Le Soleil - Maurice Rollinat

Le Soleil est le tout-puissant Qui féconde, en éblouissant, Plaines, coteaux, monts et vallées : Les immensités étalées Sous leur plafond d'azur luisant. Il éclate retentissant Jusqu'aux ravines désolées, Fait les terres bariolées, Rend irisé, phosphorescent, Le dos...

La baigneuse - Maurice Rollinat

Le temps chauffe, ardent, radieux ; Le sol brûle comme une tôle Dans un four. Nul oiseau ne piaule, Tout l'air vibre silencieux... Si bien que la bergère a confié son rôle A son chien noir aussi bon qu'il est vieux. Posant son tricot et sa gaule, Elle ôte, à...

Fuyons Paris - Maurice Rollinat

0 ma si fragile compagne, Puisque nous souffrons à Paris, Envolons-nous dans la campagne Au milieu des gazons fleuris. Loin, bien loin des foules humaines, Où grouillent tant de cœurs bourbeux, Allons passer quelques semaines Chez les peupliers et les bœufs. Fuyons...

Les Plus Beaux Poèmes de Maurice Rollinat

Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes les plus célèbres et les plus beaux de Maurice Rollinat, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables de ce poète en me basant sur mes préférences...

Trois ivrognes - Maurice Rollinat

Au cabaret, un jour de grand marché forain, Un bel ivrogne, pâle, aux longs cheveux d'artiste, Dans le délire ardent de son esprit chagrin, Ainsi parla, debout, d'une voix âpre et triste : « R'bouteux, louv'tier, batteur d'étangs et de rivière, Menuisier, Avec tous...

Le Père Éloi - Maurice Rollinat

Une nuit, dans un vieux cimetière pas riche, Ivre, le père Éloi, sacristain-fossoyeur, Parlait ainsi, d'un ton bonhomique et gouailleur, Gesticulant penché sur une tombe en friche : « Après que j'suis sorti d'l'auberge En sonnant l'Angelus, à c'soir, J'm'ai dit comme'...

Les frissons - Maurice Rollinat

À Albert Wolff. De la tourterelle au crapaud, De la chevelure au drapeau, À fleur d'eau comme à fleur de peau Les frissons courent : Les uns furtifs et passagers, Imperceptibles ou légers, Et d'autres lourds et prolongés Qui vous labourent. Le vent par les temps bruns...

Les genêts - Maurice Rollinat

Ce frais matin tout à fait sobre De vent froid, de nuage errant, Est le sourire le plus franc De ce mélancolique octobre. Lumineusement, l'herbe fume Vers la cime des châtaigniers Qui se pâment — désenfrognés Par le soleil qui les rallume. Les collines de la bruyère,...

Le sourd - Maurice Rollinat

Le braconnier ayant lu sur sa vieille ardoise Que je lui demandais son histoire, sourit, Et, dans son clair regard me dardant son esprit, Ainsi parla, de voix bonhomique et narquoise : « C'que j'vas vous dir' c'est pas au mensong' que j'l'emprunte ! J'suis sourd, mais...

Les parfums - Maurice Rollinat

À Georges Lorin. Un parfum chante en moi comme un air obsédant : Tout mon corps se repaît de sa moindre bouffée, Et je crois que j'aspire une haleine de fée, Qu'il soit proche ou lointain, qu'il soit vague ou strident. Fils de l'air qui les cueille ou bien qui les...

Les plaintes - Maurice Rollinat

À Charles Keller. Venus des quatre coins de l'horizon farouche, De la cime des pics et du fond des remous, Les aquilons rageurs sont d'invisibles fous Qui fouettent sans lanière et qui hurlent sans bouche. Les ruisseaux n'ont jamais que des bruits susurreurs Dans leur...

Le vieux chaland - Maurice Rollinat

Un jour que je pêchais dans sa rivière fraîche, Assis contre un bouleau qui brandillait au vent, Le vieux meunier Marchois par le discours suivant Sut me distraire de la pêche : « Voyez ! j'vis seul dans c'grand moulin Dont plus jamais l'tic tac résonne ; J'm'en...

Gendre et belle-mère - Maurice Rollinat

I. Jean était un franc débonnaire, Jovial d'allure et de ton, Égayant toujours d'un fredon Son dur travail de mercenaire. Soucis réels, imaginaires, Aucuns n'avaient mis leur bridon À son cœur pur dont l'abandon Était le besoin ordinaire. Je le retrouve : lèvre amère...

La femme stérile - Maurice Rollinat

Ses jupons troussés court comme sa devantière, Sous ses gros bas bleus bien tirés Laissant voir ses mollets cambrés À mi-chemin des jarretières, S'en vient près du vieux cantonnier La femme rousse du meunier : Cheveux frisés sur des yeux mièvres, Blanche de peau,...

La fille amoureuse - Maurice Rollinat

La belle fille blanche et rousse, De la sorte, au long du buisson, Entretient la mère Lison À voix mélancolique et douce : « Moi cont' laquell' sont à médire Les fill' encor ben plus q' les gars, J' tiens à vous esposer mon cas, Et c'est sans hont' que j' vas vous l'...

La petite sœur - Maurice Rollinat

En gardant ses douze cochons Ainsi que leur mère qui grogne, Et du groin laboure, cogne, Derrière ses fils folichons, La sœurette, bonne d'enfant, Porte à deux bras son petit frère Qu'elle s'ingénie à distraire, Tendre, avec un soin émouvant. C'est l'automne : le ciel...

Le fantôme du crime - Maurice Rollinat

À Edmond Haraucourt. La mauvaise pensée arrive dans mon âme En tous lieux, à toute heure, au fort de mes travaux, Et j'ai beau m'épurer dans un rigoureux blâme Pour tout ce que le Mal insuffle à nos cerveaux, La mauvaise pensée arrive dans mon âme. J'écoute malgré moi...

Le grand cercueil - Maurice Rollinat

Il pleuvasse avec du tonnerre... Il est déjà tard... quand on voit Dans le bourg entrer le convoi De la défunte octogénaire. La clarté du jour s'est enfuie. Tristement, la voiture à bœufs A repris son chemin bourbeux : Le cercueil attend sous la pluie. Un lent...

Le lutin - Maurice Rollinat

Par un soir d'hiver triste et bien de circonstance, Un homme encor tout jeune et tout blanc de cheveux, En ces termes, devant le plus claquant des feux, Raconta le Lutin nié par l'assistance : — C'est pas à vous autr', c'est certain ! Fit-il, parlant d'une manière À...

