Château de Biron - Sabine Sicaud

Sur les chemins nus, plus personne. Couleur de sanguine pâlie Un horizon de bois frissonne. De quelle âpre mélancolie Nous enveloppe ici l’automne ? Un gémissement de poulie Survit seul en haut du puits rond. La cour d’honneur et le perron En vain parleraient...

La bruyère - Sabine Sicaud

Ô bruyère, bruyère, Je croyais te connaître et je ne savais rien De cette odeur mêlée à la rumeur légère Qui vient du fond des pignadas, qui vient Des longs pays qui sont les tiens, bruyère… – Je connaissais ta petite âme de chez nous, Ta petite âme éparse au pied de...

Le chemin des Hors-la-loi - Sabine Sicaud

C’est le chemin des Hors-la-loi Sans pavés. Sans poteaux ni bornes. Sans fils télégraphiques En portées de musique. Sans affiches rouges ou jaunes. Sans rivière, sans pont du Roy, Sans maisons, sans clochers, sans rien. Un chemin sans troupeau ni chien Sous une lune...

Les Fontanelles - Sabine Sicaud

Ce n’est qu’une maison blanche entre les arbres… Petites fontaines… Sans doute Il fut là parmi les reflets De sources et de ruisselets Tous ces bruits charmants qu’on se plaît À rêver le long d’une route. Grelots clairs, tendres ou follets, De sources et de...

Un médecin ? - Sabine Sicaud

Un médecin ? Mais alors qu’il soit beau ! Très beau. D’une beauté non pas majestueuse, Mais jeune, saine, alerte, heureuse ! Qu’il parle de plein air, non pas trop haut, Mais assez pour que du soleil entre avec lui. Qu’il sache rire – tant d’ennui Bâille aux quatre...

Chemins de l’Est - Sabine Sicaud

Quand j’étais Russe, il m’arrivait de m’appeler Katia, Masha, Tania. J’avais une niania, une baba, tout ce qui chante en " a " dans les noms russes. Dans notre isba Notre-Dame de Portchaïef luisait comme une étoile et dehors les étoiles luisaient comme la mosaïque de...

Le chemin des jardins - Sabine Sicaud

Jusqu’ici le cœur se cachait dans l’arbre et l’arbre touffu savait le défendre. Mais les émondeurs tourmentèrent l’arbre. Le cœur s’en alla. Dans le vieux jardin le lierre espéra. Mais le nouveau maître en voulait au lierre et tout ce qui grimpe et tout ce qui dure...

Les papillons de jour - Sabine Sicaud

Dans le ciel, une fleur de fève, Qui tourne et vole et cabriole… Flocons passant en farandoles Que la brise soulève… Ailes s’ouvrant comme des yeux… Papillons blancs, papillons bleus, Qu’attire l’odeur des corolles… Fleurs qui volent et cabriolent ! Gais feux...

Chemins du Nord - Sabine Sicaud

Lorsque " je pâlissais au nom de Vancouver " et que j’étais du Nord trop de froid traversait ma pelisse d’hiver et mon bonnet de bêtes mortes. Mes frères chassaient les oursons jusqu’au fond des grottes de fées ; du sang parlait sous leurs trophées, les Tomtes se...

La chanson du petit caillou - Sabine Sicaud

On le croit silencieux : moi je sais qu’il chante. Il chante, au bord du chemin, sa chanson de petit caillou. Mais comme il chante à voix basse, les hommes, d’ordinaire, n’en savent rien. A-t-il appris dans la rivière, ou sur le barrage du ruisseau, les secrets de...

Le chemin des veuves - Sabine Sicaud

Veuves – tant de veuves si veuves avec ce nom créé pour elles, avec ce noir comme preuve. Pauvre veuve. On dit : pauvre veuve, et c’est le malheur en série. Ah ! c’est un Dieu sourd que l’on prie. Veuve jeune, belle peut-être, ou vieille et seule un soir de vent. Ah !...

Les pèlerins de la dune - Sabine Sicaud

Les pins…Les pins aux verts cheveux, Aux sandales d’or et de cuivre, Un par un, deux par deux, Droit devant eux, S’en vont, comme ivres… Ivres de soleil, et de vent, Les bras tendus, penchés souvent – Tant le vent du large les pousse, Tant le soleil mord jusqu’au sang...

