Désespoir - Pernette Du Guillet

Si c'est Amour, pourquoi m'occit-il donc, Qui tant aimai, et haïr ne sus onc ? Et s'il m'occit, pourquoi plus outre vis ? Et si ne vis, pourquoi sont mes devis De désespoir et de plaints tous confus ? Meilleur m'était, soudain que né je fus, De mourir tôt que de tant...

La nuit était pour moi si très-obscure - Pernette Du Guillet

La nuit était pour moi si très-obscure Que Terre et Ciel elle m'obscurcissait, Tant qu'à Midi de discerner figure N'avais pouvoir - qui fort me marrissait : Mais quand je vis que l'aube apparaissait En couleurs mille et diverse, et sereine Je me trouvai de liesse si...

L’heur de mon mal enflammant le desir - Pernette du Guillet

L’heur de mon mal, enflammant le desir, Feit distiller deux cueurs en un debuoir : Dont l’un est vif pour le doulx desplaisir, Qui faict que Mort tient l’autre en son pouvoir. Dieu aueuglé, tu nous as faict auoir Du bien le mal en effect honnorable : Fais donc aussi,...

Qui dira ma robe fourrée - Pernette du Guillet

Qui dira ma robe fourrée De la belle pluie dorée Qui Daphnés enclose ébranla : Je ne sais rien moins, que cela. Qui dira qu'à plusieurs je tends Pour en avoir mon passetemps, Prenant mon plaisir çà, et là : Je ne sais rien moins, que cela. Qui dira que t'ai révélé Le...

L’heureuse cendre aultresfois composee - Pernette du Guillet

L’heureuse cendre aultresfois composee En un corps chaste, ou Vertu reposa, Est en ce lieu par les Graces posee Parmy ses os, que Beaulté composa. O Terre indigne : en toy son repos a Le riche Estuy de celle Ame gentile, En tout sçauoir sur tout aultre subtile, Tant...

Rymes - L’imprimeur au lecteur - Pernette du Guillet

Quelle puissance Amytié puisse avoir, Quand la vertu y est au vif empraincte, Tu le pourras clerement icy veoir, Appercevant une affection saincte De chaste amour si haultement attaincte En foy loyalle, et si bien poursuyvie, Quelle peult cy, sans aucune contraincte,...

Mômerie des cinq postes d'Amour - Pernette du Guillet

LE PREMIER POSTE Amour, craignant qu'ayez abandonné Lui et son train, en éloignant sa cour, Soudainement m'a ce paquet donné, Me commandant par le chemin plus court Vous faire entendre, ainsi que le bruit court, Qu'il n'y aura de vous belle ni laide - Si ainsi est -...

Sais-tu pourquoi de te voir j'eus envie - Pernette du Guillet

Sais-tu pourquoi de te voir j'eus envie ? C'est pour aider à l'ouvrier, qui cessa, Lors qu'assembla en me donnant la vie, Les différents, où après me laissa. Car m'ébauchant Nature s'efforça D'entendre et voir pour nouvelle ordonnance Ton haut savoir, qui m'accroît...

Mon jour estoit assis tout aupres d’une - Pernette du Guillet

Mon Jour était assis tout auprès d’une, L’entretenant à l’aise, et à repos, D’affection non autre, que commune, Mais comme on vient d’un à autre propos. Voici Amour sur eux gai, et dispos, Portant un arc, et traits à la Grégeoise, Lequel lâcha deux mots à la...

Ô vraie amour, dont je suis prise - Pernette du Guillet

Ô vraie amour, dont je suis prise, Comment m'as-tu si bien apprise, Que de mon jour tant me contente, Que je n'en espère autre attente, Que celle de ce doux amer, Pour me guérir du mal d'aimer ? Du bien j'ai eu la jouissance, Dont il m'a donné connaissance Pour...

Sçais tu pourquoy de te veoir j’euz envie - Pernette du Guillet

Sçais tu pourquoy de te veoir i’euz enuie : C’est pour ayder a l’ouvrier qui cessa Lors, qu’assembla en me donnant la vie, Les differentz, ou apres me laissa. Car m’esbauchant Nature s’efforça D’entendre, et veoir pour nouvelle ordonnance Ton hault sçauoir, qui...

