Pleine mer - Marie Krysinska

A Théo Poilpot. Du fond des caveaux de tristesse - Que surplombe l'Irrémédiable ainsi qu'une voûte, - Du fond des caveaux de tristesse - Où vous êtes, de deuil vêtue Et toute Pleurante descendue - Mon âme ! Souvenez-vous de ce retour enivré, Dans les larges floraisons...

Sonate - Marie Krysinska

PRÉLUDE Les douces lampes veillent Sur le frissonnant calme des tentures Et les coussins profonds comme l'oubli Se font complices de notre langueur. Quel charme dans la muette sérénade Des guitares frôlées par nos cœurs émus Sous les balcons des Extases ! Et ces...

Les fenêtres - Marie Krysinska

A François Coppée. Le long des boulevards et le long des rues elles étoilent les maisons ; À l'heure grise du matin, repliant leurs deux ailes en persiennes, elles abritent les exquises paresses et emmitouflent de ténèbres le Rêve frileux. Mais le soleil les fait...

Magdeleine - Marie Krysinska

A Arsène Houssaye. L'air est plus opprimant par ce soir d'orage Dans le creux de roche où Magdelaine pleure - Et des pierres émane une odeur de tristesse. Loin sont les jours Où sa victorieuse beauté Lui était Comme une couronne Et l'éclat astral de ses yeux Comme une...

Marie - Marie Krysinska

A Catulle Mendès. La jeune fille nazaréenne amoureusement rêve Elle rêve aux exploits sans pareils De l'admirable Jéhovah. C'est lui – dit-elle dans son cœur tremblant - Qui exhaussa Par la seule force de son Verbe Les murailles d'azur qui supportent son ciel. C'est...

Paradoxe - Marie Krysinska

A François de Nion. Errer parmi l'extravagant azur des Fictions, Aimer les Fleurs aux dangereux parfums, Croire à tous les sourires, Pieusement s'agenouiller devant tous les Dieux, Aux rayonnants diadèmes. Errer parmi l'extravagant azur des Fictions, C'est peut-être...

La source - Marie Krysinska

A Maurice Donnay. Regards attristés De réalités Laides ! O mes regards douloureux aussi Des pleurs répandus - Comme un sang très pâle Sur le sable des Cirques ; - Regards, – infatigables pèlerins Sur les chemins De la Beauté, - Buvez les fraîches ondes De verte clarté...

Hélène - Marie Krysinska

A Eugène Ledrain. Aux jardins fleuris de lauriers roses Et parmi les vasques Où tombent les doux pleurs des fontaines Echappées au rire hiératique Des masques, Hélène, aux yeux charmants, promène Une indolente songerie. Par instants, elle s'arrête Près des blancs...

L'Ange Gardien - Marie Krysinska

A Xavier Krysinski. L'Être blanc au pur regard, à la lumineuse chevelure, suit nos pas tout le long de la vie. L'enfant le voit, tendre et doux, se pencher sur son sommeil, Et notre premier sourire est pour l'Être blanc Au pur regard. Plus tard, ainsi qu'un frère...

La charité - Marie Krysinska

A Gaston de Raimes. Par les champs, par les villes, La Charité chemine ; Elle chemine à petits pas, Car ses pieds sont délicats Sont las D'avoir dansé. Elle a du pain rassis Dans sa sacoche En peau de crocodile. Elle a du pain rassis Pour les oiseaux Dignes d'intérêt...

Ballade - Marie Krysinska

A Georges Bellenger. I Dans le parfum des violettes, des roses, et des acacias – ils se sont un matin rencontrés. Auprès de son corsage entr-ouvert, dormaient des roses moins douces que sa gorge – et ses yeux qui semblaient deux noires violettes embaumaient comme le...

Effet de soir - Marie Krysinska

A J. -H. Rosny. Et je revis le vieux jardin oublié, Ingratement oublié, depuis les jours clairs et monotones – d'enfance. Mais ce ne furent point les souvenirs de ce gris matin - Si gris et pourtant si clair - Que je retrouvais au fuyant des allées De ce vieux jardin...

Chanson d’automne - Marie Krysinska

À Charles Henry Sur le gazon déverdi, passent – comme un troupeau d’oiseaux chimériques – les feuilles pourprées, les feuilles d’or. Emportés par le vent qui les fait tourbillonner éperdument. – Sur le gazon déverdi, passent les feuilles pourprées, les feuilles d’or....