Chemins du Sud - Sabine Sicaud

Chemins du Sud avec un nom qui vous fait mal certains jours à force de creuser des nostalgies… Inscrits en rouge ou bleu sur le cristal de vos grandes agences de voyage, inscrits sur les navires au mouillage, sur l’avion postal ou sur l’oiseau qui craint le froid des...

La châtaigne - Sabine Sicaud

Peut-être un hérisson qui vient de naître ? Dans la mer, ce serait un oursin, pas bien gros… Ici, la boule d’un chardon – peut-être Ou le pompon sournois d’une bardane Ou d’un cactus ? Mais non, dans le bois qui se fane, Dans le bois sans piquants, moussu, discret et...

Le chemin du bonheur - Sabine Sicaud

Le bonheur ? Oh ! tant de visages… Petits et grands bonheurs, vieux et jeunes bonheurs, Bonheurs sans âge. Le brin d’herbe oublié derrière les faucheurs. Mon bonheur. Mon bonheur qui sent la fleur sauvage Mes doigts l’ont tant serré qu’ils en sont douloureux Et je ne...

Les vieux tilleuls - Sabine Sicaud

Peut-être, quelques temps, des gens se trouveront Pour dire : " Il était là des arbres vénérables " ; Mais d’une ombre si large, et fraîche, et secourable, Au seuil de ces maisons lasses, courbant le front ; D’une branche frôlant dans un geste qui berce Le mur du...

Cloches de Pâques - Sabine Sicaud

– Les cloches sont parties… Les grosses cloches les premières. Ou les petites, que sait-on ? si diverties, Si pimpantes de s’en aller toutes légères ! – Leur jupe bouffait autour d’elles ; Et le battant ne disait rien, Comme un oiseau blotti dans une cage. Elles...

La chèvre - Sabine Sicaud

L’herbe est si fraîche, ce matin, Que son velours tendre nous hante – Son velours neuf qui sent la menthe, Le jeune fenouil et le thym. La vache s’étire, gourmande, Vers le champ de trèfle voisin. Tous les verts bordent le chemin Du vert acide au vert amande. Mais...

Le chemin du guerrier - Sabine Sicaud

Et tous invoquaient Dieu Mon Dieu est grand Dit le guerrier qui va-t-en guerre. Je gagnerai la guerre. Mon Dieu est juste Dit le guerrier qui va-t-en guerre Contre l’autre guerrier. Le bon combat je gagnerai. Mon Dieu est le plus fort Dit le guerrier du Nord, Il m’a...

Maladie - Sabine Sicaud

Filliou…Je veux Filliou. Ne t’en va pas, Filliou. Ferme la porte. Sortir ? Pour aller où ? Dis ? Je ne veux pas que tu sortes ! J’ai tout le temps besoin de toi. Pour tout, Pour t’avoir là. Reste, Filliou… Si tu t’en vas, je sonnerai si fort, si fort, Que les...

Corrida de Muerte - Sabine Sicaud

Du sang… Je le sais trop. J’en ai l’horreur, Le remords comme vous qui chérissez les bêtes. Mais ce vertige de soleil ! cette couleur Des Goya qui bougent et chantent – ce que jette L’éclat des éventails, des fleurs, Des lèvres et des yeux sur les plazas en fête À...

La glycine - Sabine Sicaud

Ô beau pied de glycine Qui rampes sur le toit ! Glycine en fleurs, tendre glycine – bleu pavois Des grilles, des balcons, des murs trop neufs, des toits Trop vieux – souple glycine ! Ce matin, sous le ciel frémissant comme toi, C’est dans tes grappes et tes feuilles,...

Le chemin du moulin - Sabine Sicaud

Embranchement. Le moulin me fait signe. Ce n’est pas un moulin à vent Mais ses ailes battent dans l’eau secrètement Et ses canards sont blancs comme des cygnes. Ses colombes ont l’air du Saint-Esprit. Son porche A l’air de précéder une église. Au couchant Sa fenêtre à...

Médecins - Sabine Sicaud

Ne cherchez donc pas dans vos livres ! Est-il si compliqué de vivre ? Quel mal ils m’auront fait, ces tristes médecins… Je ne dis pas que ce soit à dessein Et l’on n’est pas toujours exprès des assassins ; Mais tant de drogues, de piqûres, Et si peu de savoir ? Ils me...