Onc Perle nette en vif et petit monde - Pernette du Guillet

Onc Perle nette en vif, et petit monde Son per n’eut tant en sçavoir, et faconde, Que ceste n’ayt amoindry, qui gist cy : De qui l’esprit par Mort non obscurcy Demonstra bien, durant sa maladie Quelz sainctz propos, sçavoirs, et melodie Elle avoit sceu, et apprins de...

Si j'aime cil, que je devrais haïr - Pernette du Guillet

Si j'aime cil, que je devrais haïr, Et hais celui, que je devrais aimer, L'on ne s'en doit autrement ebahir, Et ne m'en dût aucun en rien blâmer. Car de celui le bien dois estimer, Et si me fuit, comme sa non semblable : Mais de celui-ci le plaisir trop damnable M'ôte...

Or qui en a, ou en veut avoir deux - Pernette du Guillet

Or qui en a, ou en veut avoir deux, Comment peut-il faire deux Amours naître ? Je ne dis pas, que ne puisse bien être Un cœur plus grand, que croire je ne veux : Mais que tout seul il satisfit à eux, Cela n'a point de résolution Qui sût absoudre, ou clore ma demande :...

Si je n'ai pu comme voulois - Pernette du Guillet

Si je n'ai pu comme voulois Vous réciter au long, et dire Ce de quoi tant je me doulois, Imputez-le à mon cœur plein d'ire, Pour n'avoir pu ouïr médire. Du bien, que je dois estimer, Et pour qui on devrait maudire Tous ceux qui m'en veulent blâmer. Pernette du...

Par ce dizain clairement je m'accuse - Pernette du Guillet

Par ce dizain clairement je m'accuse De ne savoir tes vertus honorer, Fors du vouloir, qui est bien maigre excuse : Mais qui pourrait par écrit décorer Ce qui de soi se peut faire adorer ? Je ne dis pas, si j'avais ton pouvoir, Qu'à m'acquitter ne fisse mon devoir, À...

Si le servir merite recompense - Pernette du Guillet

Si le seruir merite recompense, Et recompense est la fin du desir, Tousiours vouldrois seruir plus, qu’on ne pense, Pour non venir au bout de mon plaisir. Si le servir mérite récompense, Et récompense est la fin du désir, Toujours voudrais servir plus qu’on ne pense,...

Parfaite amitié - Pernette du Guillet

Quant est d'Amour, je crois que c'est un songe, Ou fiction, qui se paît de mensonge, Tant que celui, qui peut plus faire encroire Sa grand'feintise, en acquiert plus de gloire. Car l'un feindra de désirer la grâce, De qui soudain voudra changer la place L'autre fera...

Si tu ne veulx l’anneau tant estimer - Pernette du Guillet

Si tu ne veulx l’anneau tant estimer, Que d’un baiser il te soit racheptable : Tu ne doibs pas, au moins si peu l’aymer, Qu’il ne te soit, non pour l’or acceptable, Mais pour la main, qui pour plus rendre estable Sa foy vers toy, te l’à voulu lyer D’un Dyamant, ou tu...

Point ne se faut sur Amour excuser - Pernette du Guillet

Point ne se faut sur Amour excuser, Comme croyant qu'il ait forme, et substance Pour nous pouvoir contraindre et amuser, Voire forcer à son obéissance : Mais accuser notre folle plaisance Pouvons-nous bien, et à la vérité, Par qui un cœur plein de légèreté Se laisse...

Soit que par égale puissance - Pernette du Guillet

Soit que par égale puissance L'affection, et le désir Débattent de la jouissance Du bien, dont se veulent saisir : Si vous voulez leur droit choisir, Vous trouverez sans fiction, Que le désir en tout plaisir Suivra toujours l'affection. Pernette du...

Pour contenter celuy qui me tourmente - Pernette du Guillet

Pour contenter celuy, qui me tourmente, Chercher ne veulx remede a mon tourment : Car en mon mal voyant qu’il se contente, Contente suis de son contentement. Pour contenter celui qui me tourmente, Chercher ne veux remède à mon tourment : Car en mon mal voyant qu’il se...

Un seul je hais, qui deux me fait aimer - Pernette du Guillet

Un seul je hais, qui deux me fait aimer Plus par pitié d'aveuglée jeunesse, Qui trouve doux ce que je trouve amer, Que par instinct d'amoureuse détresse, Laquelle toute au quatrième m'adresse, Le voyant tout en moi s'iniquiter. Par quoi, voulant envers tous...