Le miracle - Maurice Rollinat

Sous la pluvieuse lumière, Dans l'air si glacé, la chaumière, Non loin d'un marais insalubre, Est lamentablement lugubre. Au-dedans, c'est tant de misère Que d'y penser le cœur se serre ! De chaque solive minée, Du grand trou de la cheminée Dont le foyer large est...

L'enjôleur - Maurice Rollinat

Loin des oreilles importunes, Le gars mangeant avec le vieux, D'un ton fier et malicieux Lui conte ses bonnes fortunes, De quelle sorte il fait sa cour, Et ce qu'il pense de l'amour. « Oui ! j'ai tout' les fill', mon pèr' Jacques ! N'import' laquell', quand j' la veux...

Croissez et multipliez - Maurice Rollinat

Ne sortant pas de faire jeûne, Une fois, le père Lucas, Sincère, et du fond de son âme, Disait à ses quatre grands gars, Tous, de l'aîné jusqu'au plus jeune, Bien en âge de prendre femme : « Mes enfants, faut peupler d'son espèc' ! Ya pas d'trêve ! Faut q'tout c'qui...

Domestique de peintre - Maurice Rollinat

« Ah ! monsieur ! mon métier d'domestique a changé, Me dit le grand Charly, son béret sur l'oreille : En yentrant, j'croyais pas trouver un' plac' pareille, Et j'n'ai jamais encor si bien bu, ni mangé. Mon maîtr' ? C'est un homm' simpl' qui rest' dans sa nature, Sans...

Au crépuscule - Maurice Rollinat

Le soir, couleur cendre et corbeau,Verse au ravin qui s’extasieSa solennelle poésieEt son fantastique si beau. Soudain, sur l’eau morte et moisieS’allume, comme un grand flambeauQui se lève sur un tombeau,La lune énorme et cramoisie. Et, tandis que dans l’air...

Les oubliettes - Maurice Rollinat

Dans les oubliettes de l’âmeNous jetons le meilleur de nousQui languit lentement dissousPar une moisissure infâme. Pour le vice qui nous enflammeEt pour le gain qui nous rend fous,Dans les oubliettes de l’âmeNous jetons le meilleur de nous. Comme personne ne nous...

L’Épitaphe - Maurice Rollinat

Quand on aura fermé ma bière Comme ma bouche et ma paupière, Que l’on inscrive sur ma pierre : ― « Ci-gît le roi du mauvais sort. « Ce fou dont le cadavre dort « L’affreux sommeil de la matière, « Frémit pendant sa vie entière « Et ne songea qu’au cimetière. « Jour et...

L’Officiant - Maurice Rollinat

Or donc, c’était pendant la messe de minuit : Tout flamboyait, l’autel, la nef et la tribune, Celle-ci, par tous les soulards de la commune, Devenue un enfer de désordre et de bruit. Soudain, se retournant, d’un geste exaspéré Soulevant à demi sa chasuble de fête,...

Paysage d’octobre - Maurice Rollinat

Le torrent a franchi ses bords Et gagné la pierraille ocreuse ; Le meunier longe avec efforts L’ornière humide qui se creuse. Déjà le lézard engourdi Devient plus frileux d’heure en heure ; Et le soleil du plein midi Est voilé comme un œil qui pleure. Les nuages sont...

Tristesse des bœufs - Maurice Rollinat

Voilà ce que me dit en reniflant sa prise Le bon vieux laboureur, guêtré de toile grise, Assis sur un des bras de sa charrue, ayant Le visage en regard du soleil rougeoyant : « Ces pauv’ bêt’ d’animaux n’comprenn’ pas q’la parole. T’nez ! j’avais deux bœufs noirs !…...

L’Espérance - Maurice Rollinat

L’Espérance est un merle blanc Dont nous sommes la triste haie : Elle voltige sur la plaie Et siffle au bord du cœur tremblant. Mais son vol n’est qu’un faux semblant ; Sa sérénade n’est pas vraie. L’Espérance est un merle blanc Dont nous sommes la triste haie. Et...

Ma Vieille Canne - Maurice Rollinat

Ma vieille canne au bout ferré, Tu supportes ma lassitude ! Avec toi, pas d’inquiétude Où que mon pied soit empêtré ! Quand, pâle comme un déterré, Je marche dans la solitude, Ma vieille canne au bout ferré, Tu supportes ma lassitude. Aussi longtemps que je vivrai, À...

Paysage gris - Maurice Rollinat

Déjà cette prairie en commençant l’hiver Étendait son tapis d’herbe courte et fripée, Elle languit encor, de plus en plus râpée, D’un gris toujours plus pâle et moins mêlé de vert. Et pourtant, il y vient, poussant leur douce plainte, Dressant l’oreille au vent qu’ils...

Un bohème - Maurice Rollinat

Toujours la longue faim me suit comme un recors ; La ruelle sinistre est mon seul habitacle ; Et depuis si longtemps que je traîne mes cors, J'accroche le malheur et je bute à l'obstacle. Paris m'étale en vain sa houle et ses décors : Je vais sourd à tout bruit,...

L’Étang - Maurice Rollinat

Plein de très vieux poissons frappés de cécité, L'étang, sous un ciel bas roulant de sourds tonnerres, Étale entre ses joncs plusieurs fois centenaires La clapotante horreur de son opacité. Là-bas, des farfadets servent de luminaires À plus d’un marais noir, sinistre...

Ma vieille pipe - Maurice Rollinat

Quand j’ai ma pipe en merisier, Toute mon âme se parfume ; Et je la fume et la refume, Sans pouvoir me rassasier. Cet automne, à son cher brasier, J’ai nargué le vent et la brume. Quand j’ai ma pipe en merisier Toute mon âme se parfume. Elle n’a qu’un tuyau d’osier ;...

Pendant la pluie - Maurice Rollinat

Après une chaleur si dure Tout se rafraîchit pour l'instant. La pluie est absorbée autant Par le roc que par la verdure. Terrains noirs, sillons bruns et roux, Prés et bois, les pentes, les trous, Toute la campagne qui songe S'en imbibe, la boit, l'éponge. Les pauvres...

Un déjeuner champêtre - Maurice Rollinat

La Justice tardant à faire la levée Du cadavre lardé de coups, Les gendarmes, là-bas, mangent sur leurs genoux, En attendant son arrivée. L’énorme assassiné que la vermine mange Repose encore assez loin d’eux. Il dort au fond du val son gisement hideux Entre quatre...

L’Éternité - Maurice Rollinat

On guette dans la multitude La fuite de tous ses instants. Au contraire, on fige le temps En pratiquant la solitude. À constamment voir le tableau Du monotone impérissable, On vit l’herbe, le grain de sable, Le rocher, le nuage et l’eau. L’âge vient à si petits pas...