Dans le royaume où les images vivent… - Sabine Sicaud

Je vous ai tant aimé, Silence… Cher vieux Silence, reposant comme une eau plane. Vous ne me paraissiez jamais immense, Jamais inquiétant — mais diaphane Et doux autour de moi, rempart secret, Tour invisible et sûre… Bon Silence, Où l’on respire à l’aise et qu’on...

La main des dieux, tu peux refuser de la prendre - Sabine Sicaud

La main des dieux, tu peux refuser de la prendre. La main du mendiant, tu peux aussi. Toutes les mains qui frôleront la tienne, tu peux les oublier. La main de ton ami, ferme les doigts sur elle, et serre-la si fort que le sang de ton cœur y batte avec le sien au même...

Le cinéma - Sabine Sicaud

Trou d’ombre. Grotte obscure, où l’on sent, vaguement, Bouger des êtres. La pâleur de l’écran nu Comme une baie ouverte, au fond, sur l’inconnu… Musique en sourdine, tiédeur, chuchotements, Odeur de mandarine, De sucre d’orge et d’amandes grillées. Attente, carillon...

N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili - Sabine Sicaud

N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili. Elle est dans les chemins craquelés de l’été, dans la paille des meules, dans le bois sec de ton armoire, …si tu sais bien l’entendre. Elle est aussi dans le cri du criquet. Vassili, Vassili, parce que tu as froid, ce soir,...

Demain - Sabine Sicaud

Tout voir – je vous ai dit que je voulais tout voir, Tout voir et tout connaître ! Ah ! ne pas seulement le rêver… le pouvoir ! Ne pas se contenter d’une seule fenêtre Sur un même horizon, Mais dans chaque pays avoir une maison Et flâner à son gré de l’une à l’autre –...

La rose bleue - Sabine Sicaud

Je ne te connais pas, rose qui n’est pas rose, Ni couleur de soleil, ni de rouge velours, Ni d’un blanc de petite nonne, et qui me cause Une anxiété vague, étrange rose. Je ne te connais pas, je te sais quelque part, Chez le fleuriste en vogue – à l’abri d’une serre –...

Le cytise - Sabine Sicaud

Non, pas une glycine. Au lieu de grappes mauves, Ce sont des grappes d’or… On dirait des pendants d’oreilles de jadis, en bel or fauve… Ou des pastilles d’ambre, ou les confetti d’or Qui joncheraient, pour un grand mariage, Le tout petit sentier… C’est le décor Où des...

Ne me parle pas d’absence, toi qui ne sais pas - Sabine Sicaud

Ne parle pas d’absence, toi qui ne sais pas. Mets seulement ta joue contre la mienne. As-tu jamais interrogé la porte qui doit s’ouvrir pour le retour et désespéré… ? As-tu jamais, au petit jour, songé qu’on pourrait ne plus se revoir peut-être et imaginé ? …...

Des livres ? Soit… - Sabine Sicaud

Des livres ? Soit. Mais en hiver. Que le jardin soit gris, la vitre grise ! Que la brise, dehors, soit de la bise Et la chaleur, dedans, celle de tisons clairs. Des livres… Mais un ciel de Londres Et des larmes, sur les carreaux, en train de fondre… Manteaux sentant...

Le camélia rouge - Sabine Sicaud

Au milieu des plantes fragiles qu’une vitre épaisse défend, plusieurs boutons pointent, fragiles, un premier cocon vert se fend. Déjà, le long des pots d’argile, on devine du bleu, du blanc. Un cyclamen joue au volant, – soignez les petits pots d’argile – Mais plus...

Le funiculaire de la Rhune - Sabine Sicaud

Joujou de bois garni, le petit train se hisse Par des chemins à lui, dont on s’effraye un peu, Vers le sommet qui semble fuir, lilas et bleu… L’air vif sent l’arnica, le baume et la réglisse. Joujou de bois garni, le petit train se hisse. Les moutons étonnés le...

Ne regarde pas si loin, Vassili, tu me fais peur - Sabine Sicaud

Ne regarde pas si loin, Vassili, tu me fais peur. N’est-il pas assez grand le cirque des steppes ? Le ciel s’ajuste au bord. Ne laisse pas ton âme s’échapper au-delà comme un cheval sauvage. Tu vois comme je suis perdue dans l’herbe. J’ai besoin que tu me regardes,...

