Doulce la peine qui est accompaignee - Maurice Scève

LXXXVII. Ce doux grief mal tant longuement souffert En ma pensée et au lieu le plus tendre, De mon bon gré au travail m'a offert, Sans contre Amour aulcunement contendre : Et me vouldrois a plus souffrir estendre, Si lon povoit plus grand peine prouver. Mais encor...

Ma fermeté me nuict - Maurice Scève

LXXVIII. Je me complais en si doulce bataille, Qui sans resouldre, en suspend m'entretient. Si l'un me point d'un costé, l'autre taille Tout rez a rez de ce, qui me soustient. L'un de sa part tresobstiné maintient, Que l'espoir n'est, sinon un vain umbrage : Et...

Pour le veoir je pers la vie - Maurice Scève

VI. Libre vivois en l'Avril de mon aage, De cure exempt soubz celle adolescence, Ou l'œil, encor non expert de dommage, Se veit surpris de la doulce presence, Qui par sa haulte, et divine excellence M'estonna l'Ame, et le sens tellement, Que de ses yeulx l'archier...

Entre toutes une parfaicte - Maurice Scève

XV. Toy seule as fait, que ce vil Siecle avare, Et aveuglé de tout sain jugement, Contre l'utile ardemment se prepare Pour l'esbranler a meilleur changement : Et plus ne hayt l'honneste estrangement, Commençant jà a cherir la vertu. Aussi par toy ce grand Monstre...

Pour te adorer je vis - Maurice Scève

XXIIII. Quand l'œil aux champs est d'esclairs esblouy, Luy semble nuict quelque part, qu'il regarde : Puis peu a peu de clarté resjouy, Des soubdains feuz du Ciel se contregarde. Mais moy conduict dessoubs la sauvegarde De ceste tienne, et unique lumiere, Qui...

Plus l'attire plus m'entraine - Maurice Scève

XXXIII. Tant est Nature en volenté puissante, Et volenteuse en son foible povoir, Que bien souvent a son vueil blandissante, Se voit par soy grandement decevoir. A mon instinct je laisse concevoir Un doulx souhait, qui, non encor bien né, Est de plaisirs nourry, et...

Celer ne le puis - Maurice Scève

XLII. Si doulcement le venin de tes yeulx Par mesme lieu aux fonz du cœur entra, Que sans douleur le desir soucyeux De liberté tout seul il rencontra. Mais l'occupant, peu a peu, penetra, Ou l'Ame libre en grand seurté vivoit : Alors le sang, qui d'elle charge avoit,...

A tous clarté à moy ténèbres - Maurice Scève

LI. Si grand beaulté, mais bien si grand merveille, Qui a Phebus offusque sa clarté, Soit que je sois present, ou escarté, De sorte l'ame en sa lueur m'esveille, Qu'il m'est advis en dormant, que je veille, Et qu'en son jour un espoir je prevoy, Qui de bien brief,...

Asses meurt qui en vain aymé - Maurice Scève

LX. Si c'est Amour, pourquoy m'occit il doncques, Qui tant aymay, et onq ne scevz hair ? Je ne m'en puis non asses esbahir, Et mesmement que ne l'offençay oncques : Mais souffre encor, sans complainctes quelconques, Qu'il me consume, ainsi qu'au feu la Cyre. Et me...

Après long travail une fin - Maurice Scève

LXIX. Par le penser, qui forme les raisons, Comme la langue a la voix les motz dicte : J'ay consommé maintes belles saisons En ceste vie heureusement maudicte. Pour recouvrer celle a moy interdicte Par ce Tyrant, qui fait sa residence Là, ou ne peult ne sens, ne...

Les Plus Beaux Poèmes de Maurice Scève

Voici le meilleur de la poésie de Maurice Scève. L'Aube éteignait Étoiles à foison (Délie) - Maurice Scève L'Aube éteignait Étoiles à foison,Tirant le jour des régions infimes,Quand Apollo montant sur l'HorizonDes monts cornus dorait les hautes cimes.Lors du profond...

L'Aube éteignait Étoiles à foison (Délie) - Maurice Scève

L'Aube éteignait Étoiles à foison,Tirant le jour des régions infimes,Quand Apollo montant sur l'HorizonDes monts cornus dorait les hautes cimes.Lors du profond des ténébreux Abîmes,Où mon penser par ses fâcheux ennuisMe fait souvent percer les longues nuits,Je...

Dizains - Maurice Scève

I Dans son jardin Vénus se reposait Avec Amour, sa douce nourriture, Lequel je vis, lorsqu'il se déduisait, Et l'aperçus semblable à ma figure Car il était de très basse stature, Moi très petit ; lui pâle, moi transi. Puisque pareils nous sommes donc ainsi Pourquoi ne...

Au moins toi, claire et heureuse fontaine - Maurice Scève

Au moins toi, claire et heureuse fontaine, Et vous, ô eaux fraîches et argentines, Quand celle en vous - de tout vice lointaine - Se vient laver ses deux mains ivoirines, Ses deux soleils, ses lèvres corallines, De Dieu créées pour ce monde honorer, Devriez garder...

En devisant un soir me dit ma Dame - Maurice Scève

En devisant un soir me dit ma Dame : Prends cette pomme en sa tendresse dure, Qui éteindra ton amoureuse flamme, Vu que tel fruit est de froide nature : Adonc aura congrue nourriture L'ardeur qui tant d'humeur te fait pleuvoir. Mais toi, lui dis-je, ainsi que je puis...

En tel suspens ou de non ou d'oui - Maurice Scève

En tel suspens ou de non ou d'oui, Je veux soudain et plus soudain je n'ose. L'un me rend triste, et l'autre réjoui Dépendant tout de liberté enclose. Mais si je vois n'y pouvoir autre chose, Je recourrai à mon aveugle juge. Réfrénez donc, mes yeux, votre déluge : Car...

En toi je vis, où que tu sois absente - Maurice Scève

En toi je vis, où que tu sois absente : En moi je meurs, où que soye présent. Tant loin sois-tu, toujours tu es présente : Pour près que soye, encore suis-je absent. Et si nature outragée se sent De me voir vivre en toi trop plus qu'en moi : Le haut pouvoir qui,...

Epitaphe de Pernette de Guillet - Maurice Scève

L'heureuse cendre autrefois composée En un corps chaste, où vertu reposa, Est en ce lieu, par les Grâces posée, Parmi ses os, que beauté composa. Ô terre indigne ! en toi son repos a Le riche étui de cette âme gentille, En tout savoir sur toute autre subtile, Tant que...

L'oisiveté des délicates plumes - Maurice Scève

L'oisiveté des délicates plumes, Lit coutumier, non point de mon repos, Mais du travail, où mon feu tu allumes, Souventes fois, oultre heure, et sans propos Entre ses draps me retient indispos, Tant elle m'a pour son faible ennemi. Là mon esprit son corps laisse...