Strophes. - Louise Colet

N'a-t-on pas épuisé la coupe de la haine ! Est-il encore des noms qui n'aient été flétris ; Des malheurs respectés par la foule inhumaine, Et que n'ait pas frappés la verge du mépris ? Est-il un citoyen, dans la France en délire, Dont la gloire ou l'honneur n'ait pas...

Un cœur brisé. - Louise Colet

« Ô souvenir de pleurs et de mélancolie ! Ceux que j'aurais aimés ne m'ont point accueillie, Ou bien, insoucieux, Ils vantaient ma beauté sans comprendre mon âme, Et ne soupçonnaient pas sous ces dehors de femme L'ange tombé des deux ! Comme un lac, dont la brise...

Une amie. - Louise Colet

Si vous l'aviez connue à sa quinzième année, Elle était belle alors, belle à vous rendre fou ! En voyant les attraits dont elle était ornée, Vous auriez devant elle incliné le genou ! Pour caresser sa main frêle, blanche et veinée, Poète, vous eussiez été je ne sais...

Une matinée. - Louise Colet

Une heure douce est rare ; il nous la faut compter Lorsque sur notre vie elle vient s'arrêter ; Ce matin, près de vous, cette heure m'est venue Le soleil se baignait dans une blanche nue, Et du jardin claustral où nous étions assis Ses rayons onduleux doraient les...

Jalousie. - Louise Colet

Jeunes femmes, parfois, quand je vais me mêler A vos jeux... si je sens mon âme se troubler, Si soudain sur mon front une ride se creuse, Si ma pensée empreint sa trace douloureuse Sur mes traits, que l'on voit se couvrir de pâleur, Ce n'est point jalousie, ô femmes !...

Boutade à la raison. - Louise Colet

Froide raison, pompeuse idole, Divinité, chère à l'orgueil, Tu n'as pas un mot qui console Les souffrances d'un cœur en deuil : Jamais, dans ton œil inflexible, On ne vit des pleurs de pitié ; Ta voix rend l'amour insensible, Et glace même l'amitié. Comme l'onde de la...

Chant de consolation. - Louise Colet

Oh ! souffrir et pleurer, c'est ce qui régénère : L'homme n'est vraiment grand qu'alors qu'il a gémi ; Quelque soit ton malheur, mon âme le vénère ; Pour moi, l'infortuné fut toujours un ami. Si j'avais une voix de séraphin, pareille A celle qui de Job adoucissait les...

Conseils à .... - Louise Colet

Pourquoi vous asservir au ridicule usage De ces mots sans pensée idiome moqueur, Qui, comme une beauté qui farde son visage, Eblouit un instant, et n'émeut pas le cœur ? Laissez tout ce clinquant à de petites têtes. Qui, de leur âme vide excitant la torpeur, Ont...

Désenchantement. - Louise Colet

« Insensée, à ces cœurs fardés d'hypocrisie, Qui profanent l'amour, que l'amour rassasie, Tu demandais en vain Cette source du ciel où l'on se désaltère ; Ils avaient mélangé les fanges de la terre, A son nectar divin !... « Tous ceux dont les pensers te charment dans...

Enthousiasme. - Louise Colet

Vois-tu la jeune vierge à l'âme véhémente, Qui se meurt chaque jour du mal qui la tourmente ? La vois-tu, mendiant, comme un trésor divin. Un cœur qui la comprenne, et le cherchant en vain ! Oh ! qui saura jamais sa souffrance infinie, Ses jours de désespoir et ses...

Envoi. - Louise Colet

Tu le sais, le cœur seul a dicté ce poème ; Là, point de fictions, point d'art et point d'emblème En modulant ces vers, mon luth n'a pas menti ; Il peint fidèlement ce que j'ai ressenti : Les tourments de l'esprit, les angoisses de l'âme, De mon simple récit ont...

Espère. - Louise Colet

Ainsi, j'avais en vain suivi d'un œil avide, Mille rêves d'amour, de gloire et d'amitié : Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ; Je me faisais pitié ! La douleur arrêtait ma course haletante, Je renonçais au but avant qu'il fut atteint ; Dans mon cœur,...

Hécatombe. - Louise Colet

La gloire de l'artiste est un feu qui consume ; A son foyer brûlant le flambeau qui s'allume Brille d'un vif éclat, mais tombe avant le soir : Il meurt, comme l'encens s'éteint dans l'encensoir, Après que sur l'autel sa vapeur virginale Vers Dieu s'est élevée en suave...

Heureux qui voit la mort. - Louise Colet

Heureux qui voit la mort et qui peut l'oublier ! Heureux qui n'a jamais senti son cœur plier, En voulant pénétrer le déchirant mystère, Que le cercueil dérobe aux enfants de la terre ! Moi, je cherchai longtemps l'énigme du tombeau, Elle fit de mes jours vaciller le...

Illusions. - Louise Colet

Souvent je m'élançais dans ces champs sans limite, Où l'homme croit trouver le réel qu'il imite, Dans des songes heureux qui, par l'espoir conçus, Brillent sur nos beaux jours, puis s'éteignent déçus ; J'avais édifié le monument fragile D'un terrestre bonheur, qu'on...

Isola-Bella. - Louise Colet

Vierges, lorsqu'à vos cœurs l'amour se révéla, Par votre fiancé quand vous fûtes aimées, Le jour où son destin au vôtre se mêla. Ne rêvâtes-vous pas aux îles Borromées ? Et parmi les trois sœurs, corbeilles parfumées, Au rivage enchanteur de l'Isola-Bella Où l'on voit...

Bianca Neve. - Louise Colet

Que j'aime à voir tomber, par un ciel attiédi, La neige en blancs flocons sur nos monts du Midi ! Avant qu'il soit souillé par les traces du pâtre, Le ciel se réfléchit dans ce miroir d'albâtre, Et le soleil, brillant d'un feu plus vif encore, Sur le champ virginal...

Je crois à l'avenir. - Louise Colet

Oui, les illusions dont toujours je me berce En vain leurrent mon cœur d'un espoir décevant, Impassible et cruel le monde les disperse, Ainsi que des brins d'herbe emportés par le vent. Et moi, me rattachant à ma fortune adverse, J'étouffe dans mon sein tout penser...

Je désire toujours. - Louise Colet

Avoir toujours gardé la candeur pour symbole, Croire à tout sentiment noble et pur, et souffrir ; Mendier un espoir comme un pauvre une obole, Le recevoir parfois, et longtemps s'en nourrir ! Puis, lorsqu'on y croyait, dans ce monde frivole Ne pas trouver un cœur qui...

L'abandon. - Louise Colet

Vous en souvenez-vous de ces heures passées L'une à côté de l'autre, où toutes nos pensées Sans crainte, sans soupçon, s'échangeaient entre nous ? L'amitié, disions-nous, est une douce chose ; Heureux qui trouve un cœur où son cœur se repose !... Vous en souvenez-vous...