Le Soleil - Maurice Rollinat

Le Soleil est le tout-puissant Qui féconde, en éblouissant, Plaines, coteaux, monts et vallées : Les immensités étalées Sous leur plafond d'azur luisant. Il éclate retentissant Jusqu'aux ravines désolées, Fait les terres bariolées, Rend irisé, phosphorescent, Le dos...

La baigneuse - Maurice Rollinat

Le temps chauffe, ardent, radieux ; Le sol brûle comme une tôle Dans un four. Nul oiseau ne piaule, Tout l'air vibre silencieux... Si bien que la bergère a confié son rôle A son chien noir aussi bon qu'il est vieux. Posant son tricot et sa gaule, Elle ôte, à...

Fuyons Paris - Maurice Rollinat

0 ma si fragile compagne, Puisque nous souffrons à Paris, Envolons-nous dans la campagne Au milieu des gazons fleuris. Loin, bien loin des foules humaines, Où grouillent tant de cœurs bourbeux, Allons passer quelques semaines Chez les peupliers et les bœufs. Fuyons...

Le Père Éloi - Maurice Rollinat

Une nuit, dans un vieux cimetière pas riche, Ivre, le père Éloi, sacristain-fossoyeur, Parlait ainsi, d'un ton bonhomique et gouailleur, Gesticulant penché sur une tombe en friche : « Après que j'suis sorti d'l'auberge En sonnant l'Angelus, à c'soir, J'm'ai dit comme'...

Les frissons - Maurice Rollinat

À Albert Wolff. De la tourterelle au crapaud, De la chevelure au drapeau, À fleur d'eau comme à fleur de peau Les frissons courent : Les uns furtifs et passagers, Imperceptibles ou légers, Et d'autres lourds et prolongés Qui vous labourent. Le vent par les temps bruns...

Les genêts - Maurice Rollinat

Ce frais matin tout à fait sobre De vent froid, de nuage errant, Est le sourire le plus franc De ce mélancolique octobre. Lumineusement, l'herbe fume Vers la cime des châtaigniers Qui se pâment — désenfrognés Par le soleil qui les rallume. Les collines de la bruyère,...

Le sourd - Maurice Rollinat

Le braconnier ayant lu sur sa vieille ardoise Que je lui demandais son histoire, sourit, Et, dans son clair regard me dardant son esprit, Ainsi parla, de voix bonhomique et narquoise : « C'que j'vas vous dir' c'est pas au mensong' que j'l'emprunte ! J'suis sourd, mais...

Les parfums - Maurice Rollinat

À Georges Lorin. Un parfum chante en moi comme un air obsédant : Tout mon corps se repaît de sa moindre bouffée, Et je crois que j'aspire une haleine de fée, Qu'il soit proche ou lointain, qu'il soit vague ou strident. Fils de l'air qui les cueille ou bien qui les...

Les plaintes - Maurice Rollinat

À Charles Keller. Venus des quatre coins de l'horizon farouche, De la cime des pics et du fond des remous, Les aquilons rageurs sont d'invisibles fous Qui fouettent sans lanière et qui hurlent sans bouche. Les ruisseaux n'ont jamais que des bruits susurreurs Dans leur...

Trois ivrognes - Maurice Rollinat

Au cabaret, un jour de grand marché forain, Un bel ivrogne, pâle, aux longs cheveux d'artiste, Dans le délire ardent de son esprit chagrin, Ainsi parla, debout, d'une voix âpre et triste : « R'bouteux, louv'tier, batteur d'étangs et de rivière, Menuisier, Avec tous...

Le miracle - Maurice Rollinat

Sous la pluvieuse lumière, Dans l'air si glacé, la chaumière, Non loin d'un marais insalubre, Est lamentablement lugubre. Au-dedans, c'est tant de misère Que d'y penser le cœur se serre ! De chaque solive minée, Du grand trou de la cheminée Dont le foyer large est...

L'enjôleur - Maurice Rollinat

Loin des oreilles importunes, Le gars mangeant avec le vieux, D'un ton fier et malicieux Lui conte ses bonnes fortunes, De quelle sorte il fait sa cour, Et ce qu'il pense de l'amour. « Oui ! j'ai tout' les fill', mon pèr' Jacques ! N'import' laquell', quand j' la veux...

La petite sœur - Maurice Rollinat

En gardant ses douze cochons Ainsi que leur mère qui grogne, Et du groin laboure, cogne, Derrière ses fils folichons, La sœurette, bonne d'enfant, Porte à deux bras son petit frère Qu'elle s'ingénie à distraire, Tendre, avec un soin émouvant. C'est l'automne : le ciel...

Le lutin - Maurice Rollinat

Par un soir d'hiver triste et bien de circonstance, Un homme encor tout jeune et tout blanc de cheveux, En ces termes, devant le plus claquant des feux, Raconta le Lutin nié par l'assistance : — C'est pas à vous autr', c'est certain ! Fit-il, parlant d'une manière À...