Mademoiselle Squelette - Maurice Rollinat

Mademoiselle Squelette ! Je la surnommais ainsi : Elle était si maigrelette ! Elle était de la Villette, Je la connus à Bercy, Mademoiselle Squelette. Très ample était sa toilette, Pour que son corps fût grossi : Elle était si maigrelette ! Nez camard, voix aigrelette...

Petit-Loup - Maurice Rollinat

Portant sur lui de grosses sommes, Tard, le maquignon s’en revient, Lorsque, soudain, il est attaqué par deux hommes. D’un coup de voix stridente il appelle son chien : « Vite à moi, Petit-Loup ! » — mais rien ! Son compagnon musarde en route. Et la lutte s’acharne,...

Un jour d'hiver - Maurice Rollinat

Arqué haut sur les monts et d'un bleu sans nuages Qu'un triomphant soleil embrase éblouissant, Le ciel, par la vallée où la chaleur descend, Anime, en plein hiver, la mort des paysages. Il semble qu'ici, là, la mouche revoltige, Tourne dans la poussière ardente du...

L’Étoile d’un fou - Maurice Rollinat

À force de songer, je suis au bout du songe ; Mon pas n’avance plus pour le voyage humain, Aujourd’hui comme hier, hier comme demain, Rengaine de tourment, d’horreur et de mensonge ! Il me faut voir sans cesse, où que mon regard plonge, En tous lieux, se dresser la...

Magie de la nature - Maurice Rollinat

Béant, je regardais du seuil d'une chaumière De grands sites muets, mobiles et changeants, Qui, sous de frais glacis d'ambre, d'or et d'argent, Vivaient un infini d'espace et de lumière. C'étaient des fleuves blancs, des montagnes mystiques. Des rocs pâmés de gloire...

Pitié des pâquerettes - Maurice Rollinat

Les marguerites de la haie Entourent, pleines de pitié, L’aspic que tronçonne à moitié Une sanglante et large plaie. Toutes, par ce soleil brûlant, Ont voulu lui venir en aide Et lui procurer le remède De leur petit ombrage blanc. Contre la mouche qui voltige, Chacune...

Une résurrection - Maurice Rollinat

Autrefois, un pauvre arbre, au coin d'une prairie, M'avait toujours frappé les yeux Par son dénudé soucieux Et par l'air écrasé de sa sommeillerie. Or, après bien des ans, ce soir, je le retrouve. Et, c'est un ébahissement Tout mêlé d'attendrissement. Comme un trouble...

L’Habitude - Maurice Rollinat

La goutte d’eau de l’Habitude Corrode notre liberté Et met sur notre volonté La rouille de la servitude. Elle infiltre une quiétude Pleine d’incuriosité : La goutte d’eau de l’Habitude Corrode notre liberté. Qui donc fertilise l’étude Et fait croupir l’oisiveté ? Qui...

Marches funèbres - Maurice Rollinat

Toi, dont les longs doigts blancs de statue amoureuse, Agiles sous le poids des somptueux anneaux, Tirent la voix qui berce et le sanglot qui creuse Des entrailles d’acier de tes grands pianos, Toi, le cœur inspiré qui veut que l’Harmonie Soit une mer où vogue un...

Repas de corbeaux - Maurice Rollinat

C'est l'heure où la nuit fait avec l'aube son troc. Dans un pays lugubre, en sa plus morne zone, Précipité, profond, massif comme le Rhône Un gave étroit, muet, huileux, mou dans son choc ; Sol gris, rocs, ronce, et là, parmi les maigres aunes, Les fouillis de...

Vapeurs de mares - Maurice Rollinat

Le soir, la solitude et la neige s'entendent Pour faire un paysage affreux de cet endroit Blêmissant au milieu dans un demi-jour froid Tandis que ses lointains d'obscurité se tendent. Çà et là, des étangs dont les glaces se fendent Avec un mauvais bruit qui suscite...

L’Heure bienfaisante - Maurice Rollinat

La Tristesse enfin devient bonne Quand l’ombre efface le passant Qui, sans vouloir être blessant, D’un regard crochu vous harponne. Dans le mystère de ces chants Et de ces murmures des champs, Dans ce silence qui marmonne, La Tristesse enfin devient bonne. Puis, de...

Memento quia pulvis es - Maurice Rollinat

Crachant au monde qu’il effleure Sa bourdonnante vanité, L’homme est un moucheron d’une heure Qui veut pomper l’éternité. C’est un corps jouisseur qui souffre, Un esprit ailé qui se tord ; C’est le brin d’herbe au bord du gouffre, Avant la Mort. Puis, la main froide...

Réponse d'un sage - Maurice Rollinat

Un jour qu'avec sollicitude Des habitants d'une cité L'avaient longuement exhorté : A sortir de sa solitude : " Qu'irais-je donc faire à la ville ? Dit le songeur au teint vermeil, Regardant mourir le soleil, D'un air onctueux et tranquille. Ici, de l'hiver à...

Vers l’encavement - Maurice Rollinat

Le cadavre du grand cheval Traîné par deux bœufs, dans la nuit, Racle et bat les pierres du val, Épine et broussaille après lui. Roide, en ce bas-fond sépulcral, Va squelette, d’horreur enduit, Le cadavre du grand cheval Traîné par deux bœufs, dans la nuit. Un falot,...

L’Horloge - Maurice Rollinat

À son tic tac mélancolique, La fermière écosse des pois. — La nuit noire comme la poix S’avance d’un pas diabolique. Cependant, qu’un chat famélique Guigne ses deux énormes poids, À son tic tac mélancolique, La fermière écosse des pois. Quand son tintement métallique...

Mes girouettes - Maurice Rollinat

Elles grincent, mes girouettes, Sur le pauvre toit en lambeaux. Tous les arbres, grands et nabots, Ont de lugubres silhouettes ! Dans la saison des alouettes, Quand les cieux dorment sans flambeaux, Elles grincent mes girouettes Sur le pauvre toit en lambeaux. Comme...

Retour de foire - Maurice Rollinat

Dans le crépuscule d’automne Ils reviennent, les petits veaux : Porcs, génisses, bœufs et chevaux Suivent la route monotone. De pauvres ânes qu’on bâtonne Hi-hannent par monts et par vaux. Dans le crépuscule d’automne Ils reviennent les petits veaux. Un troupeau...