Diégo - Sabine Sicaud

Son nom est de là-bas, comme sa race. L’œil vif, le pas dansant, les cheveux noirs, C’est un petit cheval des sierras, qui, le soir, Longtemps, regarde vers le sud, humant l’espace. Il livre toute sa crinière au vent qui passe Et, près de son oreille, on cherche le...

Le carrefour - Sabine Sicaud

Est-ce ma route ? Soit. Pour aujourd’hui Je la suivrai jusqu’à la nuit. Au petit jour, demain, si je me suis trompée, Un Carrefour viendra. La flèche ou l’écriteau diront bien quelque chose Et tant pis pour la route où fleurit une rose. Les roses sont coupées. La...

Le jasmin - Sabine Sicaud

Un nom de fleur… Pour vous, ce n’est peut-être Qu’un nom charmant, sans plus. Il en est tant ! Pour d’autres, c’est peut-être, à la fin du printemps, Dans l’air tendre, un parfum qu’ils pensent reconnaître. La fleur même… ils l’ont vue un jour ; ils savent bien...

Nivôse - Sabine Sicaud

Laissez tomber les plumes de la neige… Les oiseaux qui les ont perdues apportent des nouvelles toutes blanches… Les ailes qui les ont perdues ont plané sur les Finlande et les Norvège. Elles ont caressé des forêts blanches et les vertigineuses étendues où le soleil...

Et que m’importe la coque de ton âme - Sabine Sicaud

Et que m’importe la coque de ton âme, qu’elle soit jeune ou vieille, épaisse ou fine ; que l’on t’appelle un homme ou une femme, que tu sois une cloche, un gong ou le grelot d’une source invisible, j’entendrai bien le son. Sabine...

Le chemin de Dieu - Sabine Sicaud

Il est plusieurs chemins dans le Royaume de mon père… S’ils se côtoient, se croisent ou s’ignorent, ont leurs pentes de joies, leurs gouffres, leurs clairières et leur faune et leur flore, n’importe. Il est plusieurs chemins. Il est plusieurs montagnes de hauteur...

Le papillon de nuit - Sabine Sicaud

Dans le ciel, une fleur sombre Va silencieusement… Petite barque ramant, Avion planant dans l’ombre. Sur les ailes, de gros yeux… Quel oiseau mystérieux, Velu, menu, va, ramant, Va silencieusement ? C’est à l’heure où les parfums Se dégagent un à un Des géraniums trop...

Pluviôse - Sabine Sicaud

Il pleut. Il pleut à petit bruit Sur le vieux chemin de traverse… – Quel Dieu, pour nous punir te verse, Ô campagne, le jour, la nuit, Cette pluie à si menu bruit ? – C’est comme un chagrin qui nous suit Et goutte à goutte nous transperce, Un gris sans fin qui porte...

Ah ! Laissez-moi crier - Sabine Sicaud

Ah ! Laissez-moi crier, crier, crier … Crier à m’arracher la gorge ! Crier comme une bête qu’on égorge, Comme le fer martyrisé dans une forge, Comme l’arbre mordu par les dents de la scie, Comme un carreau sous le ciseau du vitrier… Grincer, hurler, râler ! Peu me...

Fafou - Sabine Sicaud

Chimère, dromadaire, kangourou ? Non. Rien que cette ombre chinoise, Fafou, sur la fenêtre, à contre-jour, Fafou, Toute seule et pensive… Un fuchsia pavoise L’écran vert derrière elle, et j’entends, à deux pas, Des oiseaux qui l’ont vue et s’égosillent. Fafou se pose...

Le chemin de l’oiseau - Sabine Sicaud

Je ne choisirai pas cette route ni l’autre Où des oiseaux tout court ont trop chanté À la saison des chasses. On a trahi partout leurs souvenirs de l’Arche Et saint François ne leur a plus parlé. Saint Hubert, Saint Hubert : Plumes que vent emporte ; Plumes et...

Le petit cèpe - Sabine Sicaud

Va, je te reconnais, jeune cèpe des bois… Au bord du chemin creux, c’est bien toi que je vois Ouvrant timidement ton parapluie. A-t-il plu cette nuit sur la ronce et la thuie ? Déjà, le soleil tendre essuie Les plus hautes feuilles du bois… Tu voulais garantir les...

Potager basque - Sabine Sicaud

Le rouge du piment, celui de la tomate, Luisent joyeusement contre le petit mur. Le bel oignon de cuivre et le melon trop mûr Joignent leur blondeur fauve à la gamme écarlate. Des grains de malaga qui font songer aux dattes Achèvent de confire au haut du petit mur. Le...

