Sur l'amour - Petrus Borel

Hélas ! qui nous dira ce que c'est que l'amour ? Pour moi, faible héron aux serres de vautour, Je me sens emporté dans le gouffre ou la nue, Dans l'antre ténébreux ou sur la plage nue, Je me sens expirer sous son bec assassin, Qui m'a crevé les yeux ou labouré mon...

À Jules Vabre, architecte - Petrus Borel

De bonne foi, Jules Vabre, Compagnon miraculeux, Aux regards méticuleux Des bourgeois à menton glabre, Devons-nous sembler follet Dans ce monde où tout se range ! Devons-nous sembler étrange, Nous, faisant ce qu'il nous plaît ! Dans Paris, ville accroupie, Passant...

Adroit refus - Petrus Borel

Je ne puis l'oster de mon âme, Non plus que vous y recevoir. MALHERBE. Elle était de l'âge d'un vieil breuf, désirable el fraîche. Béroalde de Verville. Ah ! ne m'accusez pas d'être froid, insensible ; D'avoir l'œil dédaigneux, le rire d'un méchant ; D'avoir un cœur...

La Corse - Petrus Borel

À Napoléon Thom, peintre. — C'est tout simplement un peintre, Monseigneur, qui se nomme Romano, qui vit de larcins faits à la nature, qui n'a d'autres armoiries que ses pinceaux… SCHILLER, Fiesque, act. II Le maestral soufflait : la voûte purpurine Brillait de mille...

Le Chant du Réveil - Petrus Borel

Avanzad compagneros, Mas bravos que le Cid ! Marche de Riego. A nos flancs s'est usé l'éperon homicide, Qui, sanglant, résonnait sur le talon royal ; Le coursier populaire a, d'un pied régicide, Écrasé le bandeau sur le front déloyal ; Brisant de son poitrail la...

Le Vieux capitaine - Petrus Borel

Mais enfin le matelot crie : Terre ! terre ! là-bas, voyez ! … Béranger. I Jean, mon vieux matelot, nous touchons : France ! France ! Cet air, de nos longs cours, emporte la souffrance. Jean, serait-ce une erreur ? Vois-tu, dans la vapeur qui nous cache la grève,...

Léthargie de la Muse - Petrus Borel

FRAGMENS A ranimer la muse en vain je m'évertue, Elle est sourde à mes cris et froide sous mes pleurs ; Sans espoir je me jette aux pieds d'une statue Dont le regard sans flamme avive mes douleurs. C'est son souffle pourtant qui parfume mon âme ; C'est sa voix qui...

Nuit du 28 au 29. Grande Semaine. - Petrus Borel

Qu'est-ce ? un roi qui s'éteint, un empire qui tombe ? Un poids plus ou moins lourd qu'on jette dans la tombe… GÉRARD. Les grands ne nous semblent grands que parce que nous sommes à genoux. Eugène SCRIBE. I Lune, témoin de tant de gloire, As-tu marqué dans ta mémoire...

Sanculottide - Petrus Borel

(Avril 1831) À Joseph Bouchardi, graveur. — Sic locutus est leo, PHED. Il y a quelque chose de terrible dans l'amour sacré de la patrie. SAINT-JUST. Dors, mon bon poignard, dors, vieux compagnon fidèle, Dors, bercé dans ma main, patriote trésor ! Tu dois être bien las...

Odelette - Petrus Borel

Oh ! que n’ai-je vécu dans le beau moyen âge, Age heureux du poète, âge du troubadour ! Quand tout ployait sous l’esclavage, Lui seul n’avait que le servage De sa lyre et de son amour. Donc, sous son mantelet emportait sa richesse, Sa lyre qui vibrait pour...

Victoire - Petrus Borel

Allez-vous-en, monsieur, la nuit est avancée, La lune à notre ciel s’est soudain éclipsée ; Allez-vous-en, j’ai peur, le chemin est désert. Pourquoi rester encor ? Pars, va-t’en, à quoi sert ? … Oh ! ne m’accable plus de ce baiser frivole, Où notre amour renaît, où...

Sur l’art - Petrus Borel

L’Art ne saurait souffrir de verrou ni de chaîne ; Il brise tout lien qui l’entrave ou le gêne. Il prend pour lui le ciel, le temps, l’immensité, Il ne met sous sa dent qu’un pain de liberté. Au théâtre surtout il veut son coude à l’aise, Pour y pétrir les mœurs comme...

Sur les Blessures de l’Institut - Petrus Borel

Il est donc vrai, Français ! ô Paris ! quel scandale ! Quoi ! déjà subir un affront ; Laisseras-tu voiler, par une main vandale, Les cicatrices de ton front ? Juillet, il est donc vrai qu’on en veut à tes fastes, Au sang épanché de ton cœur ? Badigeonneurs maudits !...

Sonnets - Petrus Borel

Jamais je n’oublierai l’heureux instant, madame, Où dans la cour d’Eugène enfin je vous revis : Je devins fou tout bas, mes sens étaient ravis ; Un bonheur inconnu descendit en mon âme. Comme le cerf bondit vers sa biche qui brame, Comme l’émerillon fond sur un...

Rêveries - Petrus Borel

La mort sert de morale aux fables de la vie. La vie est un champ clos de milliaires semé, Où souvent le champion se brise tout armé À l’unième… Or, voilà le destin que j’envie ! Le monde est une mer où l’humble caboteur, Pauvre, va se traînant du cirque au promontoire...

Prologue - Petrus Borel

Quand ton Petrus ou ton Pierre N'avait pas même une pierre Pour se poser, l'œil tari, Un clou sur un mur avare Pour suspendre sa guitare, - Tu me donnas un abri. Tu me dis : - Viens, mon rhapsode, Viens chez moi finir ton ode ; Car ton ciel n'est pas d'azur, Ainsi que...

Origine d’une Comtesse - Petrus Borel

Dieu ! Manon, comment es-tu faite ? Ton mouchoir est tout déprimé, Et sur le dos de ta jaquette Le vert gazon est imprimé. De cueillir au bois l’aveline, Venir à minuit ? … Vous mentez ! Sortez d’ici, sortez, coquine ! Ah ! je vois que vous en goûtez ! Mais votre...

La Fille du Baron - Petrus Borel

Non ! rendez-moi mon bachelet ; Mon humble cœur est son varlet ! Sèche tes pleurs, fille adorée. Tu peux puiser dans mon trésor ; Veux-tu brillera la vesprée ? Prends tous ces velours et cet or ! Non ! rendez-moi mon bachelet ; Mon humble cœur est son varlet ! Peux-tu...