Vierge damnée - Maurice Rollinat

Il m’a déshabillée avec ses chauds regards, Et j’ai senti crouler tout mon rempart de linge, Lorsque ses yeux si clairs sur les miens si hagards Versaient l’amour de l’homme et l’impudeur du singe. Ses regards me disaient : « Que ta virginité « Frissonne de terreur et...

L’Horoscope - Maurice Rollinat

Par un soleil mourant dans d’horribles syncopes, Mes spleens malsains Évoquaient sur mon cas les divers horoscopes Des médecins. Partout la solitude inquiétante, hostile, Où chaque trou Avait un mauvais cri d’insecte, de reptile Et de hibou. J’étais dans un chemin...

Mes pipes - Maurice Rollinat

Le jour comme à minuit Je fume. Car le tabac parfume L’ennui. Ô mes pipes, sans bruit, Dans vos nimbes de brume Je hume La nuit ! Que deviendrait sans vous Ma chambre, Calumets à bout d’ambre Si doux, Lorsqu’avec des cris fous Geint le vent de décembre Qui cambre Les...

Rondeau du printemps - Maurice Rollinat

Des pêchers roses, tous en chœur Embaument les vignes désertes ; Le battoir fait son bruit claqueur Au bord des mares découvertes, Et la nuit perd de sa longueur. Le vent qui n’a plus de rigueur Éparpille en souffles alertes La contagieuse langueur Des pêchers roses....

Villanelle du Diable - Maurice Rollinat

À Théodore de Banville. L'Enfer brûle, brûle, brûle. Ricaneur au timbre clair, Le Diable rôde et circule. Il guette, avance ou recule En zigzags, comme l'éclair ; L'Enfer brûle, brûle, brûle. Dans le bouge et la cellule, Dans les caves et dans l'air Le Diable rôde et...

L’Hôte suspect - Maurice Rollinat

Nous sommes bien seuls au bas de cette côte ! Bien seuls ! Et minuit qui tinte au vieux coucou ! J’ai peur ! l’étranger m’inquiète beaucoup. Il quitte le feu, s’en rapproche, s’en ôte, Ne parle qu’à peine, et jamais à voix haute : Cet individu médite un mauvais coup !...

Mystère - Maurice Rollinat

Pourquoi donc rougit la pucelle En face de l’adolescent ? Pourquoi ce rire languissant Et cette allure qui chancelle ? Qu’est-ce qui mouille l’étincelle De son beau regard innocent ? Pourquoi donc rougit la pucelle En face de l’adolescent ? Ce vermillon qui la harcèle...

Soir de pluie - Maurice Rollinat

Sur l'eau d'un vitreux mat, vert bouteille foncé, Des ronds, comme au compas, sont tracés par la pluie, Chacun d'eux, forme frêle à l'instant même enfuie, Étant par un semblable aussitôt remplacé. Et puis, ce ne sont plus que des ombres de cercle, Des fantômes de...

Villanelle du soir - Maurice Rollinat

Dans les herbes onduleuses Le zéphyr plus fraîchement Rit sous les feuilles frileuses. Les chèvres cabrioleuses Sont pleines d’effarement Dans les herbes onduleuses Plus de bergères fileuses ! À peine un chantonnement Rit sous les feuilles frileuses. Les sauterelles...

L’Hypocondriaque - Maurice Rollinat

Enténébrant l’azur, le soleil et les roses, Tuant tout, poésie, arômes et couleurs, L’ennui cache à mes yeux la vision des choses Et me rend insensible à mes propres malheurs. Sourd aux événements que le destin ramène, Je sens de plus en plus se monotoniser Les sons...

Nocturne - Maurice Rollinat

L’aboîment des chiens dans la nuit Fait songer les âmes qui pleurent, Qui frissonnent et qui se meurent, À bout de souffrance et d’ennui. Ils ne comprennent pas ce bruit, Ceux-là que les chagrins effleurent ! L’aboîment des chiens dans la nuit Fait songer les âmes qui...

Solitude - Maurice Rollinat

Les choses formant d’habitude Au plus fauve endroit leur tableau : Les rochers, les arbres et l’eau, Manquent à cette solitude. D’un gris fané de vieille laine, De couleur verte dénué Et de partout continué Par l’indéfini de la plaine, Tel ce champ étend sa tristesse,...

Villanelle du ver de terre - Maurice Rollinat

Le malheureux ver de terre Vit sans yeux, sans dents, tout nu, Dans l’horreur et le mystère. Tortueux comme une artère, C’est un serpent mal venu, Le malheureux ver de terre. Jardinet de presbytère, Et vieux parc entretenu Dans l’horreur et le mystère Tentent par leur...

L’Idiot - Maurice Rollinat

L’idiot vagabond qui charme les vipères Clopine tout le jour infatigablement, Au long du ravin noir et du marais dormant, Là-bas où les aspics vont par troupes impaires. Quand l’automne a teinté les verdures prospères, L’œil fixe, avec un triste et doux balancement,...

Nostalgie de soleil - Maurice Rollinat

Quel poète évoquera le rose des bruyères, Le lézard des vieux murs, la mouche des étangs, Et le petit rayon qui vient, tout le beau temps, Rire au carreau crasseux de la vieille chaumière ? Les végétaux chambrés, le fleuri, la verdure De ces jardins vitrés plus chauds...

Sonnet à la nuit - Maurice Rollinat

Mère des cauchemars amoureux et funèbres, Madone des voleurs, complice des tripots, Ô nuit, qui fais gémir les hiboux, tes suppôts, Dans le recueillement de tes froides ténèbres, Que tu couvres de poix opaque ou que tu zèbres Les objets las du jour et friands de...

Violette - Maurice Rollinat

De violette et de cinname, De corail humide et rosé, De marbre vif, d’ombre et de flamme Est suavement composé Ton joli petit corps de femme. Pour mon amour qui te réclame Ton reproche vite apaisé Est ce qu’est pour la brise un blâme De violette. Ton savoir a toute la...

L’Enragée - Maurice Rollinat

Je vais mordre ! Allez-vous-en tous !La nuit tombe sur ma mémoire.Et le sang monte à mes yeux fous !Voyez ! ma bouche torse et noireBave à travers mes cheveux roux. J’ai déjà fait d’horrible trousDans mes deux pauvres mains d’ivoire,Et frappé ma tête à grands coups...

L’Impuissance de Dieu - Maurice Rollinat

Dieu voudrait sauver Lucifer Qui brûle, depuis tant d’années, Au milieu des flammes damnées De son épouvantable Enfer. Mais l’Archange hautain et fier Ne tend pas ses mains calcinées : Dieu voudrait sauver Lucifer Qui brûle depuis tant d’années. En vain sur son trône...