Au jardin - Sabine Sicaud

Le bébé, dans le jardin, Comme un petit chat se glisse. " Bonjour ! " dit le romarin. " Je sens bon " dit la mélisse. " Comme il fait beau ce matin ! " Dit le coq aux plumes lisses. " Fait beau ? " disent les poussins. " Beau " dit leur maman nourrice. " Veux-tu nous...

Il est parti sur son cheval, dans l’herbe - Sabine Sicaud

Il est parti sur son cheval, dans l’herbe. Le vent du Nord le cingle, mais il feint de promener son cheval. On dit : " Comme il oublie déjà. la terre lui paraît toujours belle. " Mais son cheval croit porter un fantôme et tourne la tête pour le regarder. Il a sifflé...

Le chemin des arbres - Sabine Sicaud

I. Le chemin du cèdre J’ai rencontré le cèdre Nous nous sommes tous deux reconnus. Il m’a dit : " C’est toi, toi que je sais, dont les bras sont enduits de ma résine blanche et dont les cheveux brillent de mes fines aiguilles et dont les poches craquent de mes pommes...

Le premier cyclamen - Sabine Sicaud

Il est petit… c’est un bébé. Sa première fleur est ouverte. On dirait un volant tombé Sur le bord de raquettes vertes. Dix feuilles rondes à pois blancs Sur des tiges rose praline… Bulbe gonflé, qui fait semblant De dormir sur la terre fine… Chut ! Deux autres boutons...

Quand j’habitais Florence - Sabine Sicaud

Quand j’habitais Florence avec tous mes parents, Ma mère, ma grand-mère et l’arrière grand-mère Aux longs cheveux d’argent, J’aimais tant les iris de nos jardins toscans Et le parfum de leur terre légère… Ah ! le printemps, depuis, n’est plus un vrai printemps ! Il...

Aux médecins qui viennent me voir - Sabine Sicaud

Je ne peux plus, je ne peux plus, vous voyez bien… C’est tout ce que je puis. Et vous me regardez et vous ne faites rien. Vous dites que je peux, vous dites – aujourd’hui Comme il y a des jours et des jours – que l’on doit Lutter quand même et vous ne savez pas Que...

L’allée des bambous - Sabine Sicaud

Je sais un tunnel, un tunnel au porche vert, Où nul train ne passe… L’été, le soleil y sème, de place en place, De petites mosaïques ; l’hiver, La neige le fleurit de blanc ; mais il est vert, Tout vert dessous, et les moineaux s’y tassent, Chaque soir, en pelotes...

Le chemin des chansons - Sabine Sicaud

C’est la chanson du pauvre noir, sa chanson de route. Dans l’île, de sa case où la nuit chaude écoute, cette chanson est née. D’une voix basse et résignée, elle berce les pauvres noirs dans toutes les îles. C’est la chanson de l’Homme jaune au fond des rizières. Elle...

Le tamaris - Sabine Sicaud

Tout l’hiver, le laurier t’a bravé. Tout l’hiver, Les deux ifs, s’éventant de leurs franges épaisses, Tout dit : " N’aimes-tu pas cette fraîcheur de l’air ? " Et le cèdre était vert, le cyprès était vert, Et les bambous avaient des gestes d’allégresse, Et le palmier...

Sur une visite aux Studios Gaumont - Sabine Sicaud

Je vous dois cette chose Avoir vu devant moi s’ouvrir la porte close, Comme celle d’Ali Baba, Sa caverne était là – sans voleurs – toute blanche Et bleue, et mauve, en ses feux allumés, son branle-bas, Ses décors, ses lointains d’étoffes et de planches. Studio… Temple...

Bonnets de bain - Sabine Sicaud

Voyez… voyez, la mer, comme un étang, Se jaspe de fleurs vives : Nénuphars éclatants, Rouges nélumbiums, iris jaunes des rives… Le vent du large semble avoir fauché cela Pour le jeter, dans le vieux port, en moisson folle. Moisson qui danse au chant des vagues,...

L’heure du platane - Sabine Sicaud

Sentez-vous cette odeur, cette odeur fauve et rousse de beau cuir neuf, chauffé par l’automne qui flambe ? Tous les cuirs du Levant sont là, venus ensemble de souks lointains saturés d’ambre et de santal. Des huiles et des gommes d’or les éclaboussent. En de jaunes...

