Afin que ton renom s'étende par la plaine, Autant qu'il monte au ciel engravé dans un Pin, Invoquant tous les Dieux, et répandant du vin, Je consacre à ton nom cette belle Fontaine. Pasteurs, que vos troupeaux frisez de blanche laine Ne paissent à ces bords ; y... En mon cœur n'est point escrite La rose ny autre fleur, C'est toy, blanche Marguerite, Par qui j'ay cette couleur. N'es-tu celle dont les yeux Ont surpris Par un regard gracieux Mes esprits ? Puis que ta sœur de haut pris, Ta sœur, pucelle d'élite, N'est cause de ma... À mon retour (eh ! je m'en désespère), Tu m'as reçu d'un baiser tout glacé, Froid, sans saveur, baiser d'un trépassé, Tel que Diane en donnait à son frère, Tel qu'un fille en donne à sa grand-mère, La fiancée en donne au fiancé, Ni savoureux, ni moiteux, ni pressé :... Ode XXVIII. Si j'avois un riche tresor, Ou des vaisseaux engravez d'or, Tableaux ou medailles de cuivre, Ou ces joyaux qui font passer Tant de mers pour les amasser, Où le jour se laisse revivre, Je t'en ferois un beau present. Mais quoy ! cela ne t'est plaisant, Aux... Amour, Amour, donne-moi paix ou trêve, Ou bien retire, et d'un garrot plus fort Tranche ma vie et m'avance la mort : Douce est la mort qui vient subite et brève. Soit que le jour ou se couche ou se lève, Je sens toujours un penser qui me mord, Et malheureux en si... Amour, tu es trop fort, trop faible est ma RaisonPour soustenir le camp d'un si rude adversaire.Va, badine Raison, tu te laisses desfaire :Dez le premier assaut on te meine en prison. Je veux, pour secourir mon chef demy-grison,Non la Philosophie ou les Loix : au... Ma guiterre, je te chante, Par qui seule je deçoy, Je deçoy, je romps, j'enchante Les amours que je reçoy. Nulle chose, tant soit douce, Ne te sçauroit esgaler, Toi qui mes ennuis repousse Si tost qu'ils t'oyent parler. Au son de ton harmonie Je refreschy ma chaleur ;... La lune est coutumière De naître tous les mois : Mais quand notre lumière Est éteinte une fois, Sans nos yeux réveiller, Faut longtemps sommeiller. Tandis que vivons ores, Un baiser donnez-moi, Donnez-m'en mille encore, Amour n'a point de loi : A sa divinité Convient... Ma Dame ne donne pas Des baisers, mais des appas Qui seuls nourrissent mon âme, Les biens dont les Dieux sont sous, Du Nectar, du sucre doux, De la cannelle et du bâme, Du thym, du lis, de la rose, Entre les lèvres écloses Fleurante en toutes saisons, Et du miel tel... Plus dur que fer j'ay fini mon ouvrage, Que l'an, dispos à demener les pas, Que l'eau, le vent ou le brulant orage, L'injuriant, ne ru'ront point à bas. Quand ce viendra que le dernier trespas M'assoupira d'un somme dur, à l'heure Sous le tombeau tout Ronsard n'ira... Si autrefois sous l'ombre de Gastine Avons joué quelque chanson latine, De Cassandre enamouré, Sus, maintenant, luth doré, Sus ; l'honneur mien, dont la voix délectable, Sait réjouir les princes à la table, Change de forme, et me sois Maintenant un luth françois. Je... Fais rafraîchir mon vin, de sorte Qu'il passe en froideur un glaçon ; Fais venir Jeanne, qu'elle apporte Son Luth pour dire une chanson ; Nous ballerons tous trois au son ; Et dis à Barbe qu'elle vienne, Les cheveux tors à la façon D'une folâtre Italienne. Ne vois-tu... Au mois d'avril, quand l'an se renouvelle, L'aube ne sort si fraîche de la mer : Ni hors des flots la déesse d'aimer Ne vint à Cypre en sa conque si belle, Comme je vis la beauté que j'appelle Mon astre saint, au matin s'éveiller, Rire le ciel, la terre s'émailler, Et... Ma petite Nymphe Macée, Plus blanche qu'ivoire taillé, Plus blanche que neige amassée. Plus blanche que le lait caillé, Ton beau teint ressemble les lis Avecque les roses cueillis. Découvre-moi ton beau chef-d'œuvre, Tes cheveux où le Ciel, donneur Des grâces,... (En lui envoyant le livre d'Amours diverses.) Là du prochain Hiver je prévois la tempête, Là cinquante et six ans ont neigé sur ma tête, II est temps de laisser les vers et les amours, Et de prendre congé du plus beau de mes jours. J'ai vécu ( Villeroy ) si bien, que... Du malheur de recevoir Un étranger, sans avoir De lui quelque connaissance, Tu as fait expérience, Ménélas, ayant reçu Pâris dont tu fus déçu : Et moi je la viens de faire Qui ore ai voulu retraire Sottement un étranger Dans ma chambre, et le loger. Il était minuit,... Bien qu'à grand tort il te plaît d'allumer Dedans mon cœur, siège à ta seigneurie, Non d'une amour, ainçois d'une Furie Le feu cruel, pour mes os consumer, L'âpre tourment ne m'est point si amer Qu'il ne me plaise, et si n'ai pas envie De me douloir, car je n'aime ma... Ce Chasteau-neuf, ce nouvel edifice Tout enrichy de marbre et de porphire, Qu'Amour bastit chasteau de son empire, Où tout le Ciel a mis son artifice, Est un rempart, un fort contre le vice, Où la Vertu maistresse se retire, Que l'œil regarde, et que l'esprit admire,... Celle, de qui l'Amour vainquit la fantaisie, Que Jupiter conçut sous un Cygne emprunté ; Cette sœur des Jumeaux, qui fit par sa beauté Opposer toute Europe aux forces de l'Asie, Disait à son mirouer, quand elle eut saisie Sa face de vieillesse et de hideuseté : « Que... Chanson IV. Plus étroit que la vigne à l'Ormeau se marie, De bras souplement forts, Du lien de tes mains, maîtresse, je te prie, Enlace-moi le corps. Et feignant de dormir, d'une mignarde face Sur mon front penche-toi ; Inspire, en me baisant, ton haleine et ta grâce...