Envoi. - Louise Colet

Tu le sais, le cœur seul a dicté ce poème ; Là, point de fictions, point d'art et point d'emblème En modulant ces vers, mon luth n'a pas menti ; Il peint fidèlement ce que j'ai ressenti : Les tourments de l'esprit, les angoisses de l'âme, De mon simple récit ont...

Plus de vers. - Louise Colet

Non, plus de vers, jamais ; ce monde où tout s'altère, Ma muse, a fait pâlir ton front pudique et saint, Ton aile s'est brisée en touchant à la terre : Comme un oiseau blessé cache-toi dans mon sein. Non, plus de vers, jamais, car les vers sont des larmes Qui brûlent...

Espère. - Louise Colet

Ainsi, j'avais en vain suivi d'un œil avide, Mille rêves d'amour, de gloire et d'amitié : Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ; Je me faisais pitié ! La douleur arrêtait ma course haletante, Je renonçais au but avant qu'il fut atteint ; Dans mon cœur,...

Le liseron. - Louise Colet

Aimez le Liseron, cette fleur qui s'attache Au gazon de la tombe, à l'agreste rocher ; Triste et modeste fleur qui dans l'ombre se cache Et frissonne au toucher ! Aimez son teint si pâle et son parfum d'amande ; Ce parfum, on le cherche, il ne vient pas à vous ; Mais,...

Portrait. - Louise Colet

C'est un de ces frétons de la littérature, Qui, d'auteurs en auteurs, butinent leur pâture, Formant péniblement, de ce qu'ils ont volé, Un volume indigeste, et de vers, et de prose, Où, sur le frontispice un artiste les pose En noir démon échevelé ! C'est un de ces...

Hécatombe. - Louise Colet

La gloire de l'artiste est un feu qui consume ; A son foyer brûlant le flambeau qui s'allume Brille d'un vif éclat, mais tombe avant le soir : Il meurt, comme l'encens s'éteint dans l'encensoir, Après que sur l'autel sa vapeur virginale Vers Dieu s'est élevée en suave...

Le malheur. - Louise Colet

Le malheur m'a jeté son souffle desséchant : De mes doux sentiments la source s'est tarie, Et mon âme incomprise avant l'heure flétrie, En perdant tout espoir perd tout penser touchant, Mes yeux n'ont plus de pleurs, ma voix n'a plus de chant, Mon cœur désenchanté n'a...

Les baux. - Louise Colet

J'aime les vieux manoirs, ruines féodales Qui des rocs escarpés dominent les dédales ; J'aime du haut des tours de leur sombre prison A voir se dérouler un immense horizon : J'aime, de leur chapelle en parcourant les dalles, A lire les ci-gît couronnés de blason. Et...

Rêve. - Louise Colet

Ô mes auteurs chéris, vous qui, lorsque je pleure, Me consolez toujours, m'entourez à toute heure, Vos écrits ont calmé mes pensers dévorants, Et je vous aime tous, en amis, en parents !... Dans mes rêves brillants, fils de la poésie, Je vois s'ouvrir pour moi votre...

Illusions. - Louise Colet

Souvent je m'élançais dans ces champs sans limite, Où l'homme croit trouver le réel qu'il imite, Dans des songes heureux qui, par l'espoir conçus, Brillent sur nos beaux jours, puis s'éteignent déçus ; J'avais édifié le monument fragile D'un terrestre bonheur, qu'on...

Souviens-toi de moi. - Louise Colet

Pars, puisque la gloire t'appelle ! Mais lorsque tu t'enivres d'elle, Oh ! du moins, souviens-toi de moi ! Quand la louange autour de toi Se répand douce à ton oreille, Ah ! que mon image s'éveille Dans ton cœur, souviens-toi de moi ! D'autres femmes te seront chères....

Isola-Bella. - Louise Colet

Vierges, lorsqu'à vos cœurs l'amour se révéla, Par votre fiancé quand vous fûtes aimées, Le jour où son destin au vôtre se mêla. Ne rêvâtes-vous pas aux îles Borromées ? Et parmi les trois sœurs, corbeilles parfumées, Au rivage enchanteur de l'Isola-Bella Où l'on voit...

Les fleurs que j'aime. - Louise Colet

Fleurs arrosées Par les rosées Du mois de mai, Que je vous aime ! Vous que parsème L'air embaumé ! Par vos guirlandes, Les champs, les landes Sont diaprés : La marguerite Modeste habite Au bord des prés. Le bluet jette Sa frêle aigrette Dans la moisson ; Et sur les...

Strophes. - Louise Colet

N'a-t-on pas épuisé la coupe de la haine ! Est-il encore des noms qui n'aient été flétris ; Des malheurs respectés par la foule inhumaine, Et que n'ait pas frappés la verge du mépris ? Est-il un citoyen, dans la France en délire, Dont la gloire ou l'honneur n'ait pas...

