Fortune enfin piteuse à mon tourment - Pontus de Tyard

Fortune enfin piteuse à mon tourment, Me fit revoir le soleil de mes yeux, Alors qu'Amour me traitant encor mieux, Me fit jouir de mon contentement. Ô jour heureux, éclairci clairement, De mon soleil ! ô soleil gracieux, Saint, et luisant plus que celui des cieux !...

J'ai tant crié, ô douce Mort, renverse - Pontus de Tyard

J'ai tant crié, ô douce Mort, renverse Avec ce corps mon grief tourment sous terre, Que je me sens presque finir la guerre De l'espérance à mon désir diverse. Vois, Dame, vois, que les pleurs que je verse, Et les soupirs ardents, que je déserre Hors de mon cœur, et le...

Je fumais tout en mon fort soupirer - Pontus de Tyard

Je fumais tout en mon fort soupirer, Si chaudement, que le froid de son cœur Se distilla ; et l'ardente vigueur Lui fit d'Amour un soupir respirer. Mes yeux aussi, coutumiers d'attirer A leurs ruisseaux tant de triste liqueur, Amollissaient toute dure rigueur, Dont me...

Je mesurais pas à pas, et la plaine - Pontus de Tyard

Je mesurais pas à pas, et la plaine, Et l'infini de votre cruauté, Et l'obstiné de ma grand' loyauté Et votre foi fragile et incertaine. Je mesurais votre douceur hautaine, Votre angélique et divine beauté, Et mon désir trop hautement monté, Et mon ardeur, votre glace...

L'ardent désir, qui d'espérer m'abuse - Pontus de Tyard

L'ardent désir, qui d'espérer m'abuse, Si bien la voie au penser d'Amour montre, Que bien souvent devant moi je rencontre Celle pour qui tant, et tant de pas j'use. Mais quand ma douce, et cruelle Méduse Fait à mes yeux de soi si belle montre, L'esprit vital,...

O calme nuit , qui doucement compose - Pontus de Tyard

O calme nuit, qui doucement compose En ma faveur l'ombre mieux animee Qu'onque Morphee en sa sale enfumee Peingnit du rien de ses Metamorphoses ! Combien heureus les œillets et les roses Ceingnoient le bras de mon ame espamee, Affriandant une langue affamee Du Paradis...

A cet anneau parfait en forme ronde - Pontus de Tyard

A cet anneau parfait en forme ronde, Ensemble et toi, et moi, je parangonne. La foi le clôt : la foi ne m'abandonne. Son teint est d'or : moins que l'or tu n'es blonde. S'il est semé de larmes : trop abonde L'humeur en moi, qui proie au deuil me donne. Si un écrit au...

Oeil éloigné du Jour, qui te recrée - Pontus de Tyard

Oeil éloigné du Jour, qui te recrée, Comme, en l'obscur d'une nuée épaisse Peux-tu tirer une si vive espèce D'un corps, non corps, qui vainement se crée ? Cœur martelé, quelle Éride est entrée Dedans ton fort ? quelle pâle crainte est-ce, Qui d'engendrer ta ruine te...

Après qu'Amour par trop mortelle atteinte - Pontus de Tyard

Après qu'Amour par trop mortelle atteinte M'eut fait au cœur une plaie piteuse, Et qu'il connut que sa flamme amoureuse Etait en moi bien ardemment empreinte : Il retira sa flèche en mon sang teinte, Laissant en moi son humeur venimeuse : Mais ma maîstresse (hélas)...

Pere divin, sapience eternelle - Pontus de Tyard

Pere divin, sapience eternelle, Commencement et fin de toute chose, Ou en pourtrait indeleble repose De l'Univers l'Idee universelle. Voy de tes Raiz la plus belle estincelle Qui soit ça-bas en corps humain enclose, Que la trop fiere, impiteuse Parque ose Tirer du...

Au premier trait, que mon œil rencontra - Pontus de Tyard

Au premier trait, que mon œil rencontra Des moins parfaits de sa perfection, La plus grand part de ma dévotion Soudainement en elle idolâtra. Mais quand le son de sa voix pénétra Dans mon ouïr, l'imagination Ravissant haut ma contemplation, Au plus parfait de son...

Père du doux repos, Sommeil, père du Songe - Pontus de Tyard

Père du doux repos, Sommeil, père du Songe, Maintenant que la nuit, d'une grande ombre obscure, Fait à cet air serein humide couverture, Viens, Sommeil désiré et dans mes yeux te plonges. Ton absence, Sommeil, languissamment allonge Et me fait plus sentir la peine que...

Bien que Fortune en haut degré te range - Pontus de Tyard

Bien que Fortune en haut degré te range Dessus sa roue, et combien que Nature Pour t'embellir sur toute créature, Te fasse luire en cette beauté d'Ange, Si ne dois-tu dépriser la louange Que tu reçois de moi, car l'écriture, Plus que beauté mortelle, beaucoup dure :...

Pourrai-je bien sans toi, ma chère guide - Pontus de Tyard

Pourrai-je bien sans toi, ma chère guide Montrer ce jour face sereine et claire ? Mon œil qui luit seulement pour te plaire, Pourra il bien être de pluie vide ? Si le doux feu de tes rais ne me guide, Je suis certain de même ruine faire, Que fut jadis le jeune...

Chanson - Pontus de Tyard

Plus subtile œuvre tirée Ne fut onc de soie ou d'or Qu'est votre tresse dorée De beauté riche trésor Oncq' amour plus sûrement Ne tendit ses lacs ailleurs Pour s'y celer cautement Et surprendre mille cœurs. La belle douce lumière Qui luit dessous votre front Semble...

Puisque je vois que mes afflictions - Pontus de Tyard

Puisque je vois que mes afflictions Sont au plus haut degré de leur effort, Et que le Ciel conjuré à ma mort A tout malheur me guide, Regrets, soupirs, plaints, pleurs, et passions, Je vous lâche la bride. Je n'ai espoir que mon cri entendu Puisse adoucir la fière...

Des yeux auxquels ainsi, qu'en un Trophée - Pontus de Tyard

Des yeux auxquels ainsi, qu'en un Trophée L'arc, et les traits d'Amour sont amassés : Des cheveux d'or, crêpés, et enlacés D'une coiffure en fin or étoffée Et de la main, qui rendait échauffée La volonté des fiers cœurs englacés : Et des doux mots doucement prononcés,...

Quand elle vit à la Mort déployer - Pontus de Tyard

Quand elle vit à la Mort déployer L'impiteux trait pour son voisin occire, En permettant à la pitié d'élire Siège en son cœur, se prit à larmoyer. Et tant de traits, qu'Amour vint employer, Pour me contraindre en infini martyre Mourir toujours, n'ont jamais pu...

Disgrâce - Pontus de Tyard

La haute Idée à mon univers mère, Si hautement de nul jamais comprise, M'est à présent ténébreuse Chimère. Le tout, d'où fut toute ma forme prise, Plus de mon tout, de mon tout exemplaire, M'est simplement une vaine feintise. Ce qui soulait mon imparfait parfaire Par...

Quand le désir de ma haute pensée - Pontus de Tyard

Quand le désir de ma haute pensée, Me fait voguer en mer de ta beauté, Espoir du fruit de ma grand' loyauté, Tient voile large à mon désir haussée. Mais cette voile ainsi en l'air dressée, Pour me conduire au port de privauté, Trouve en chemin un flot de cruauté,...