Le corps fermé comme une jeune rose - Odilon-Jean Périer

Le corps fermé comme une jeune rose Celle qu'Amour ne désunissait pas Qui disposait pour nous entre les choses L'œuvre excellente et pure de ses pas Dont les cheveux donnaient le goût de vivre Et dont les mains faisaient le pain doré - N'était-ce rien qu'un instant...

Je t'offre un verre d'eau glacée - Odilon-Jean Périer

Je t'offre un verre d'eau glacée N'y touche pas distraitement Il est le prix d'une pensée Sans ornement Tous les plaisirs de l'amitié Combien cette eau me désaltère Je t'en propose une moitié La plus légère Regarde je suis pur et vide Comme le verre où tu as bu Il ne...

Le voyageur prévoyant - Odilon-Jean Périer

Ma ville a des chemins serrés comme des herbes S'écoulant le long d'elle et recouvrant son corps. Tous également purs, également superbes, Ces fleuves bigarrés n'ont pas besoin de ports. Chaque jour, je le crois, contient une marée Qui grandit et m'enlève, ô lampe, à...

Le sage humilié - Odilon-Jean Périer

J'ai abîmé l'enfant de votre cœur (Y fallait-il cette présence triste ?) Mais, évadé, sourire sans grandeur, Comment prouver que tout ce Monde existe ? - Et toi, mon corps, enfant que j'abandonne, Par tous tes sens tu montres des désirs ! - Et toi, Sagesse, un poète...

Les pieds nus de ma poésie - Odilon-Jean Périer

Les pieds nus de ma poésie Ont peu de poids Cherche la trace de ses pas Sur cette eau tranquille Comme un visage éclairé Toute puissance agenouillée Chanson matinale Il brille Une étoile toute nouvelle Et la chanson la plus belle Est celle que j'ai chantée Pour...

Les rues et les verres vides - Odilon-Jean Périer

Les rues et les verres vides La grande fraîcheur des mains Rien de cassé Rien de sali Rien d'inhumain Cordialement bonjour, bonsoir Je suis paresseux tu vois En bonne santé A la santé du paysage L'amateur de rues aérées Si vous voulez que je vous aime Ouvrez des mains...

Manque d'illusions - Odilon-Jean Périer

I Muse, rappelle-toi l'enfant aux genoux maigres que nous vîmes, gonflés de rancune et d'amour, prendre nonchalamment le chemin du retour sous mille arbres blessés de ses rires allègres ; sans trop y réfléchir aux gloires de ce corps le souvenir ajoute une Raison...

Mon amie - Odilon-Jean Périer

La pluie fait une ville Difficile à aimer Point du jour Point du soir Et pointe du plaisir. Des goûts et des couleurs Plus vives que jamais... Ainsi la pluie me parle Au cœur Ô patrie légère Ô maison de fil Mes amis, mes frères Vous connaissent-ils ? Ils parlent...

Mon corps - Odilon-Jean Périer

Corps violent, redoutable, honteux, Corps de poète habitué aux larmes, Qui te secoue ainsi, qui te désarme ? (Bruxelles dort orné de mille feux) Dans le pays de la bonne souffrance (Rappelle-toi cette maison des champs) Archange infirme ivre de ton silence,...

Mon pays - Odilon-Jean Périer

La Ville est dans ma chambre Ce fauteuil est un port. Avez-vous vu mes lampes Mes mâts et mes bateaux ? Le tabac et les vagues Chantantes du ciel noir, Le jeu, le bruit des algues Aux vitres, mes miroirs, Tout m'y plaît, m'y agrée : J'y respire un bon air Léger comme...

Mort d'un Dieu - Odilon-Jean Périer

On meurt dans la pluie. La Douleur du Nord Aime ce décor En saisons pourries. Pégase y est mort Une nuit de pluie. Pourquoi, Poésie, Ce cri vers le Nord ? Les ailes cassées Dans des cheminées Saigne l'ange lourd : Ô ville épuisée Qui t'es couronnée Du corps de...

Petit jour - Odilon-Jean Périer

Entre deux heures du matin et le temps où le cœur bat moins vite, le jeune homme se perd, s'exalte, et son amour est sur le monde comme une chose dangereuse. Ainsi le nageur qui dévoile une âme paisible et profonde en se livrant aux vagues creuses. Ainsi le jeune...

Pour veiller ce soir d'hiver - Odilon-Jean Périer

A Eric de Haulleville Pour veiller ce soir d'hiver Verse le thé, plus amer Et violent que le fer, Où est le plaisir des sages. Tu te penches sur ce thé Tu y cherches la santé Les vertus, la vérité D'une eau vive et sans nuages. Or un visage sans prix Comme de l'or...

Prière pour être sage - Odilon-Jean Périer

Ah ! ne me soyez plus, orgueil, d'aucun secours. Cet hiver épuisant me laisse trop sincère et j'ordonne avant tout une force sévère à mon cœur fatigué d'inutiles détours. Il ne me reste plus qu'un misérable amour et le secret de l'Ange égaré sur la terre ; mais écoute...

Projets - Odilon-Jean Périer

Tout contribue au philtre où baigne le poète. Cette chambre elle-même a des vertus secrètes. Ne me détrompez pas : tenu par son odeur je trouve à votre sang une étrange vigueur. Plions ce jaune corps à des songes pratiques ! Moi ne tolérant pas qu'une maigre logique...

Que m'importe de vivre heureux, silencieux - Odilon-Jean Périer

A Marcel Arland Que m'importe de vivre heureux, silencieux, Un nuage doré pour maison, pour patrie. Je caresse au hasard le corps de mon amie, Aussi lointaine, hélas ! et fausse qu'elle veut. Qui êtes-vous enfin ? qui parle ? - et qui m'écoute ? - Un homme vraiment...

Récompense - Odilon-Jean Périer

Ô corps tout secoué de prochaines musiques ! Lié contre la table où pèse ton sang noir, laisse-toi transporter d'un rire dramatique et de honteuse ardeur embellis ton espoir. Fils indigne de l'or natal, apôtre étrange, je désire la mer mon patrimoine bleu ; j'épuise...

Récréation - Odilon-Jean Périer

Muse des champs je vous rejoins. Ouvrez votre aile, mon amie, nous allons conquérir la pluie et mille foudres dans les foins. Ce minuit pâle, je l'accueille, où le peuplier des jardins hésite, se plie, et soudain, pêche la lune au ras des feuilles. Mais demain, ma...