Sonate - Marie Krysinska

PRÉLUDE Les douces lampes veillent Sur le frissonnant calme des tentures Et les coussins profonds comme l'oubli Se font complices de notre langueur. Quel charme dans la muette sérénade Des guitares frôlées par nos cœurs émus Sous les balcons des Extases ! Et ces...

Ronde des printemps - Marie Krysinska

A Charles de Sivry. Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent, Etirant leurs frêles bras - Ainsi que de jeunes filles Qui se réveillent d'un court sommeil Après la nuit dansée au bal, Les boucles de leurs cheveux Tout en papillotes Pour de prochaines fêtes -...

Roman dans la lune - Marie Krysinska

A Edmond Haraucourt. C'était un poète tourmenté d'un mal étrange Il vécut sans désirs sans ambitions Sans jalousie et sans joies ; Ignorant les larmes plus douces que le miel Et les mortels baisers. Car, un soir d'extase, il avait aperçu dans la Lune Celle qu'il...

Pleine mer - Marie Krysinska

A Théo Poilpot. Du fond des caveaux de tristesse - Que surplombe l'Irrémédiable ainsi qu'une voûte, - Du fond des caveaux de tristesse - Où vous êtes, de deuil vêtue Et toute Pleurante descendue - Mon âme ! Souvenez-vous de ce retour enivré, Dans les larges floraisons...

Marie - Marie Krysinska

A Catulle Mendès. La jeune fille nazaréenne amoureusement rêve Elle rêve aux exploits sans pareils De l'admirable Jéhovah. C'est lui – dit-elle dans son cœur tremblant - Qui exhaussa Par la seule force de son Verbe Les murailles d'azur qui supportent son ciel. C'est...

Les danses – menuet - Marie Krysinska

A N. Lebeau. La soie fleurie Des longs corsages Palpite d'amour libertine et discrète. Les galants paniers Où éclosent Des roses Brodées Se bercent au rythme lent et mesuré Du menuet. Et près de l'oreille : vivant rocaille Le précieux éventail. Bat de l'aile comme un...

Les danses – valse - Marie Krysinska

Ah ! pourquoi de vos yeux Tant appeler mes yeux, Et pourquoi d'une folle étreinte me dire Que tout est puéril Hors élan de nos cœurs Éperdus l'un vers l'autre. Ces lampes claires et ces girandoles Dévoileraient mon trouble sans doute, Si je laissais vos yeux Tant...

Les fenêtres - Marie Krysinska

A François Coppée. Le long des boulevards et le long des rues elles étoilent les maisons ; À l'heure grise du matin, repliant leurs deux ailes en persiennes, elles abritent les exquises paresses et emmitouflent de ténèbres le Rêve frileux. Mais le soleil les fait...

Magdeleine - Marie Krysinska

A Arsène Houssaye. L'air est plus opprimant par ce soir d'orage Dans le creux de roche où Magdelaine pleure - Et des pierres émane une odeur de tristesse. Loin sont les jours Où sa victorieuse beauté Lui était Comme une couronne Et l'éclat astral de ses yeux Comme une...

Midi – I – Midi - Marie Krysinska

À Georges d'Esparbés. Le firmament luit comme un cimeterre Et les routes sont pâles comme des mortes. Les Vents – allègres paladins - Sont partis devers Les mers ; Montés sur les éthéréens chevaux Au fier galop de leurs sonnants sabots Ils sont partis devers Les mers....

Midi – II – Les rocs - Marie Krysinska

A Jules Guérin. Vous êtes pareils aux cœurs fiers en détresse O rocs ! dressés au bords de cette mer implacable et tendre. Bleue, comme l'œil bleu des enfants : – tendre et implacable. Quelles Résignations longues Ont creusé le calme de vos grottes ? - Où dorment les...

Midi – III – Horizons - Marie Krysinska

A Alfred Rambaud Les âpres mâchoires des rochers Ont dévoré le déclinant soleil Et la peau aux lourdes rides - La rude peau des monstres accroupis - S'éclabousse du sang rose Que répandit le déclinant soleil. C'est l'Heure épanouie comme une large Fleur Où le ciel...

Naissance d'Aphrodite - Marie Krysinska

A Théodore de Banville Les plaines, les sombres plaines de la Mer Frissonnent opprimées par le courroux des cieux Mélancoliques jusqu'à la mort Et déchirés des glaives brillants de l'éclair ; Les Vents sifflent ainsi que des serpents blessés ; Le Flot révolté, le Flot...

Paradoxe - Marie Krysinska

A François de Nion. Errer parmi l'extravagant azur des Fictions, Aimer les Fleurs aux dangereux parfums, Croire à tous les sourires, Pieusement s'agenouiller devant tous les Dieux, Aux rayonnants diadèmes. Errer parmi l'extravagant azur des Fictions, C'est peut-être...

La source - Marie Krysinska

A Maurice Donnay. Regards attristés De réalités Laides ! O mes regards douloureux aussi Des pleurs répandus - Comme un sang très pâle Sur le sable des Cirques ; - Regards, – infatigables pèlerins Sur les chemins De la Beauté, - Buvez les fraîches ondes De verte clarté...

Les danses – la pavane - Marie Krysinska

A Paul Arène. Dansez la Pavane au rythme câlin, Somptueuses dames en vertugadins Galamment offrez votre douce main Aux beaux chevaliers. Tournez lentement, tournez tendrement, Comme en lassitude de folles nuictées, Promenez vos traînes richement brodées En cadence...

Les danses – la gigue - Marie Krysinska

Les Talons Vont D'un train d'enfer, Sur le sable blond, Les Talons Vont D'un train d'enfer Implacablement Et rythmiquement, Avec une méthode d'enfer, Les Talons Vont. Cependant le corps, Sans nul désarroi, Se tient tout droit, Comme appréhendé au collet Par les Recors...

Les danses – javanaises - Marie Krysinska

A Mlle Irma Perrot. Les petites idoles Animées O mais Si peu, que cette danse évoque la folle Vision : d'un bas-relief aux vivants symboles Hiératique et muet. Les mains délicates S'étirent comme des chattes Jaunes, et parfois Les pâles doigts S'ouvrent et volètent...

Les danses – danse slave - Marie Krysinska

A Alphonse Humbert. Heï ! Heï ! la jouvencelle Aux yeux de ciel A la tresse fleurie de rubans Brillants Heï ! Heï ! le rude gars En "siermiega" ; Fleurant les folles herbes Et le miel Joignez vos mains Heï ! Heï ! Le ménétrier assis sur la table Lance d'un geste large...

Le démon de Racoczi - Marie Krysinska

A Ringel. C'était par une après-midi embrumée Dans l'air opaque le ciel pesait comme un remords. J'avais dans l'âme le tentissement de son dernier baiser ; - Je l'avais pour jamais enfoui au fond de l'âme Comme au fond d'un caveau sépulcral. Dans l'air opaque le ciel...