Pour une anatomie - Pernette du Guillet

Qui voudra bien contempler l'Univers, Où du grand Dieu le grand pouvoir abonde En éléments, et animaux divers, En Ciel, et Terre, et Mer large et profonde, Vienne voir l'homme, où la machine ronde Est toute enclose, et plus, qui bien le prend. Car pour soi seul en ce...

Le Corps ravi, l'Âme s'en émerveille - Pernette du Guillet

Le Corps ravi, l'Âme s'en émerveille Du grand plaisir qui me vient entamer, Me ravissant d'Amour, qui tout éveille Par ce seul bien, qui le fait Dieu nommer. Mais si tu veux son pouvoir consommer, Faut que partout tu perdes celle envie : Tu le verras de ses traits...

Prenez le cas que, comme je suis vôtre - Pernette du Guillet

Prenez le cas que, comme je suis vôtre - Et être veux - vous soyez tout à moi : Certainement par ce commun bien nôtre Vous me devriez tel droit que je vous dois. Et si Amour voulait rompre sa Loi, Il ne pourrait l'un de nous dispenser, S'il ne voulait contrevenir à...

Le grand désir du plaisir admirable - Pernette du Guillet

Le grand désir du plaisir admirable Se doit nourrir par un contentement De souhaiter chose tant agréable. Que tout esprit peut ravir doucement. Ô que le fait doit être grandement Rempli de bien, quand pour la grand'envie On veut mourir, s'on ne l'a promptement : Mais...

Puis qu'il t’a pleu de me faire congnoistre - Pernette du Guillet

Puis qu’il t’à pleu de me faire congnoistre, Et par ta main, le VICE A SE MVER, Je tascheray faire en moy ce bien croistre, Qui seul en toy me pourra transmuer : C'est asçavoir, de tant m’esvertuer, Que congnoistras, que par esgal office Je fuiray loing d’ignorance le...

Le haut pouvoir des Astres a permis - Pernette du Guillet

Le haut pouvoir des Astres a permis - Quand je naquis - d'être heureuse et servie : Dont, connaissant celui qui m'est promis, Restée suis sans sentiment de vie, Fors le sentir du mal, qui me convie A regraver ma dure impression D'amour cruelle, et douce passion, Où...

Quand vous voyez, que l'étincelle - Pernette du Guillet

Quand vous voyez, que l'étincelle Du chaste Amour sous mon aisselle Vient tous les jours à s'allumer, Ne me devez-vous bien aimer ? Quand vous me voyez toujours celle, Qui pour vous souffre, et son mal cèle, Me laissant par lui consumer, Ne me devez-vous bien aimer ?...

L’ame et l’esprit sont pour le corps orner - Pernette du Guillet

L’ame, et l’esprit sont pour le corps orner, Quand le vouloir de l’Eternel nous donne Sens, et sçauoir pour pouvoir discerner Le bien du bien, que la raison ordonne. Par quoy si Dieu de telz biens te guerdonne, Il m’à donné raison, qui à pouvoir De bien iuger ton...

Que d’avoir mal pour chose si louable - Pernette du Guillet

Que d’auoir mal pour chose si louable, Comme a chascun son grand contentement, Tout bon esprit (tant soit peu raisonnable) Le pourra croire, et par bon iugement. Mais si voulez congnoistre clerement, Lequel des deux à sur plaisir puissance, Fauldra gouster d’un meur...

Heureuse est la peine - Pernette du Guillet

Heureuse est la peine De qui le plaisir À sur foi certaine Assis son désir. L'on peut assez en servant requérir, Sans toutefois par souffrir acquérir Ce que l'on pourchasse Par trop désirer, Dont en male grâce Se faut retirer. Car un tel service Ne prétend qu'au...

J'ai été par un long temps déçue - Pernette du Guillet

J'ai été par un long temps Déçue de l'espérance : Et si encor point n'attends D'elle plus grand'assurance, Que celle-là, que ma foi Me peut promettre de soi. je vois les uns fort contents, Les autres pleins de souffrances : De ceux-là les ris j'entends, De ceux-ci la...