Notre-Dame la Mort - Maurice Rollinat

C’est l’éternelle Dame en blanc Qui voit sans yeux et rit sans lèvres, Cœurs de lions et cœurs de lièvres, Chacun n’y songe qu’en tremblant. Elle emmène de but en blanc Les robustes comme les mièvres : C’est l’éternelle Dame en blanc Qui voit sans yeux et rit sans...

Souvenir de la Creuse - Maurice Rollinat

Tandis qu’au soleil lourd la campagne d’automne Filait inertement son rêve de stupeur, Nous traversions la brande aride et monotone Où le merle envahi du spleen enveloppeur Avait un vol furtif et tremblotant de peur. Nous longions un pacage, un taillis, une vigne ;...

L’Ensevelissement - Maurice Rollinat

― On sonna fort. J’allai bien vite ouvrir la porte, Et je vis un grand coffre horriblement oblong Près duquel se tenait un petit homme blond, Qui me dit : « Monsieur, c’est la bière que j’apporte. » Et je baignai de pleurs la pauvre face morte, Tandis que les porteurs...

L’Indigné - Maurice Rollinat

Sur la place, entouré des gros bonnets du bourg, Écoutant l’œil figé, bras pendants, bouche ouverte, Un gars qu’un bégaiement, par instants, déconcerte, Lit tout haut le journal du jour. Il s’agit d’un ménage ayant tué son fieu, D’affreux parents maudits de la nature,...

Nuit fantastique - Maurice Rollinat

Tandis que dans l’air lourd les follets obliques Vaguent perfidement au-dessus des trous, Les grands oiseaux de nuit au plumage roux Poussent lugubrement des cris faméliques, Diaboliques Sur les houx. Des carcasses, cohue âpre et ténébreuse, Dansent au cimetière entre...

Sur une croix - Maurice Rollinat

Dans ce pays lugubre et si loin de la foule, Un cimetière d’autrefois, Bien souvent m’attirait avec sa grande croix Dont la tête et les bras se terminaient en boule. Or, fin d’automne, un soir que tout était plongé Dans une mourante lumière, Je m’arrêtai pour voir la...

L’Enterrement d’une fourmi - Maurice Rollinat

Les Fourmis sont en grand émoi : L’âme du nid, la reine est morte ! Au bas d’une très vieille porte, Sous un chêne, va le convoi. Le vent cingle sur le sol froid La nombreuse et fragile escorte. Les fourmis sont en grand émoi : L’âme du nid, la reine est morte ! Un...

L’Instinct - Maurice Rollinat

Heureux l’homme qui se guérit De la vénéneuse lecture, Du projet, du songe, et nourrit Sa pensée avec la nature ! Il sent flotter à l’aventure Sur les friches de son esprit L’âme des choses, il sourit À tout, même à la sépulture ! Oh ! s’échapper enfin des mots, Rêver...

Nuit tombante - Maurice Rollinat

Les taureaux, au parfum De la mousse, Arpentent l’herbe rousse, Et chacun Beugle au soleil défunt ; La rafale qui glousse Se trémousse Dans l’air brun. Et le ravin cruel, Sourd et chauve, A l’humidité fauve D’un tunnel ; Et comme un criminel, Le nuage se sauve, Gris...

Tempête obscure - Maurice Rollinat

L’orage, après de longs repos, Ce soir-là, par ses deux suppôts, La nuée et le vent qui claque, Se présageait pour l’onde opaque. Grondante sous le ciel muet, Par quintes, la mer se ruait ; Puis, elle se tut, la perfide, Reprit son niveau brun livide. Malheur aux...

L’Envie - Maurice Rollinat

Paix à ces malheureux Esprits En qui la Haine s’accoutume Et dont le destin se résume À mâcher des venins aigris. La justice étouffe leurs cris Et les rabat dans leur écume : Paix à ces malheureux esprits En qui la Haine s’accoutume. Pauvres nains tors et rabougris...

L’Introuvable - Maurice Rollinat

Ton amour est-il pur comme les forêts vierges, Berceur comme la nuit, frais comme le Printemps ? Est-il mystérieux comme l’éclat des cierges, Ardent comme la flamme et long comme le temps ? Lis-tu dans la nature ainsi qu’en un grand livre ? En toi, l’instinct du mal...

Ombres visiteuses - Maurice Rollinat

Ô mains d’ambre rosé, mains de plume et d’ouate Où tremble autant d’esprit que sur la lèvre moite, Et de rêve que dans l’œil bleu ! Ô mignonnettes mains, menottes à fossettes Qui servent à l’amour de petites pincettes Pour tisonner ma chair en feu ; Ô petits pieds qui...

Tranquillité - Maurice Rollinat

Mon sentiment s’écroule et tombe, L’indifférence me remplit, Car ma haine s’ensevelit Pendant que ma pitié succombe. La femme couleuvre et colombe N’est pour moi qu’un fait accompli Mon sentiment s’écroule et tombe, L’indifférence me remplit. Sous la rafale, sous la...

Le Soleil, ami du serpent - Maurice Rollinat

Le Soleil, ami du serpent Et couveur de la pourriture, Est le brasier que la Nature Tous les jours allume et suspend. Le malade, clopin-clopant, Va chercher, quand il s’aventure, Le Soleil ami du serpent Et couveur de la pourriture. L’enveloppé, l’enveloppant, Tout...

Le Vieux Mouton - Maurice Rollinat

Trop âgé pour avoir pu suivre le troupeau, Il était resté là, perdu comme une épave : Et dans un gouffre, auprès d’un torrent plein de bave, Il traînait le cancer qui lui mangeait la peau. Le fait est que le Diable en eût fait un suppôt, Tant la sorcellerie habitait...

Les Cloportes - Maurice Rollinat

Au bas d’un vieux mur qui s’écroule, Par delà fermes et guérets, Les cloportes, lents et secrets, Rampaient, ignorés de la poule. Je longeais un ruisseau qui coule, Lorsque j’aperçus les pauvrets Au bas d’un vieux mur qui s’écroule. Par delà fermes et guérets. — Comme...

Les infinis - Maurice Rollinat

Vertigineux géant du désert qu'il écrase, La tête dans l'azur et le pied dans la mer, Le mont découpe, ardent, sous le dôme de l'air, Son farouche horizon de chaos en extase. Le vide où, par instants, des vents de feu circulent, Tend son gouffre comblé par son...

Les Prunelles - Maurice Rollinat

Ces prunelles bleu violet, Dans le buisson plein de murmures, N’ont qu’un terne et laiteux reflet Auprès du noir luisant des mûres ; Pas de guêpe au long corselet. Mais voici que maint oiselet S’éveille et descend des ramures Pour picorer, tant qu’il lui plaît, Ces...