Au crépuscule - Maurice Rollinat

Le soir, couleur cendre et corbeau, Verse au ravin qui s’extasie Sa solennelle poésie Et son fantastique si beau. Soudain, sur l’eau morte et moisie S’allume, comme un grand flambeau Qui se lève sur un tombeau, La lune énorme et cramoisie. Et, tandis que dans l’air...

Les oubliettes - Maurice Rollinat

Dans les oubliettes de l’âme Nous jetons le meilleur de nous Qui languit lentement dissous Par une moisissure infâme. Pour le vice qui nous enflamme Et pour le gain qui nous rend fous, Dans les oubliettes de l’âme Nous jetons le meilleur de nous. Comme personne ne...

L’Horloge - Maurice Rollinat

À son tic tac mélancolique, La fermière écosse des pois. — La nuit noire comme la poix S’avance d’un pas diabolique. Cependant, qu’un chat famélique Guigne ses deux énormes poids, À son tic tac mélancolique, La fermière écosse des pois. Quand son tintement métallique...

Retour de foire - Maurice Rollinat

Dans le crépuscule d’automne Ils reviennent, les petits veaux : Porcs, génisses, bœufs et chevaux Suivent la route monotone. De pauvres ânes qu’on bâtonne Hi-hannent par monts et par vaux. Dans le crépuscule d’automne Ils reviennent les petits veaux. Un troupeau...

Vierge damnée - Maurice Rollinat

Il m’a déshabillée avec ses chauds regards, Et j’ai senti crouler tout mon rempart de linge, Lorsque ses yeux si clairs sur les miens si hagards Versaient l’amour de l’homme et l’impudeur du singe. Ses regards me disaient : « Que ta virginité « Frissonne de terreur et...

L’Horoscope - Maurice Rollinat

Par un soleil mourant dans d’horribles syncopes, Mes spleens malsains Évoquaient sur mon cas les divers horoscopes Des médecins. Partout la solitude inquiétante, hostile, Où chaque trou Avait un mauvais cri d’insecte, de reptile Et de hibou. J’étais dans un chemin...

Mes pipes - Maurice Rollinat

Le jour comme à minuit Je fume. Car le tabac parfume L’ennui. Ô mes pipes, sans bruit, Dans vos nimbes de brume Je hume La nuit ! Que deviendrait sans vous Ma chambre, Calumets à bout d’ambre Si doux, Lorsqu’avec des cris fous Geint le vent de décembre Qui cambre Les...

L’Hôte suspect - Maurice Rollinat

Nous sommes bien seuls au bas de cette côte ! Bien seuls ! Et minuit qui tinte au vieux coucou ! J’ai peur ! l’étranger m’inquiète beaucoup. Il quitte le feu, s’en rapproche, s’en ôte, Ne parle qu’à peine, et jamais à voix haute : Cet individu médite un mauvais coup !...

Mystère - Maurice Rollinat

Pourquoi donc rougit la pucelle En face de l’adolescent ? Pourquoi ce rire languissant Et cette allure qui chancelle ? Qu’est-ce qui mouille l’étincelle De son beau regard innocent ? Pourquoi donc rougit la pucelle En face de l’adolescent ? Ce vermillon qui la harcèle...

Soir de pluie - Maurice Rollinat

Sur l'eau d'un vitreux mat, vert bouteille foncé, Des ronds, comme au compas, sont tracés par la pluie, Chacun d'eux, forme frêle à l'instant même enfuie, Étant par un semblable aussitôt remplacé. Et puis, ce ne sont plus que des ombres de cercle, Des fantômes de...

Nocturne - Maurice Rollinat

L’aboîment des chiens dans la nuit Fait songer les âmes qui pleurent, Qui frissonnent et qui se meurent, À bout de souffrance et d’ennui. Ils ne comprennent pas ce bruit, Ceux-là que les chagrins effleurent ! L’aboîment des chiens dans la nuit Fait songer les âmes qui...

Solitude - Maurice Rollinat

Les choses formant d’habitude Au plus fauve endroit leur tableau : Les rochers, les arbres et l’eau, Manquent à cette solitude. D’un gris fané de vieille laine, De couleur verte dénué Et de partout continué Par l’indéfini de la plaine, Tel ce champ étend sa tristesse,...

L’Idiot - Maurice Rollinat

L’idiot vagabond qui charme les vipères Clopine tout le jour infatigablement, Au long du ravin noir et du marais dormant, Là-bas où les aspics vont par troupes impaires. Quand l’automne a teinté les verdures prospères, L’œil fixe, avec un triste et doux balancement,...

Violette - Maurice Rollinat

De violette et de cinname, De corail humide et rosé, De marbre vif, d’ombre et de flamme Est suavement composé Ton joli petit corps de femme. Pour mon amour qui te réclame Ton reproche vite apaisé Est ce qu’est pour la brise un blâme De violette. Ton savoir a toute la...

L’Enragée - Maurice Rollinat

Je vais mordre ! Allez-vous-en tous ! La nuit tombe sur ma mémoire. Et le sang monte à mes yeux fous ! Voyez ! ma bouche torse et noire Bave à travers mes cheveux roux. J’ai déjà fait d’horrible trous Dans mes deux pauvres mains d’ivoire, Et frappé ma tête à grands...