A la Marquise - Pierre Corneille

Marquise, si mon visageA quelques traits un peu vieux,Souvenez-vous qu'à mon âgeVous ne vaudrez guère mieux. Le temps aux plus belles chosesSe plaît à faire un affront,Et saura faner vos rosesComme il a ridé mon front. Le même cours des planètesRègle nos jours et nos...

Chanson - Pierre Corneille

Si je perds bien des maîtresses, J'en fais encor plus souvent, Et mes vœux et mes promesses Ne sont que feintes caresses, Et mes vœux et mes promesses Ne sont jamais que du vent. Quand je vois un beau visage, Soudain je me fais de feu, Mais longtemps lui faire...

La peste - Pierre Corneille

Stance. J'ai vu la peste en raccourci : Et s'il faut en parler sans feindre, Puisque la peste est faite ainsi, Peste, que la peste est à craindre ! De cœurs qui n'en sauraient guérir Elle est partout accompagnée, Et dût-on cent fois en mourir, Mille voudraient l'avoir...

La tulipe - Pierre Corneille

Madrigal Au soleil. Bel astre à qui je dois mon être et ma beauté, Ajoute l'immortalité A l'éclat non pareil dont je suis embellie ; Empêche que le temps n'efface mes couleurs : Pour trône donne-moi le beau front de Julie ; Et, si cet heureux sort à ma gloire s'allie,...

Chagrin - Pierre Corneille

Sonnet. Usez moins avec moi du droit de tout charmer ; Vous me perdrez bientôt si vous n'y prenez garde. J'aime bien a vous voir, quoi qu'enfin j'y hasarde ; Mais je n'aime pas bien qu'on me force d'aimer. Cependant mon repos a de quoi s'alarmer ; Je sens je ne sais...

Au Roi - Pierre Corneille

(Sur la conquête de la Franche-Comté.) Quelle rapidité, de conquête en conquête, En dépit des hivers guident tes étendards ? Et quel dieu dans tes yeux tient cette foudre prête Qui fait tomber les murs d'un seul de tes regards ? A peine tu parais qu'une province...

Ode - Pierre Corneille

(Au Révérend Père Delidel de la Compagnie de Jésus, sur son traité de la Théologie des Saints.) Toi qui nous apprends de la Grâce Quelle est la force et la douceur, Comme elle descend dans un cœur, Comme elle agit, comme elle passe, Docte Ecrivain, dont l'œil perçant,...

Au Roi (I) - Pierre Corneille

(Sur la prise de Maastricht.) Sonnet. Grand roi, Maastricht est pris, et pris en treize jours : Ce miracle était sûr à ta haute conduite, Et n'a rien d'étonnant que cette heureuse suite Qui de tes grands destins enfle le juste cours. La Hollande, qui voit du reste de...

Perdu au jeu - Pierre Corneille

Sonnet. Je chéris ma défaite, et mon destin m'est doux, Beauté, charme puissant des yeux et des oreilles : Et je n'ai point regret qu'une heure auprès de vous Me coûte en votre absence et des soins et des veilles. Se voir ainsi vaincu par vos rares merveilles, C'est...

Chanson (I) - Pierre Corneille

Toi qui près d'un beau visage Ne veux que feindre l'amour, Tu pourrais bien quelque jour Éprouver à ton dommage Que souvent la fiction Se change en affection. Tu dupes son innocence, Mais enfin ta liberté Se doit à cette beauté Pour réparer ton offense ; Car souvent...

Deux sonnets - Pierre Corneille

Sonnet. Deux sonnets partagent la ville, Deux sonnets partagent la cour, Et semblent vouloir à leur tour Rallumer la guerre civile. Le plus sot et le plus habile En mettent leur avis au jour, Et ce qu'on a pour eux d'amour A plus d'un échauffe la bile. Chacun en parle...

Épigrammes - Pierre Corneille

Traduites du latin d'Audoenus (Owen). Liv. I, . Ép. 30. Jeanne, toute la journée, Dit que le joug d'hyménée Est le plus âpre de tous ; Mais la pauvre créature, Tout le long de la nuit, jure Qu'il n'en est point de si doux. Liv. I, . Ép. 145. Les huguenotes de Paris...

Épitaphe - Pierre Corneille

(Sur la mort de Mademoiselle Élisabeth Ranquet, Femme de M. Du Chevreul, Écuyer, Seigneur d'Esturnville.) Sonnet. Ne verse point de pleurs sur cette sépulture, Passant : ce lit funèbre est un lit précieux, Où gît d'un corps tout pur la cendre toute pure ; Mais le zèle...

Espérance - Pierre Corneille

Sonnet. D'un accueil si flatteur, et qui veut que j'espère, Vous payez ma visite alors que je vous vois, Que souvent à l'erreur j'abandonne ma foi, Et croîs seul avoir droit d'aspirer à vous plaire. Mais si j'y trouve alors de quoi me satisfaire, Ces charmes...

Inquiétude - Pierre Corneille

Sonnet. Je vous estime, Iris, et crois pouvoir sans crime Permettre à mon respect un aveu si charmant : Il est vrai qu'à chaque moment Je songe que je vous estime. Cette agréable idée, où ma raison s'abîme, Tyrannise mes sens jusqu'à l'accablement ; Mais pour vouloir...

Jalousie - Pierre Corneille

N'aimez plus tant, Phylis, à vous voir adorée : Le plus ardent amour n'a pas grande durée ; Les nœuds les plus serrés sont le plus tôt rompus ; A force d'aimer trop, souvent on n'aime plus, Et ces liens si forts ont des lois si sévères Que toutes leurs douceurs en...

Au Roy - Pierre Corneille

Est-il vrai, grand Monarque, et puis-je me vanter Que tu prennes plaisir à me ressusciter ; Qu'au bout de quarante ans Cinna, Pompée, Horace, Reviennent à la mode et retrouvent leur place, Et que l'heureux brillant de mes jeunes rivaux N'ôte point leur vieux lustre à...

Eve et Marie - Pierre Corneille

Homme, qui que tu sois, regarde Eve et Marie, Et comparant ta mère à celle du Sauveur, Vois laquelle des deux en est le plus chérie, Et du Père Eternel gagne mieux la faveur. L'une a toute sa race au démon asservie, L'autre rompt l'esclavage où furent ses aïeux Par...