Lèvres pâmées - Maurice Rollinat

Les lèvres des femmes pâmées Ont des sourires qui font peur Dans la convulsive torpeur Qui les tient à demi fermées. Quand leurs plaintes inanimées S’exhalent comme une vapeur, Les lèvres des femmes pâmées Ont des sourires qui font peur. Le désir qui les a humées...

Le Soleil sur les pierres - Maurice Rollinat

Sur les rocs, comme au ciel, le monarque du feu Se donne, ici, libre carrière. L’œil cuit, caché sous la paupière, Aux fulgurants reflets du grisâtre et du bleu. Fourmillements d’éclairs de miroirs, de rapières Et de diamants… il en pleut ! L’astre brûle : sa roue...

Le Vieux Pâtre - Maurice Rollinat

« C’est par mon métier, dit le vieux pâtre aux traits rudes, Qu’à forc’ de vous cercler les oreill’ et les yeux, Dans l’song’ de votre esprit rentr’ et rêvent le mieux Ces grands espac’ q’ont l’air de prend’ vos habitudes. Vos chants bourdonn’ comm’ ceux des gross’...

Les Conseillers municipaux - Maurice Rollinat

Les conseillers municipaux Sont tous attablés à l’auberge. Ils n’ont pas figure de cierge Sous les grands bords de leurs chapeaux. Elle a mis tous ses oripeaux, La servante robuste et vierge : Les conseillers municipaux Sont tous attablés à l’auberge. Léchant les...

Les Larmes - Maurice Rollinat

Le crâne des souffrants vulgaires Est un ciel presque jamais noir, Un ciel où ne s’envole guères L’abominable désespoir. Chaque nuage qui traverse En courant cet azur qui luit, Se crève en une douce averse Apaisante comme la nuit. Une pluie exquise de larmes Sans...

Les Reflets - Maurice Rollinat

Mon œil halluciné conserve en sa mémoire Les reflets de la lune et des robes de moire, Les reflets de la mer et ceux des cierges blancs Qui brûlent pour les morts près des rideaux tremblants : Oui, pour mon œil épris d’ombre et de rutilance, Ils ont tant de souplesse...

L’Abandonnée - Maurice Rollinat

La belle en larmes Pleure l’abandon de ses charmes Dont un volage enjôleur A cueilli la fleur. Elle sanglote Au bord de l’onde qui grelotte Sous les peupliers tremblants, Pendant que son regard flotte Et se perd sous les nénufars blancs. « Adieu ! dit-elle, Ô toi qui...

Le Soliloque d’un menuisier - Maurice Rollinat

« Encore un clou ! plus qu’un, et ma besogne est faite. « Je m’en doutais ; c’est drôle et, sans être prophète, « Je m’étais toujours dit : « Ce riche mourra tôt. » « Je n’ai pas épargné les bons coups de marteau, « Et je puis me vanter que sa bière est parfaite ! «...

Le vieux pêcheur - Maurice Rollinat

Au fil de l'eau coulant sans bruit, Triste et beau comme un vieux monarque, Perche en main, débout dans sa barque, Le pêcheur aspirait la nuit. Son extase mal contenue Rivait, pleins de larmes, ses yeux Au grand miroir mystérieux Où tremblait l'ombre de la nue....

Les Corbeaux - Maurice Rollinat

Les corbeaux volent en croassant Tout autour du vieux donjon qui penche ; Sur le chaume plat comme une planche Ils se sont abattus plus de cent. Un deuil inexprimable descend Des arbres qui n’ont plus une branche. Les corbeaux volent en croassant Tout autour du vieux...

Les Larmes du monde - Maurice Rollinat

Dans les yeux de l’Humanité La Douleur va mirer ses charmes. Tous nos rires, tous nos vacarmes Sanglotent leur inanité ! En vain l’orgueil et la santé Sont nos boucliers et nos armes, Dans les yeux de l’Humanité La Douleur va mirer ses charmes. Et l’inerte Fatalité...

Les Robes - Maurice Rollinat

Ô ma pauvre sagesse, en vain tu te dérobes Au fluide rôdeur, âcre et mystérieux Que, pour magnétiser le passant curieux, L’Inconnu féminin promène sous les robes ! Les robes ! où circule et s’est insinuée La vie épidermique avec tous ses frissons, Et qui, sur les...

L’Amazone - Maurice Rollinat

Sur les grandes bouses de vache Le soleil met un ton pourpré. Elle chevauche au fond du pré Avec un petit air bravache. Elle effleure de sa cravache Le cou d’un alezan doré. Sur les grandes bouses de vache Le soleil met un ton pourpré. Mais son long voile bleu la...

Le Solitaire - Maurice Rollinat

Le vieux qui, vert encore, approchait des cent ans, Me dit : « Malgré l’soin d’mes enfants Et les bontés d’mon voisinage, J’suis seul, ayant perdu tous ceux qui s’raient d’mon âge. Vous ? vot’ génération ? Ça s’balanc’ ! mais d’la mienne Ya plus q’moi qui rest’ dans...

Le vieux pont - Maurice Rollinat

Ce bon vieux pont, sous ses trois arches, En a déjà bien vu de l'eau Passer verte avec du galop Ou du rampement dans sa marche. Il connaît le pas, la démarche De l'errant qui porte un ballot, Du petit berger tout pâlot Et du mendiant patriarche. Au creux de ce profond...

Les Demoiselles - Maurice Rollinat

Rasant la mare de leurs ailes Que le soleil rend irisées, Elles ne sont jamais posées, Les inconstantes demoiselles. Plus vives que les hirondelles, Elles voltigent, d’air grisées, Rasant la mare de leurs ailes Que le soleil rend irisées. — « C’est l’image des...

Les Lèvres - Maurice Rollinat

Depuis que tu m’as quitté, Je suis hanté par tes lèvres, Inoubliable beauté ! Dans mes spleens et dans mes fièvres, À toute heure, je les vois Avec leurs sourires mièvres ; Et j’entends encor la voix Qui s’en échappait si pure En disant des mots grivois. Sur...

Les Rocs - Maurice Rollinat

Par delà les blés noirs, les froments et les seigles, Loin des terrains boisés, poudreux, herbus et mous, Au bord d’une rivière aux écumeux remous, Ils songent, familiers des lézards et des aigles. Aspect fantomatique, inertie et stupeur, Jeunesse qui survit à des...