Jalousie. - Louise Colet

Jeunes femmes, parfois, quand je vais me mêler A vos jeux... si je sens mon âme se troubler, Si soudain sur mon front une ride se creuse, Si ma pensée empreint sa trace douloureuse Sur mes traits, que l'on voit se couvrir de pâleur, Ce n'est point jalousie, ô femmes !...

Un cœur brisé. - Louise Colet

« Ô souvenir de pleurs et de mélancolie ! Ceux que j'aurais aimés ne m'ont point accueillie, Ou bien, insoucieux, Ils vantaient ma beauté sans comprendre mon âme, Et ne soupçonnaient pas sous ces dehors de femme L'ange tombé des deux ! Comme un lac, dont la brise...

Je crois à l'avenir. - Louise Colet

Oui, les illusions dont toujours je me berce En vain leurrent mon cœur d'un espoir décevant, Impassible et cruel le monde les disperse, Ainsi que des brins d'herbe emportés par le vent. Et moi, me rattachant à ma fortune adverse, J'étouffe dans mon sein tout penser...

L'hymen. - Louise Colet

Ne rêves-tu jamais à ces heures d'extase Qui précèdent l'hymen de deux jeunes époux ? Quand l'amour, de leur cœur, comme ronde d'un vase, Déborde en sentiments mystérieux et doux ! Dis, n'est-ce rien pour toi qu'une vierge qui pleure En recevant l'aveu d'un amour...

Une amie. - Louise Colet

Si vous l'aviez connue à sa quinzième année, Elle était belle alors, belle à vous rendre fou ! En voyant les attraits dont elle était ornée, Vous auriez devant elle incliné le genou ! Pour caresser sa main frêle, blanche et veinée, Poète, vous eussiez été je ne sais...

Je désire toujours. - Louise Colet

Avoir toujours gardé la candeur pour symbole, Croire à tout sentiment noble et pur, et souffrir ; Mendier un espoir comme un pauvre une obole, Le recevoir parfois, et longtemps s'en nourrir ! Puis, lorsqu'on y croyait, dans ce monde frivole Ne pas trouver un cœur qui...

Liane. - Louise Colet

Jeune levrette, au poil d'ébène, Au flanc mince, au col assoupli, Ton dos, où ma main se promène, A l'éclat de l'acier poli. Tu dresses tes noires oreilles Comme deux ailes de corbeau ; Tes dents d'ivoire sont pareilles A la blanche écume de l'eau. Ton œil, quand sur...

Une matinée. - Louise Colet

Une heure douce est rare ; il nous la faut compter Lorsque sur notre vie elle vient s'arrêter ; Ce matin, près de vous, cette heure m'est venue Le soleil se baignait dans une blanche nue, Et du jardin claustral où nous étions assis Ses rayons onduleux doraient les...

L'abandon. - Louise Colet

Vous en souvenez-vous de ces heures passées L'une à côté de l'autre, où toutes nos pensées Sans crainte, sans soupçon, s'échangeaient entre nous ? L'amitié, disions-nous, est une douce chose ; Heureux qui trouve un cœur où son cœur se repose !... Vous en souvenez-vous...

L'imprudence. - Louise Colet

Enfants, ne jouez pas si près de la rivière ; Pour vous mirer dans l'eau n'inclinez pas vos fronts, Votre pied imprudent peut glisser sur la pierre ; Vous êtes tout petits et les flots sont profonds ! Mais vous n'écoutez pas ma voix qui vous appelle ; Aux poissons...

Bianca Neve. - Louise Colet

Que j'aime à voir tomber, par un ciel attiédi, La neige en blancs flocons sur nos monts du Midi ! Avant qu'il soit souillé par les traces du pâtre, Le ciel se réfléchit dans ce miroir d'albâtre, Et le soleil, brillant d'un feu plus vif encore, Sur le champ virginal...

La demoiselle. - Louise Colet

Dans un jour de printemps, est-il rien de joli Comme la demoiselle, aux quatre ailes de gaze, Aux antennes de soie, au corps svelte et poli, Tour à tour émeraude, ou saphir ou topaze ? Elle vole dans l'air quand le jour a pâli ; Elle enlève un parfum à la fleur...

L'inspiration. - Louise Colet

Ah ! lorsque débordait ainsi la poésie, Torrent impétueux, brûlante frénésie, Dans mon âme vibraient d'indicibles accords ; Comme sous l'ouragan bat la vague marine, Sous la muse mon cœur battait dans ma poitrine, Mais ma lyre jamais n'égalait mes transports !... Par...

Boutade à la raison. - Louise Colet

Froide raison, pompeuse idole, Divinité, chère à l'orgueil, Tu n'as pas un mot qui console Les souffrances d'un cœur en deuil : Jamais, dans ton œil inflexible, On ne vit des pleurs de pitié ; Ta voix rend l'amour insensible, Et glace même l'amitié. Comme l'onde de la...