À qui plus est un Amant obligé - Pernette du Guillet

À qui plus est un Amant obligé : Ou à Amour, ou vraiment à sa Dame ? Car son service est par eux rédigé Au rang de ceux qui aiment lauds, et fame. À lui il doit le cœur, à elle l'Âme, Qui est autant comme à tous deux la vie ; L'un à l'honneur, l'autre à bien le convie...

Jà n'est besoin que plus je me soucie - Pernette du Guillet

Jà n'est besoin que plus je me soucie Si le jour faut, ou que vienne la nuit, Nuit hivernale, et sans Lune obscurcie : Car tout cela certes rien ne me nuit, Puisque mon Jour par clarté adoucie M'éclaire toute, et tant, qu'à la minuit En mon esprit me fait apercevoir...

A un sot rimeur, qui trop l'importunait d'aimer - Pernette du Guillet

Tu te plains que plus ne rimasse, Bien qu'un temps fut que plus aimasse À étendre vers rimassés, Que d'avoir biens sans rime assez : Mais je vois que qui trop rimoye Sus ses vieux jours enfin larmoye. Car qui s'amuse à rimacher À la fin n'a rien à mâcher. Et pource,...

Je ne crois point ce que vous dites - Pernette du Guillet

Je ne crois point ce que vous dites : Que tant de bien me désiriez, Comme à celle, pour qui vous fites Ce que pour vous faire devriez. Mais quelle plus estimeriez : Ou celle qui, d'un cœur tremblant, N'ose dire ce que voudriez, Ou qui le dit d'un faux semblant ?...

Aucuns ont dit la Théorique - Pernette du Guillet

Aucuns ont dit la Théorique Étre devant que la Pratique : Ce que bien nier on pouvait. Car qui fit l'art, jà la savait, Qui est un point qu'un Sophistique Concéderait tout en dormant : Quant à moi je dis, pour réplique, Qu'Amour fut premier, que l'Amant. Pernette du...

Je puis avoir failly par ignorance - Pernette du Guillet

Ie puis avoir failly par ignorance, Celà me fault, maulgré moy, confesser : Mais que ie prenne en moy telle arrogance, Que dessus vous ie m’osasse auancer : Ie vous supply ne me vouloir penser Si indiscrette a faire mon debuoir. Bien est il vray, que ie tasche a auoir...

Beaulté mortelle icy en vain souspire - Pernette du Guillet

Beaulté mortelle icy en vain souspire, Puis que la Mort le corps soubdain ravit. Mais Vertu vive, et qui jamais n’empire, Comme l’Esprit au Ciel, en Terre vit. Si grand Esprit se sentant a malaise D’estre en son corps estroictement enclos, Comme un gros feu en...

Je suis la Journée - Pernette du Guillet

Je suis la Journée, Vous, Amy, le jour, Qui m'a détournée Du fâcheux séjour. D'aimer la Nuit certes je ne veux point, Pource qu'à vice elle vient toute à point : Mais à vous toute être Certes je veux bien, Pource qu'en votre être Ne gît que tout bien. Là où en...

C'est un grand mal se sentir offensé - Pernette du Guillet

C'est un grand mal se sentir offensé, Et ne s'oser, ou savoir à qui plaindre : C'est un grand mal, voire trop insensé, Que d'aspirer, où l'on ne peut atteindre : C'est un grand mal que de son cœur contraindre, Outre son gré, et à sujétion : C'est un grand mal...

C'est une ardeur d'autant plus violente - Pernette du Guillet

C'est une ardeur d'autant plus violente, Qu'elle ne peut par Mort ni temps périr : Car la vertu est d'une action lente, Qui tant plus va, plus vient à se nourrir. Mais bien d'Amour la flamme on voit mourir Aussi soudain qu'on la voit allumée, Pour ce qu'elle est...

Je te promis au soir que pour ce jour - Pernette du Guillet

Ie t'ai promis au soir, que pour ce iour Ie m’en irois a ton instance grande Faire chez toy quelque peu de seiour : Mais ie ne puis : parquoy me recommande, Te promectant m’acquicter pour l’amande, Non d’un seul iour, mais de toute ma vie, Ayant tousiours de te...