Le chemin des chevaux - Sabine Sicaud

N’as-tu pas un cheval blanc Là-bas dans ton île ? Une herbe sauvage Croît-elle pour lui ? Ah ! Comme ses crins flottants Flottent dans les bras du vent Quand il se réveille ! Il dort comme un oiseau blanc Quelque part dans l’île. J’ai beau marcher dans la rue Comme...

Les bégonias - Sabine Sicaud

Ce sont les bégonias clairs couleur de fruits, couleur de chair, couleur de coquillages pâles. Bégonias aux lourds pétales couleur de perles et d’opales – couleur des fleurs aussi qui moururent hier – Ce sont les bégonias pâles. Bégonias si grands ouverts sentez-vous...

Thermidor - Sabine Sicaud

Des lézards et des chats suis-je la sœur ? D’où me vient cet amour des pierres chaudes Et de ce plein soleil où rôdent Comme des taches de rousseur ? Insectes roux, lumière vive Qui force les yeux à cligner ; Ample été dont on est baigné Sans qu’un frisson d’air vous...

Carte postale - Sabine Sicaud

Quand l’anémone rouge et les jacinthes bleues Fleurissent les parcs d’Angleterre, Une petite fille en robe rouge ou bleue Descend les escaliers de pierre. De green, les parterres, le lierre, Les beaux arbres jamais taillés Et les sous-bois pleins de jacinthes… En robe...

L’oustalet est vide - Sabine Sicaud

L’oustalet est vide. Il est éventré, l’on ne sait pourquoi. La guerre des hommes était loin d’ici… Les vents du pays sautaient par-dessus comme des cabris, Sans même effleurer son toit de joubarbes. Et le feu du ciel, qu’aurait-il puni dans ces quatre murs couleur de...

Le chemin des Hauts-Plateaux - Sabine Sicaud

I. C’est le chemin des Hauts-Plateaux, Le petit chemin sec en bordure du ciel. Un chêne rabougri s’y dresse entre les ronces. Des vallons bleus s’enfoncent Des deux côtés comme deux sillons d’eau Contre un vaisseau de pierre. Et l’herbe et la broussaille et la pierre...

Les fleurs de fèves - Sabine Sicaud

Une odeur de vanille, insistante, si douce… Les fèves sont en fleurs ! Un papillon, puis deux, entre les jeunes pousses – Déjà, ce long parfum plein de douceur… Il tient tout le vallon que suit la route, Il envahit la plaine, toute. Les fèves sont en fleurs… Nœuds de...

Tu te chaufferas au feu du paysan - Sabine Sicaud

– Tu te chaufferas au feu de paysan ? – Je me chaufferai au feu de paysan. – Tu auras de vieilles lampes à pétrole ? – Je les aurai. – Un jardin de curé ? – Un jardin de curé. – Et un pot de basilic ? – Et deux pots de basilic. Et ta pitié pour moi et ma pitié pour...

La Solitude - Sabine Sicaud

Solitude... Pour vous cela veut dire seul, Pour moi - qui saura me comprendre ? Cela veut dire : vert, vert dru, vivace tendre, Vert platane, vert calycanthe, vert tilleul. Mot vert. Silence vert. Mains vertes De grands arbres penchés, d'arbustes fous ; Doigts mêlés...

La paix - Sabine Sicaud

Comment je l'imagine ? Eh bien, je ne sais pas... Peut-être enfant, très blonde, et tenant dans ses bras Des branches de glycine ? Peut-être plus petite encore, ne sachant Que sourire et jaser dans un berceau penchant Sous les doigts d'une vieille femme qui...

Le chemin de crève-cœur - Sabine Sicaud

Un seul cœur ? Impossible Si c'est par lui qu'on souffre et que l'on est heureux. On dit : cœur douloureux, Cœur torturé, cœur en lambeaux - Puis : joyeux et léger comme un oiseau des Iles, Un cœur si grand, si lourd, si gros Qu'il n'y a plus de place Pour rien...

Le chemin de l'amour - Sabine Sicaud

Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi Avec ton beau visage. Si tu changes de nom, d'accent, de cœur et d'âge, Ton visage du moins ne me trompera pas. Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi La clarté patiente des étoiles. De la nuit, de la mer, des îles...

