Dedens je me consume - Maurice Scève

CCCXXXI. Lors que le Linx de tes yeulx me penetre Jusques au lieu, ou piteusement j'ars, Je sens Amour avec pleine pharetre Descendre au fond pour esprouver ses arcs. Adonc, craingnant ses Magiciens arts, L'Ame s'enfuit souffrir ne le povant. Et luy vainqueur plus...

Ma clarté tousjours en ténèbre - Maurice Scève

CCCXL. Au centre heureux, au cœur impenetrable A cest enfant sur tous les Dieux puissant, Ma vie entra en tel heur miserable, Que, pour jamais, de moy se bannissant, Sur son Printemps librement fleurissant Constitua en ce sainct lieu de vivre, Sans aultrement sa...

A seurte va qui son faict cele - Maurice Scève

CCCXLIX. Ainsi que l'air de nues se devest Pour nous monstrer l'esprit de son serain : Ainsi, quand elle ou triste, ou pensive est, Reprent le clair de son tainct souverain, Pour entailler mieulx, qu'en Bronze, ou aerain, Et confermer en moy mon esperance : A celle...

Mon travail donne a deux gloire - Maurice Scève

CCLIX. En permettant, que mon si long pener Pour s'exercer jamais ne diminue, Tresaisément te peult acertener, Qu'en fermeté ma foy il insinue, Affin qu'estant devant toy ainsi nue, Tu sois un jour clerement congnoissant, Que mon travail sans cesser angoissant, Et...

Pour te donner vie je me donne mort - Maurice Scève

CCL. Ma voulenté reduicte au doulx servage Du hault vouloir de ton commandement, Trouve le joug, a tous aultres saulvage, Le Paradis de son contentement. Pource asservit ce peu d'entendement Affin que Fame au Temps imperieuse, Maulgré Fortune, et force injurieuse,...

De moy je m'espovante - Maurice Scève

CCXLI. Incessament mon grief martyre tire Mortelz espritz de mes deux flans malades : Et mes souspirs de l'Ame triste attire, Me resveillantz tousjours par les aulbades De leurs sanglotz trop desgoustément fades : Comme de tout ayantz necessité, Tant que reduict en la...

Facile a deçevoir qui s'asseure - Maurice Scève

CCXXXII. Plus tost vaincu, plus tost victorieux En face allegre, et en chere blesmie : Or sans estime, et ore glorieux Par toy mercy, ma cruelle ennemie, Qui la me rendz au besoing endormye, Laissant sur moy maintz martyres pleuvoir. Pourquoy veulx tu le fruict...

Te nuisant je me dommage - Maurice Scève

CCXXIII. Si droit n'estoit, qu'il ne fust scrupuleux Le traict perçant au fons de ma pensée. Car quand Amour jeunement cauteleux (Ce me sembloit) la finesse eust pensée, Il m'engendra une contrepensée Pour rendre a luy le lieu inaccessible, A luy, a qui toute chose...

Mes pleurs mon feu decelent - Maurice Scève

CCXIIII. Ce hault desir de doulce pipperie Me va paissant, et de promesses large Veult pallier la mince fripperie D'espoir, attente, et telle plaisant' charge, Desquelz sur moy le maling se descharge, Ne voulant point, que je m'en apperçoyve. Et toutesfois combien que...

Mes forces de jour en jour s'abaissent - Maurice Scève

CCV. Desir, souhaict, esperance, et plaisir De tous costez ma franchise agasserent Si vivement, que sans avoir loysir De se deffendre, hors de moy la chasserent : Deslors plus fort l'arbitre ilz pourchasserent, Qui de despit, et d'ire tout flambant Combat encor, ores...

Mon regard par moy me tue - Maurice Scève

CXCVI. Je m'esjouys quand ta face se monstre, Dont la beaulté peult les Cieulx ruyner : Mais quand ton œil droit au mien se rencontre, Je suis contrainct de ma teste cliner : Et contre terre il me fault incliner, Comme qui veulx d'elle ayde requerir, Et au danger son...

A tous plaisir et a moy peine - Maurice Scève

CLXXXVI. Par ta figure, haultz honneurs de Nature, Tu me feis veoir, mais trop a mon dommage La gravité en ta droicte stature, L'honnesteté en ton humain visage, Le venerable en ton flourissant aage Donnant a tous mille esbahyssementz Avec plaisir : a moy...

En tous lieux je te suis - Maurice Scève

CL. Comme des raiz du Soleil gracieux Se paissent fleurs durant la Primevere, Je me recrée aux rayons de ses yeulx, Et loing, et près autour d'eulx persevere. Si que le Cœur, qui en moy la revere, La me fait veoir en celle mesme essence, Que feroit l'Oeil par sa belle...

Fuyant ma mort j'haste ma fin - Maurice Scève

CLXVIII. Si de sa main ma fatale ennemye, Et neantmoins delices de mon Ame, Me touche un rien, ma pensée endormye Plus, que le mort soubz sa pesante lame, Tressaulte en moy, comme si d'ardent flamme Lon me touchoit dormant profondement. Adonc l'esprit poulsant hors...

Pour aymer, souffre ryune - Maurice Scève

CLIX. Ou sa bonté par vertu attractive, Ou sa vertu par attrayant bonté, Moytié bon gré, et vive force active, M'à tellement a son plaisir dompté, Qui j'ay permis son vouloir jà monté Sur le plus hault de ma fermeté croistre : Et là s'estendre, et a tous apparoistre...

Mille révoltes ne m'ont encor bougé - Maurice Scève

CXLI. Le bon Nocher se monstre en la tempeste, Et le Souldart au seul conflict se proeuve : Aussi Amour sa gloire, et sa conqueste Par fermeté en inconstance esproeuve. Parquoy souvent en maintz lieux il me troeuve Ou audevant me presente un object Avec si doulx, et...

Contre le ciel nul ne peult - Maurice Scève

CXXXII. Vaincre elle sçait hommes par sa valeur, Et par son sens l'oultrageuse Fortune : Et toutesfoys ne peult a mon malheur Remedier, se voyant opportune Pour bienheurer trop plus grand' infortune, Laissant mon cas suspendre a nonchaloir. Mais si des Cieulx pour me...

Doulce la mort qui de deuil me délivre - Maurice Scève

CXXIII. O ans, ô moys, sepmaines, jours, et heures, O intervalle, ô minute, ô moment, Qui consumez les durtez, voire seures, Sans que lon puisse appercevoir comment, Ne sentez vous, que ce mien doulx tourment Vous use en moy, et voz forces deçoit ? Si donc le Cœur au...

Ou moins crains plus suis pris - Maurice Scève

CXIIII. Je vy aux raiz des yeulx de ma Deesse Une clarté esblouissamment plaine Des esperitz d'Amour, et de liesse, Qui me rendit ma fiance certaine De la trouver humainement haultaine. Tant abondoit en faveur, et en grace, Que toute chose, ou qu'elle dye, ou face,...

De mort à vie - Maurice Scève

CV. Te voyant rire avecques si grand grace, Ce doulx soubris me donne espoir de vie, Et la doulceur de ceste tienne face Me promect mieulx de ce, dont j'ay envie. Mais la froideur de ton cœur me convie A desespoir, mon desseign dissipant. Puis ton parler du Miel...