Ce grand renom de ton meslé sçavoir - Pernette du Guillet

Ce grand renom de ton meslé sçavoir Demonstre bien, que tu es l’excellence De toute grace exquise pour avoir Tous dons des Cieulx en pleine jouyssance. Peu de sçavoir, que tu fais grand nuysance A mon esprit, qui n’à la promptitude De mercier les Cieulx pour...

J’ay esté par un long temps - Pernette du Guillet

I’ay esté par un long temps Deceue de l’esperance : Et si encor point n’attens D’elle plus grand’asseurance, Que celle là, que ma foy Me peult promettre de soy. Ie voy les vns fort contents, Les autres pleins de souffrance : De ceulx là les rys i’entens, De ceulx cy...

Celle clarté mouvante sans ombrage - Pernette du Guillet

Celle clarté mouvante sans ombrage, Qui m'éclaircit en mes ténébreux jours, De sa lueur éblouit l'œil volage À l'inconstant, pour ne voir mes séjours : Car, me voyant, m'eût consommé toujours Par les erreurs de son errante flèche. Par quoi l'esprit, qui désir chaste...

L'une vous aime, et si ne peut savoir - Pernette du Guillet

L'une vous aime, et si ne peut savoir Qu'Amour lui soit ou propice, ou contraire : L'autre envers vous fait si bien son devoir, Que plus ne sait, où vous doive complaire. Or je demande en si douteux affaire A quelle plus devez être tenu ? Car celle-là d'un cœur...

Combien de fois ai-je en moi souhaité - Pernette du Guillet

Combien de fois ai-je en moi souhaité Me rencontrer sur la chaleur d'été Tout au plus près de la claire fontaine, Où mon désir avec cil se promène Qui exerce en sa philosophie Son gent esprit, duquel tant je me fie Que ne craindrais, sans aucune maignie, De me trouver...

La fortune envieuse - Pernette du Guillet

La fortune envieuse, Voyant mon jour passer, De la nuit est joyeuse Pour me faire penser Vrai ce que le Ciel dit Pour se mettre en crédit. Mais savoir n'ai envie Des Planètes le cours Pour connaître ma vie, Ayant autre discours : Car tant que je verrai Mon jour, je ne...

Comme le corps ne permet point de voir - Pernette du Guillet

Comme le corps ne permet point de voir À son esprit, ni savoir sa puissance : Ainsi l'erreur, qui tant me fait avoir Devant les yeux le bandeau d'ignorance, Ne m'a permis d'avoir la connaissance De celui-là que, pour près le chercher, Les Dieux avaient voulu le...

La nuict estoit pour moy si tresobscure - Pernette du Guillet

La nuict estoit pour moy si tresobscure, Que Terre, et Ciel elle m’obscurissoit, Tant, qu’à Midy de discerner figure N’avois pouvoir, qui fort me marrissoit : Mais quand je vis que l’aulbe apparoissoit En couleurs mille et diuerse, et seraine, Je me trouvay de liesse...

Coq-à-l'âne - Pernette du Guillet

Ami, je n'ai Laquais, ni Page, Qui bien sût faire mon message, Ne telle chose raconter Que me sens au cerveau monter En cette plaine, et bel espace. Mon Dieu, comme le monde passe En oisiveté par simplesse ! Ne voit-on point tant de sagesse Que le plus fol demeure...

Dames, s'il est permis - Pernette du Guillet

Dames, s'il est permis Que l'amour appetisse Entre deux cœurs promis, Faisons pareil office : Lors la légèreté Prendra sa fermeté. S'ils nous disent volages Pour nous en divertir : Assurons nos courages De ne nous repentir, Puis que leur amitié Est moins, que de...

En Daulphiné Ceres faisoit encor moisson - Pernette du Guillet

En Daulphiné Ceres faisoit encor moisson, Estant a Millery Bacchus en sa boisson : Parquoy ie puis iuger, voyantz les vins si vertz, Que Venus sera froide encor ces deux hyuerz. En Dauphiné Cérès faisait encore moisson, Étant à Millery Bacchus en sa boisson : Par quoi...

Esprit celeste et des Dieux transformé - Pernette du Guillet

Esprit celeste, et des Dieux transformé En corps mortel transmis en ce bas Monde, A Apollo peulx estre conformé Pour la vertu, dont es la source, et l’onde. Ton eloquence avecques ta faconde, Et hault sçavoir, auquel tu es appris, Demonstre assez le bien en toy...