L’Ami - Maurice Rollinat

Il était brun, très pâle, et toujours en grand deuil ; Ses paroles claquaient avec un bruit de flammes, Et de courtes lueurs plus froides que des lames Illuminaient parfois la brume de son œil. Un même goût pour l’art et pour les sombres drames, Le même âge, la même...

Le Somnambule - Maurice Rollinat

Le chapeau sur la tête et la canne à la main, Serrant dans un frac noir sa rigide ossature, Il allait et venait au bord de la toiture, D’un air automatique et d’un pas surhumain. Singulier promeneur, spectre et caricature, Sans cesse, il refaisait son terrible chemin....

Le Voleur - Maurice Rollinat

L’aveugle, un vrai Goya retouché par la Morgue, À genoux dans le froid coupant comme une faux, Automatiquement tirait d’un petit orgue Un son inoubliable à force d’être faux. Suant par tous les bouts la misère qui navre, Il étalait deux yeux pâles où rien ne luit ; Et...

Les deux bouleaux - Maurice Rollinat

L'été, ces deux bouleaux qui se font vis-à-vis, Avec ce délicat et mystique feuillage D'un vert si vaporeux sur un si fin branchage, Ont l'air extasié devant les yeux ravis. Ceints d'un lierre imitant un grand serpent inerte, Pommés sur leurs troncs droits, tout lamés...

Les Margots - Maurice Rollinat

Les corneilles et les margots Adorent ce pacage herbeux. En voilà des oiseaux verbeux Qui ne sont pas du tout nigauds ! Aussi lents que des escargots, Çà et là paissent les grands bœufs. Les corneilles et les margots Adorent ce pacage herbeux. Là-bas, sur les tas de...

Les Seins - Maurice Rollinat

J’ai fait ces vers subtils, polis comme des bagues, Pour immortaliser la gloire de tes seins Que mon houleux désir bat toujours de ses vagues. Qu’ils y fleurissent donc éternellement sains, Et que dans la roideur fière des pics de glace Ils narguent à jamais les...

L’Amour - Maurice Rollinat

L’Amour est un ange malsain Qui frémit, sanglote et soupire. Il est plus moelleux qu’un coussin, Plus subtil que l’air qu’on respire, Plus provocant qu’un spadassin. Chacun cède au mauvais dessein Que vous chuchote et vous inspire Le Dieu du meurtre et du larcin,...

Le Soufflet - Maurice Rollinat

« C’est la solitude infinie Ici chez vous, père Grelet ! Pas même un chat pour compagnie ? » — « Ma foi non ! mais, j’ai mon soufflet. Il a des bras comme un’ charrue Et des pectoraux comme un bœuf. J’l’ai vu toujours, i’ n’est pas neuf. Hein ? quell’ taille et quell’...

Les Amants charbonniers - Maurice Rollinat

La femme ? une enfant presque, et le mari ? plus vieux. Mais, tous deux, courts, et roux de chevelures, d’yeux, Présentant l’un de l’autre à peu près même image, S’appareillaient. L’amour les rendait du même âge. Ces charbonniers des bois, visage et mains noircis,...

Les Deux Loups - Maurice Rollinat

Bruns et maigres comme des clous, Ils m’ont surpris dans la clairière, Et jusqu’au bord d’une carrière M’ont suivi comme deux filous. — Jamais œil de mauvais jaloux N’eut de lueur plus meurtrière ! Bruns et maigres comme des clous, Ils m’ont surpris dans la clairière....

Les Marnières - Maurice Rollinat

Les marnières mornes et creuses Sont les gouffres jaunes des champs. Jamais de reptiles méchants Dans ces caves si peu pierreuses ! Mais pour les grenouilles peureuses Quels marécages alléchants ! Les marnières mornes et creuses Sont les gouffres jaunes des champs....

Les Tourtes - Maurice Rollinat

« Maint’nant, dans les auberg’, i’ n’veul’ plus q’du pain d’riches, En couronn’, comme en flût’, de tout’ manière… eh bien ! L’pain d’seigle et d’pur froment, quoiqu’i’ dis’, voilà l’mien ! Pour en manger mon saoul, j’leur laiss’rais tout’ leurs miches. Ah ! les...

L’Ange gardien - Maurice Rollinat

Archange féminin dont le bel œil, sans trêve, Miroite en s’embrumant comme un soleil navré, Apaise le chagrin de mon cœur enfiévré, Reine de la douceur, du silence et du rêve. Inspire-moi l’effort qui fait qu’on se relève, Enseigne le courage à mon corps éploré,...

Le succube - Maurice Rollinat

Toute mie, onduleuse et le torse vibrant, La fleur des lupanars, des tripots et des bouges Bouclait nonchalamment ses jarretières rouges Sur de très longs bas noirs d'un tissu transparent, Quand soudain sa victime eut ce cri déchirant "Je suis dans un brouillard qui...

Les Apaiseurs - Maurice Rollinat

Le silence et la solitude, Les ténèbres et le secret Sont les apaiseurs du regret, Du doute et de l’inquiétude. À creuser le songe on n’extrait Que l’ironique incertitude. Le monde, un moment, vous distrait Avec sa folle multitude, Mais, lorsqu’on en a fait l’étude,...

Les Deux Petits Frères - Maurice Rollinat

Ils s’en reviennent de l’école, Un livre dans leur petit sac. — Au loin, on entend le ressac De la Creuse qui dégringole. L’aîné rapporte une bricole, De la chandelle et du tabac. Ils s’en reviennent de l’école, Un livre dans leur petit sac. Mais la nuit vient ; dans...

Les Martyrs - Maurice Rollinat

L’Horreur et le Dégoût lui bavaient leur poison Quand la Vieille emmenait sa Manon toute pâle, Car, un instant après, derrière la cloison, Il entendait deux voix suffoquer dans un râle. « Ainsi donc ! grinçait-il, le voilà ton destin : « Jusqu’à ce que la mort...

Les Trois Bègues - Maurice Rollinat

Ici Pierre, François et le facteur Roland, En bégaiement, pouvaient s’appeler co… collègues, Et, c’était d’un comique ultra-désopilant Quand une occasion rassemblait les trois bègues. Un jour, notre facteur, un gaillard sec et haut, Entra de son pas lourd chez les...

L’Ange pâle - Maurice Rollinat

À la longue, je suis devenu bien morose : Mon rêve s’est éteint, mon rire s’est usé. Amour et Gloire ont fui comme un parfum de rose ; Rien ne fascine plus mon cœur désabusé. Il me reste pourtant un ange de chlorose, Enfant pâle qui veille et cherche à m’apaiser ;...