La mort de mon père. - Louise Colet

Je crois revoir encore la couche d'agonie, Où mon père mourut vieillard aux cheveux blancs, Au front large et ridé, symbole de génie, Aux yeux étincelants. Comme un bûcher fumant, dont on éteint la flamme, Jette, avant d'expirer, tous ses rayons épars, Ainsi, près de...

Ma poésie. - Louise Colet

Il est dans le Midi des fleurs d'un rose pâle Dont le soleil d'hiver couronne l'amandier ; On dirait des flocons de neige virginale Rougis par les rayons d'un soleil printanier. Mais pour flétrir les fleurs qui forment ce beau voile, Si la rosée est froide, il suffit...

Chant de consolation. - Louise Colet

Oh ! souffrir et pleurer, c'est ce qui régénère : L'homme n'est vraiment grand qu'alors qu'il a gémi ; Quelque soit ton malheur, mon âme le vénère ; Pour moi, l'infortuné fut toujours un ami. Si j'avais une voix de séraphin, pareille A celle qui de Job adoucissait les...

La promenade. - Louise Colet

Oh ! ne me conduis plus dans ces fêtes frivoles Où les rêves du cœur ne sauraient se fixer ; Où de la vanité les brillantes idoles Obtiennent des succès qu'un jour doit effacer : Dis-moi, pourquoi veux-tu qua ce monde j'étale Les rêves de bonheur que je forme en...

Néant. - Louise Colet

Vous, qui vivez heureux, vous ne sauriez comprendre L'empire que sur moi ces songes pouvaient prendre ; Mais lorsque je tombais de leur enchantement A la réalité qui toujours les dément, Si je voulais, luttant contre ma destinée, Me dépouiller des fers qui m'ont...

Conseils à .... - Louise Colet

Pourquoi vous asservir au ridicule usage De ces mots sans pensée idiome moqueur, Qui, comme une beauté qui farde son visage, Eblouit un instant, et n'émeut pas le cœur ? Laissez tout ce clinquant à de petites têtes. Qui, de leur âme vide excitant la torpeur, Ont...

Lassitude. - Louise Colet

Il est de ces longs jours d'indicible malaise Où l'on voudrait dormir du lourd sommeil des morts ; De ces heures d'angoisse où l'existence pèse Sur l'âme et sur le corps : Alors on cherche en vain une douce pensée, Une image riante, un souvenir fécond ; L'âme lutte un...

Paris. - Louise Colet

Quand je vais triste et seule, et que, dans le ciel gris, Je suis quelque nuage errant sur les toitures, Et, comme ces draps noirs qu'on met aux sépultures, Couvrant des boulevards les arbres rabougris ; Lorsqu'au bourdonnement de ce chaos qui passe, De ce peuple...

Désenchantement. - Louise Colet

« Insensée, à ces cœurs fardés d'hypocrisie, Qui profanent l'amour, que l'amour rassasie, Tu demandais en vain Cette source du ciel où l'on se désaltère ; Ils avaient mélangé les fanges de la terre, A son nectar divin !... « Tous ceux dont les pensers te charment dans...

La voix d'une mère. - Louise Colet

Enfant qui seras femme, N'ouvre jamais ton âme Qu'aux modestes vertus ; Que ta charité sainte Berce et calme la plainte Des esprits abattus ! Que ta pure espérance Relève la souffrance, Que ton hymne de foi, Comme une chaste offrande, Monte au ciel et répande La paix...

Penserosa. - Louise Colet

Le marbre le plus pur créé par Michel-Ange Est un jeune guerrier triste et beau comme un ange ; L'artiste l'a sculpté languissamment assis A l'angle du tombeau de l'un des Médicis ; Il rêve, il est empreint d'une vague souffrance : C'est le génie en deuil de la belle...

Enthousiasme. - Louise Colet

Vois-tu la jeune vierge à l'âme véhémente, Qui se meurt chaque jour du mal qui la tourmente ? La vois-tu, mendiant, comme un trésor divin. Un cœur qui la comprenne, et le cherchant en vain ! Oh ! qui saura jamais sa souffrance infinie, Ses jours de désespoir et ses...

Le désert. - Louise Colet

Le désert ! le désert dans son immensité, Avec sa grande voix, sa sauvage beauté ; Ses pics touchant les deux, ses savanes, ses ondes, Cataractes roulant sous des forêts profondes ; Ses mille bruits, ses cris, ses sourds rugissements, Gigantesque concert de tous les...

Pétrarque. - Louise Colet

Ce torrent, qui bondit, et jette Son écume de neige et d'or, Etait l'emblème du poète, Quand sa muse prenait l'essor. A ces bords sa gloire s'allie ; Son ombre, est le Dieu de ces eaux : Mais, le chantre de l'Italie N'éveillera plus ces échos ! Quand, sur cette onde...