Blason du Sourcil - Maurice Scève

Sourcil tractif en voûte fléchissantTrop plus qu’ébène, ou jayet noircissant.Haut forjeté pour ombrager les yeux,Quand ils font signe ou de mort, ou de mieux.Sourcil qui rend peureux les plus hardis,Et courageux les plus accouardis.Sourcil qui fait l’air clair, obscur...

Me saulvant je m'enclos - Maurice Scève

CCCCXLVII. Que je me fasche en si vain exercice, Comme le mien, certainement fais : Veu mesmement que d'un si long service Ne voy encor sortir aulcuns effectz. Et si je quitte et le joug, et le faix, J'eschappe a doubte, espoir, ardeur, attente, Pour cheoir es mains...

Après la mort ma guerre encor me suyt - Maurice Scève

CCCCLVI. Si tu t'enquiers pourquoy sur mon tombeau L'on auroit mys deux elementz contraires, Comme tu voys estre le feu, et l'eau Entre elementz les deux plus adversaires : Je t'advertis, qu'ilz sont tresnecessaires Pour te monstrer par signes evidentz, Que si en moy...

Le jour meurs et la nuict ars - Maurice Scève

CCCCXI. La roue en fin le fer assubtilie, Et le rend apte a trancher la durté. Adversité qui l'orgeuil humilie, Au cœur gentil de passion hurté Fait mespriser fortune, et malheurté, Le reservant a plus seconde chose. Mais mon travail sans entremesler pose A mon...

J'ay tendu le las ou je meurs - Maurice Scève

CCCCXX. Au doulx rouer de ses chastes regardz Toute doulceur penetramment se fiche Jusqu'au secret, ou mes sentementz ars Le plus du temps laissent ma vie en friche, Ou du plaisir sur tout aultre bien riche Elle m'allege interieurement : Et en ce mien heureux...

Plus l'amollis plus l'endurcis - Maurice Scève

CCCCXXIX. Peu s'en falloit, encores peu s'en fault, Que la Raison asses mollement tendre Ne prenne, apres long spasme, grand deffault, Tant foible veult contre le Sens contendre. Lequel voulant ses grandz forces estendre (Ayde d'Amour) la vainct tout oultrément. Ne...

Plus se hante moins s'apprivoyse - Maurice Scève

CCCCXXXVIII. Ja soit ce encor, que l'importunité Par le privé de frequentation Puisse polir toute rusticité Tant ennemye a reputation : Et qu'en son cœur face habitation A la vertu gentilesse adonnée, Estant en mœurs mieulx conditionée, Que nul, qui soit quelque part,...

Plus par doulceur que par force - Maurice Scève

CCCLVIII. Par ce penser tempestant ma pensée Je considere en moy l'infirmité, Ou ma santé je voy estre pansée Par la rigueur, et celle extremité Non differente a la calamité, Qui se fait butte a cest Archier mal seur. Pourquoy, Amour, comme fier aggresseur, Encontre...

Plus l'estains plus l'allume - Maurice Scève

CCCLXVII. Tousjours n'est pas la mer Egée trouble, Et Tanais n'est point tous temps gelé : Mais le malheur, qui mon mal me redouble, Incessamment avecques luy meslé S'encheine ensemble, et ainsi congelé Me fait ardoir tant inhumainement, Que quand par pleurs je veulx...

Cele en aultruy ce qu'en moy je descouvre - Maurice Scève

CCCLXXVI. Nier ne puis, au moins facilement, Qu'Amour de flamme estrangement diverse Nourry ne m'aye, et difficilement, Veu ceste cy, qui toute en moy converse. Car en premier sans point de controverse D'un doulx feu lent le cueur m'atyedissoit Pour m'allaicter ce...

Quand tout repose point je ne cesse - Maurice Scève

CCCLXXXV. De toy la doulce, et fresche souvenance Du premier jour, qu'elle m'entra au cœur Avec ta haulte, et humble contenance. Et ton regard d'Amour mesmes vainqueur, Y depeingnit par si vive liqueur Ton effigie au vif tant ressemblante, Que depuis l'Ame estonnée,...

A mon labeur jour et nuict veille - Maurice Scève

CCCXCIIII. Me desaymant par la severité De mon estrange, et propre jugement, Qui me fait veoir, et estre en verité Non meritant si doulx soulagement, Comme celluy, dont pend l'abregement De mes travaulx me bienheurantz ma peine, Je m'extermine, et en si grande hayne...

Plus que ne puis - Maurice Scève

CCCCIII. Je voys, et viens aux ventz de la tempeste De ma pensée incessamment troublée : Ores a Poge, or' a l'Orse tempeste, Ouvertement, et aussi a l'emblée, L'un apres l'aultre, en commune assemblée De double, espoir, desir, et jalousie, Me fouldroyantz telz flotz...

Force peu a peu me mine - Maurice Scève

CCLXVIII. Le Cœur, de soy foiblement resoulu, Souffroit asses la chatouillant poincture, Que le traict d'or fraischement esmoulu Luy avoit fait sans aulcune ouverture. Mais liberté, sa propre nourriture, Pour expugner un tel assemblement D'estre né libre, et faict...

Asses vit qui meurt quand veult - Maurice Scève

CCLXXVII. Au doulx record de son nom je me sens De part en part l'esperit trespercer Du tout en tout, jusqu'au plus vif du sens : Tousjours, toute heure, et ainsi sans cesser Fauldra finir ma vie, et commencer En ceste mort inutilement vive. Mais si les Cieulx telle...

En ma joye douleur - Maurice Scève

CCLXXXVI. Voyez combien l'espoir pour trop promettre Nous fait en l'air, comme Corbeaulx, muser : Voyez comment en prison nous vient mettre, Cuydantz noz ans en liberté user : Et d'un desir si glueux abuser, Que ne povons de luy nous dessaisir, Car pour le bien, que...

Double peine a qui pour aultruy se lasse - Maurice Scève

CCXCV. De fermeté plus dure, que Dyaspre, Ma loyaulté est en toy esmaillée : Comme statue a l'esbaucher toute aspre : Et puis de Stuc polyment entaillée, Par foy en main de constance baillée Tu l'adoulcis, et jà reluict tresbien. Ame enyvrée au moust d'un si hault...

La prison m'est dure encor plus liberté - Maurice Scève

CCCIIII. A quoy pretendre yssir librement hors D'une si doulce, et plaisant servitude ? Veu que Nature et en l'Ame, et au Corps En à jà fait, voire telle habitude, Que plus tost veult toute solicitude, Que liberté, loisir, et leurs complisses. Car en quictant Amour,...

Qui bien se voit orgueil abaisse - Maurice Scève

CCCXIII. Cest Oeil du Monde, universel spectacle Tant reveré de Terre, Ciel, et Mer, En ton miroir, des miracles miracle, Il s'apperçoit justement deprimer, Voyant en toy les Graces s'imprimer Trop mieulx, qu'en luy nostre face a le veoir. Parquoy tel tort ne povant...

Fuyant peine travail me suyt - Maurice Scève

CCCXXII. Que je m'ennuye en la certaineté Sur l'incertain d'un tel facheux suspend ! Voire trop plus, qu'en la soubdaineté, Ou le hazard de tout mon bien depent. Mais que me vault si le Cœur se repent ? Regret du temps prodiguement usé L'oppresse plus que cest espoir...