Ô doux regards, ô yeux pleins de beauté - Louise Labé

Ô doux regards, ô yeux pleins de beauté, Petits jardins pleins de fleurs amoureuses Où sont d'Amour les flèches dangereuses, Tant à vous voir mon œil s'est arrêté ! Ô cœur félon, ô rude cruauté, Tant tu me tiens de façons rigoureuses, Tant j'ai coulé de larmes...

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés - Louise Labé

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés Ô chauds soupirs, ô larmes épandues, Ô noires nuits vainement attendues Ô jours luisants vainement retournés ! Ô tristes plaints, ô désirs obstinés, Ô temps perdu, ô peines dépendues, Ô mille morts en mille rets tendues, Ô pires...

Ne reprenez, Dames, si j'ai aimé - Louise Labé

Ne reprenez, Dames, si j'ai aimé, Si j'ai senti mille torches ardentes, Mille travaux, mille douleurs mordantes, Si en pleurant j'ai mon temps consumé, Las ! que mon nom n'en soit par vous blâmé. Si j'ai failli, les peines sont présentes. N'aigrissez point leurs...

Luth, compagnon de ma calamité - Louise Labé

Luth, compagnon de ma calamité, De mes soupirs témoin irréprochable, De mes ennuis contrôleur véritable, Tu as souvent avec moi lamenté ; Et tant le pleur piteux t'a molesté Que, commençant quelque son délectable, Tu le rendais tout soudain lamentable, Feignant le ton...

Luisant Soleil, que tu es bienheureux - Louise Labé

Luisant Soleil, que tu es bienheureux De voir toujours de t'Amie la face ! Et toi, sa sœur, qu'Endymion embrasse, Tant te repais de miel amoureux ! Mars voit Vénus ; Mercure aventureux De Ciel en Ciel, de lieu en lieu se glace ; Et Jupiter remarque en mainte place Ses...

Las ! que me sert que si parfaitement - Louise Labé

Las ! que me sert que si parfaitement Louas jadis et ma tresse dorée, Et de mes yeux la beauté comparée A deux Soleils, dont Amour finement Tira les traits causes de ton tourment ? Où êtes-vous, pleurs de peu de durée ? Et mort par qui devait être honorée Ta ferme...

Je vis, je meurs - Louise Labé

Je vis, je meurs est un des plus beaux poèmes de Louise Labé. Il s'agit d'un de ses 24 sonnets. Ce poème en décasyllabes sera publié en 1555 dans son recueil Sonnets. Comme dans la majorité de son œuvre, dans ce poème Louise Labé parle de l'amour au féminin en...

Je fuis la ville, et temples, et tous lieux - Louise Labé

Je fuis la ville, et temples, et tous lieux Esquels, prenant plaisir à t'ouïr plaindre, Tu pus, et non sans force, me contraindre De te donner ce qu'estimais le mieux. Masques, tournois, jeux me sont ennuyeux, Et rien sans toi de beau ne me puis peindre ; Tant que,...

Diane étant en l'épaisseur d'un bois - Louise Labé

Diane étant en l'épaisseur d'un bois, Après avoir mainte bête assénée, Prenait le frais, de Nymphes couronnée. J'allais rêvant, comme fais mainte fois, Sans y penser, quand j'ouïs une voix Qui m'appela, disant : Nymphe étonnée, Que ne t'es-tu vers Diane tournée ? Et,...

Deux ou trois fois bienheureux le retour - Louise Labé

Deux ou trois fois bienheureux le retour De ce clair Astre, et plus heureux encore Ce que son œil de regarder honore. Que celle-là recevrait un bon jour, Qu'elle pourrait se vanter d'un bon tour, Qui baiserait le plus beau don de Flore, Le mieux sentant que jamais vit...

Depuis qu'Amour cruel empoisonna - Louise Labé

Depuis qu'Amour cruel empoisonna Premièrement de son feu ma poitrine, Toujours brûlai de sa fureur divine, Qui un seul jour mon cœur n'abandonna. Quelque travail, dont assez me donna, Quelque menace et prochaine ruine, Quelque penser de mort qui tout termine, De rien...

Claire Vénus, qui erres par les Cieux - Louise Labé

Claire Vénus, qui erres par les Cieux, Entends ma voix qui en plaints chantera, Tant que ta face au haut du Ciel luira, Son long travail et souci ennuyeux. Mon œil veillant s'attendrira bien mieux, Et plus de pleurs te voyant jettera. Mieux mon lit mol de larmes...

Baise m'encor, rebaise-moi et baise - Louise Labé

Baise m'encor, rebaise-moi et baise ; Donne m'en un de tes plus savoureux, Donne m'en un de tes plus amoureux : Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise. Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j'apaise, En t'en donnant dix autres doucereux. Ainsi, mêlant nos baisers...