Le calvaire - Marie Krysinska

À Raoul Gineste De la lande attristée vers le ciel d’or glorieux Monte la vieille Croix de pierre Aux héroïques bras, jamais lassés De leur geste large ouvert, et sur qui les averses Ont mis l’offrande des mousses. Et tous à genoux sur l’herbe rare Courbant leurs...

Le hibou - Marie Krysinska

À Maurice Rollinat Il agonise, l’oiseau crucifié, l’oiseau crucifié sur la porte. Ses ailes ouvertes sont clouées, et de ses blessures, de grandes perles de sang tombent lentement comme des larmes. Il agonise, l’oiseau crucifié ! Un paysan à l’œil gai l’a pris ce...

Les bijoux faux - Marie Krysinska

À Georges Duval Je rêvais que je me promenais en un jardin merveilleux. Dans la clarté des lampes allumées, s’épanouissaient des roses en satin et des camélias de velours. Les feuilles étaient en fin papier luisant, Et les tiges de laiton, soigneusement enveloppées de...

Métempsycose - Marie Krysinska

À Georges Lorin. Longtemps après que toute vie Sur la terre veuve aura cessé, Les tristes ombres des humains, Les âmes plaintives des humains, Reviendront visiter La terre veuve Où toute vie aura cessé. Elles quitteront les corps nouveaux Que la tyrannique droite de...

Nature morte - Marie Krysinska

À Louis Forain. Elle est teinte en blonde, car Il n’aime que les blondes. Lui, a les cheveux de la même nuance que son complet très à la mode Par la fenêtre ouverte on voit un ciel bleu comme une flamme de soufre. Et la lune, radieuse en ces voiles, flotte vers de...

Ronde de Printemps - Marie Krysinska

À Charles de Sivry. Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent, Étirant leurs frêles bras – Ainsi que de jeunes filles Qui se réveillent d’un court sommeil Après la nuit dansée au bal, Les boucles de leurs cheveux Tout en papillotes Pour de prochaines fêtes –...

Valse - Marie Krysinska

Ah ! pourquoi de vos yeux Tant appeler mes yeux, Et pourquoi d’une folle étreinte me dire Que tout est puéril Hors élan de nos cœurs Éperdus l’un vers l’autre. Ces lampes claires et ces girandoles Dévoileraient mon trouble sans doute, Si je laissais vos yeux Tant...

Villanelle - Marie Krysinska

À E. Mesplés Vous êtes la grâce jeune des matins Et le clair rire des flûtes pastorales Roses fleuries ! Mais le charme des tristesses très chères est en vous Et, notes de clavecins, s’évanouissent vos pétales Roses fanées ! Vous êtes revêtues des robes d’aurore Et,...

Ariane - Marie Krysinska

À Jean Moréas. Trêve aux plaintes, assez de sanglots ; Ce triste cœur est dévasté de larmes ; Et devenu pareil à un champ de combat, Où la trahison de l’amant – Sous son glaive aux éclairs meurtriers – Coucha toutes les jeunes et puissantes joies Mortes, baignées dans...

Berceuse macabre - Marie Krysinska

À Maurice Vaucaire. Qu’elles sont cruelles et lentes, les heures ! Et qu’il est lourd — l’ennui de la mort ! Les heures silencieuses et froides, qui tombent dans l’Éternité, comme des gouttes de pluie dans la mer. Donne-moi la main, ô ma sœur, et viens sous la Lune...

Ève - Marie Krysinska

Ève au corps ingénu lasse de jeux charmants Avec les biches rivales et les doux léopards Goûte à présent le repos extatique, Sur la riche brocatelle des mousses. Autour d’elle, le silence de midi Exalté la pamoison odorante des calices, Et le jeune soleil baise les...

La gigue - Marie Krysinska

Les Talons Vont D'un train d'enfer, Sur le sable blond, Les Talons Vont D'un train d'enfer Implacablement Et rythmiquement, Avec une méthode d'enfer, Les Talons Vont. Cependant le corps, Sans nul désarroi, Se tient tout droit, Comme appréhendé au collet Par les Recors...

Midi - Marie Krysinska

Le firmament luit comme un cimeterre Et les routes sont pâles comme des mortes. Les Vents - allègres paladins - Sont partis devers Les mers ; Montés sur les éthéréens chevaux Au fier galop de leurs sonnants sabots Ils sont partis devers Les mers. Une paix maléfique...