indicible malaise Où l'on voudrait dormir du lourd sommeil des morts ; De ces heures d'angoisse où l'existence pèse Sur l'âme et sur le corps : Alors on cherche en vain une douce pensée, Une image riante, un souvenir fécond ; L'âme lutte un...

Paris. - Louise Colet

Quand je vais triste et seule, et que, dans le ciel gris, Je suis quelque nuage errant sur les toitures, Et, comme ces draps noirs qu'on met aux sépultures, Couvrant des boulevards les arbres rabougris ; Lorsqu'au bourdonnement de ce chaos qui passe, De ce peuple...

Désenchantement. - Louise Colet

« Insensée, à ces cœurs fardés d'hypocrisie, Qui profanent l'amour, que l'amour rassasie, Tu demandais en vain Cette source du ciel où l'on se désaltère ; Ils avaient mélangé les fanges de la terre, A son nectar divin !... « Tous ceux dont les pensers te charment dans...

La voix d'une mère. - Louise Colet

Enfant qui seras femme, N'ouvre jamais ton âme Qu'aux modestes vertus ; Que ta charité sainte Berce et calme la plainte Des esprits abattus ! Que ta pure espérance Relève la souffrance, Que ton hymne de foi, Comme une chaste offrande, Monte au ciel et répande La paix...

Penserosa. - Louise Colet

Le marbre le plus pur créé par Michel-Ange Est un jeune guerrier triste et beau comme un ange ; L'artiste l'a sculpté languissamment assis A l'angle du tombeau de l'un des Médicis ; Il rêve, il est empreint d'une vague souffrance : C'est le génie en deuil de la belle...