Le chemin de sable - Sabine Sicaud

Ne pas se rappeler en suivant ce chemin... Ne pas se rappeler... Je te donnais la main. Nos pas étaient semblables, Nos ombres s'accordaient devant nous sur le sable, Nous regardions très loin ou tout près, simplement. L'air sentait ce qu'il sent en ce moment. Le vent...

Les trois chansons - Sabine Sicaud

Entends la chanson de l'eau... Comme il pleut, comme il pleut vite ! Il semble que des grelots Dans la gouttière s'agitent. A l'abri dans ton dodo Entends la chanson de l'eau ! Entends la chanson du vent... Comme les branches s'agitent ! Les nids d'oiseaux, bien...

Premières feuilles - Sabine Sicaud

Vous vous tendez vers moi, vertes petites mains des arbres, Vertes petites mains des arbres du chemin. Pendant que les vieux murs un peu plus se délabrent, Que les vieilles maisons montrent leurs plaies, Vous vous tendez vers moi, bourgeons des haies, Verts petits...

Printemps - Sabine Sicaud

Et puis, c'est oublié. Ai-je pensé, vraiment, ces choses-là ? Bon soleil, te voilà Sur les bourgeons poisseux qui vont se déplier. Le miracle est partout. Le miracle est en moi qui ne me souviens plus. Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ; Il fait beau...

Quand je serai guérie - Sabine Sicaud

Filliou, quand je serai guérie, Je ne veux voir que des choses très belles... De somptueuses fleurs, toujours fleuries ; Des paysages qui toujours se renouvellent, Des couchers de soleil miraculeux, des villes Pleines de palais blancs, de ponts, de campaniles Et de...

Vigne vierge d'automne - Sabine Sicaud

Vous laissez tomber vos mains rouges, Vigne vierge, vous les laissez tomber Comme si tout le sang du monde était sur elles. A leur frisson, toute la balustrade bouge, Tout le mur saigne, Ô vigne vierge... Tout le ciel est imbibé D'une même lumière rouge. C'est comme...

Vous parler ? - Sabine Sicaud

Vous parler ? Non. Je ne peux pas. Je préfère souffrir comme une plante, Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul. Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las D'attendre, j'attendrai, de cette même attente. Ils souffrent seuls. On doit apprendre à...

Chemins de l'ouest - Sabine Sicaud

Pour qui vous a-t-on faits, grands chemins de l'Ouest ? Chemins de liberté que l'on suppose tels et qui mentez sans doute... Espaces où surgit le Popocatepelt, où le noir séquoia cerne d'étranges routes, où la faune et la flore ont de si vastes ciels que l'homme ne...

Douleur, je vous déteste - Sabine Sicaud

Douleur, je vous déteste ! Ah ! que je vous déteste ! Souffrance, je vous hais, je vous crains, j'ai l'horreur De votre guet sournois, de ce frisson qui reste Derrière vous, dans la chair, dans le cœur... Derrière vous, parfois vous précédant, J'ai senti cette chose...

Jours de fièvre - Sabine Sicaud

Ce que je veux ? Une carafe d'eau glacée. Rien de plus. Nuit et jour, cette eau, dans ma pensée, Ruisselle doucement comme d'une fontaine. Elle est blanche, elle est bleue à force d'être fraîche. Elle vient de la source ou d'une cruche pleine. Elle a cet argent flou...

La Grotte des Lépreux - Sabine Sicaud

Vallée du Gavaudun. Ne me parlez ni de la tour, Ni des belles ruines rousses, Ni de cette vivante housse De feuillages en demi-jour. La gorge est trop fraîche et trop verte ; La rivière, comme un serpent, S'y tord, à peine découverte Sous trop d'herbe où reste en...

La vieille femme de la lune - Sabine Sicaud

On a beaucoup parlé dans la chambre, ce soir. Couché, bordé, la lune entrant par la fenêtre, On évoque à travers un somnolent bien-être, La vieille qui, là-haut, porte son fagot noir. Qu'elle doit être lasse et qu'on voudrait connaître Le crime pour lequel nous...

Le chemin creux - Sabine Sicaud

Le vieux chemin creusé d'ornières ? Il a trop plu. Le vieux chemin de la Carrière, Celui du vieux moulin qui ne moud plus, Le chemin du Seigneur qui n'a plus de château, Le chemin du Bourreau, Le chemin de la malle-poste, Et ceux qui les croisaient, tous les chemins...