Le Touriste - Maurice Rollinat

Le plein midi darde ses flèches Dans l’air chaud comme une fournaise. Je chemine tout à mon aise, Loin des fiacres et des calèches. Ici, promenades et pêches. J’aime ça, ne vous en déplaise ; Le plein midi darde ses flèches Dans l’air chaud comme une fournaise. Cher...

Les Asperges - Maurice Rollinat

Soigné par un malin, le vieux ayant pour tic De balayer son nez du revers de sa manche Bâfrait, buvait, montrant par plus d’un pronostic, Qu’il achèverait saoul le saint jour du dimanche. Il avait nettoyé tous les plats ric à ric. Le pain sec y passait, les os après...

Les Deux Serpents - Maurice Rollinat

Fuis la femme, crains la vipère, En tous lieux, en toute saison, Et prends garde à leur trahison, Même à l’heure où ton âme espère ! Ces deux serpents-là font la paire : L’Amour est jumeau du Poison. Fuis la femme, crains la vipère, En tous lieux, en toute saison !...

Les Mauvais Champignons - Maurice Rollinat

Les empoisonneurs et les empoisonneuses Tireraient parti de ces champignons verts, Bruns, roux, noirs et bleus qui poussent de travers Dans l’affreux fouillis des herbes épineuses. Ces plantes souvent sont si volumineuses Qu’on dirait, ma foi ! des parasols ouverts !...

Les trois noyers - Maurice Rollinat

Qui les planta là, dans ces flaques, Au cœur même de ces cloaques ? Aucun ne le sait, mais on croit Au surnaturel de l'endroit. Narguant les ans et les tonnerres, Les trois grands arbres centenaires Croissent au plus creux du pays, Aussi redoutés que haïs. A leur...

L’Angoisse - Maurice Rollinat

Depuis que l’Horreur me fascine, Je suis l’oiseau de ce serpent. Je crois toujours qu’on m’assassine, Qu’on m’empoisonne ou qu’on me pend. L’Unité se double et se triple Devant mon œil épouvanté, Et le Simple devient multiple Avec une atroce clarté. Pour mon oreille,...

Le Rondeau du guillotiné - Maurice Rollinat

Flac ! le rasoir au dos de plomb Vient de crouler comme une masse ! Il est tombé net et d’aplomb : La tête sautille et grimace, Et le corps gît tout de son long. Sur le signe d’un monsieur blond, Le décapité qu’on ramasse Est coffré, chargé : c’est pas long ! Flac !...

Le Tunnel - Maurice Rollinat

Au milieu d’un tunnel profond comme le vide, Où l’horreur et la nuit pendent leurs attirails, Une femme, tordant sa nudité livide, Est couchée en travers sur les terribles rails. La voûte et les murs froids, pleins de larmes funèbres, Écoutent s’étouffer de longs cris...

Les Babillardes - Maurice Rollinat

Bavardes comme des perruches, Elles cheminent vers le puits Qui bâille au milieu des grands buis, — Les abeilles rentrent aux ruches, En grignotant le pain des huches, Elles font des haltes, et puis, Bavardes comme des perruches, Elles cheminent vers le puits. Elles...

Les Dindons - Maurice Rollinat

Ils vont la queue en éventail, À la file, par les sentiers, Glougloutinant des jours entiers : Aux champs, c’est le menu bétail. Doux pèlerins, sans attirail, Et béats comme des rentiers, Ils vont la queue en éventail, À la file, par les sentiers. Parfois pour...

Les meules de foin - Maurice Rollinat

Tout le sol tondu ras des solitudes plates Dans un indéfini recul, toujours plus loin, S'étale montueux de ses meules de foin Où saigne le soleil croulé qui se dilate. Solennelle, pompeuse, avec la nuit qui poind, D'un morne extasié, leur masse rouge éclate, Puis,...

Les Trois Toc Toc - Maurice Rollinat

Toc toc ! — L’homme prêtant l’oreille, Hache en main, guettant scélérat, Dit : « Qu’est là ? — Moi ! » La vieille entra… D’un coup, il abattit la vieille. Depuis, hanté par les alarmes, Il s’enfermait dans sa maison. Toc toc ! — L’homme, avec un frisson, Demanda : «...

L’Aveugle - Maurice Rollinat

L’humble vieille qui se désole Dit, gémissant chaque parole : « Contr’ le sort j’n’ai plus d’résistance. Que l’bon Dieu m’appell’ donc à lui ! La tomb’ s’ra jamais que d’la nuit Ni plus ni moins q’mon existence. Mais la fille s’écrie, essuyant une larme : Parlez pas...

Le Rossignol - Maurice Rollinat

Quand le soleil rit dans les coins, Quand le vent joue avec les foins, À l’époque où l’on a le moins D’inquiétudes ; Avec Mai, le mois enchanteur Qui donne à l’air bonne senteur, Il nous revient, l’oiseau chanteur Des solitudes. Il habite les endroits frais, Pleins de...

Le Vagabond - Maurice Rollinat

Tombé, le vagabond qui rampe avec effort, S’arrête et gît, agonisant Dans de la boue, Et sur sa joue De grosses larmes vont glissant ; Voilà ce qu’il marmotte avant sa triste mort : « À jeun, des heur’, puis des heur’, pieds nus, j’ai marché Sous l’orage grondant des...

Les Becs de gaz - Maurice Rollinat

Les becs de gaz des mauvais coins Éclairent les filous en loques Et ceux qui, pleins de soliloques, S’en vont jaunes comme des coings. Complices des rôdeurs chafouins Guettant le Monsieur à breloques, Les becs de gaz des mauvais coins Éclairent les filous en loques....

Les Drapeaux - Maurice Rollinat

Les chevelures des amantes Sont de luxurieux drapeaux Toujours flottants, toujours dispos Pour célébrer les chairs pâmantes. Pas de résilles endormantes ! Ni diadèmes, ni chapeaux ! Les chevelures des amantes Sont de luxurieux drapeaux Et quand les nudités fumantes Se...

Les Morts-vivants - Maurice Rollinat

Heureux qui vit sans se connaître Indéfiniment établi Dans la paix de son propre oubli, À la surface de son être ! Car les clairvoyants du destin Vivent la mort lente et soufferte, Sentant partout la tombe ouverte Au bord de leur pas incertain. Ils ont usé la patience...

Les Vieilles Haies - Maurice Rollinat

Fauves, couvrant l’horreur, le mystère et l’ennui, Tantôt pleines de jour, tantôt pleines de nuit, De murmures et de silences ; Hostiles au toucher comme des hérissons, Elles sont là, mêlant à d’éternels frissons D’interminables somnolences. Elles ont l’attitude et la...