Soubs la tremblante courtine… - Théodore Agrippa d'Aubigné

Soubs la tremblante courtine De ces bessons arbrisseaux, Au murmure qui chemine Dans ces gazouillans ruisseaux, Sur un chevet touffu esmaillé des couleurs D'un million de fleurs, A ces babillars ramages D'osillons d'amour espris, Au fler des roses sauvages Et des...

Prière du matin - Théodore Agrippa d'Aubigné

Le Soleil couronné de rayons et de flammes Redore nostre aube à son tour : Ô sainct Soleil des Saincts, Soleil du sainct amour, Perce de flesches d'or les tenebres des ames En y rallumant le beau jour. Le Soleil radieux jamais ne se courrouce, Quelque fois il cache...

Au temps que la feille blesme… - Théodore Agrippa d'Aubigné

Au temps que la feille blesme Pourrist languissante à bas, J'allois esgarant mes pas Pensif, honteux de moy mesme, Pressant du pois de mon chef Mon menton sur ma poitrine, Comme abatu de ruine Ou d'un horrible meschef. Après, je haussois ma veuë, Voiant, ce qui me...

Misères - Théodore Agrippa d’Aubigné

... Tout logis est exil ; les villages champêtres, Sans portes et planchers, sans portes et fenêtres, Font une mine affreuse, ainsi que le corps mort Montre, en montrant les os, que quelqu'un lui fait tort. Les loups et les renards et les bêtes sauvages Tiennent place...

Pseaume troisième - Théodore Agrippa d’Aubigné

Dieu quel amas herissé de mutins, quel peuple ramassé ! Ô que de folles rumeurs, et que de vaines fureurs ! Ils ont dit : Cet homme est misérable, le pauvre ne sent prest Rien de secours de ce lieu, rien de la force de Dieu. Mais c'est mentir à eux : Dieu des miens...

Jugement (1) - Théodore Agrippa d’Aubigné

Enfants de vanité, qui voulez tout poli, qui le style saint ne semble assez joli, Qui voulez tout coulant, et coulez périssables Dans l'éternel oubli, endurez mes vocables Longs et rudes ; et, puisque les oracles saints Ne vous émeuvent pas, aux philosophes vains Vous...

Mais quoi ! c'est trop chanté... - Théodore Agrippa d’Aubigné

Mais quoi ! c'est trop chanté, il faut tourner les yeux Éblouis de rayons dans le chemin des cieux. C'est fait, Dieu vient régner, de toute prophétie Se voit la période à ce point accomplie. La terre ouvre son sein, du ventre des tombeaux Naissent des enterrés les...

La chambre dorée - Théodore Agrippa d’Aubigné

" Eh bien ! vous, conseillers de grandes compagnies, Fils d'Adam qui jouez et des biens et des vies, Dites vrai, c'est à Dieu que compte vous rendez. Rendez-vous la justice ou si vous la vendez ? Plutôt, âmes sans loi, parjures, déloyales, Vos balances, qui sont...

Voici la mort du ciel... - Théodore Agrippa d’Aubigné

Voici la mort du ciel en l'effort douloureux Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux. Le ciel gémit d'ahan, tous ses nerfs se retirent, Ses poumons près à près sans relâche respirent. Le soleil vêt de noir le bel or de ses feux, Le bel œil de ce monde est...

Prière du soir - Théodore Agrippa d’Aubigné

Dans l'épais des ombres funèbres, Parmi l'obscure nuit, image de la mort, Astre de nos esprits, sois l'étoile du Nord, Flambeau de nos ténèbres. Délivre-nous des vains mensonges Et des illusions des faibles en la foi : Que le corps dorme en paix, que l'esprit veille à...

Réveil - Théodore Agrippa d’Aubigné

Arrière de moi vains mensonges, Veillants et agréables songes, Laissez-moi, que je dorme en paix : Car bien que vous soyez frivoles, C'est de vous qu'on vient aux paroles, Et des paroles aux effets. Voyez au jardin les pensées De trois violets nuancées, Du fond...

Jugement (2) - Théodore Agrippa d’Aubigné

... Voici la mort du ciel en l'effort douloureux Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux. Le Ciel gémit d'ahan ; tous ses nerfs se retirent ; Ses poumons près à près sans relâche respirent. Le Soleil vêt de noir le bel or de ses feux ; Le bel œil de ce...

Les tragiques - Théodore Agrippa d’Aubigné

Livre I - Misères (vers 97 à 130) Je veux peindre la France une mère affligée,Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux boutsDes tétins nourriciers ; puis, à force de coupsD'ongles, de poings, de pieds, il brise le...

Les Plus Beaux Poèmes de Théodore Agrippa d’Aubigné

Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes les plus célèbres et les plus beaux de Théodore Agrippa d’Aubigné, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables de ce poète en me basant sur mes préférences...

En un petit esquif éperdu, malheureux - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet II. En un petit esquif éperdu, malheureux, Exposé à l'horreur de la mer enragée, Je disputais le sort de ma vie engagée Avec les tourbillons des bises outrageux. Tout accourt à ma mort : Orion pluvieux Crève un déluge épais, et ma barque chargée De flots avec...

Ores qu'on voit le Ciel - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet LXXXIV. Ores qu'on voit le Ciel en cent mille bouchons Cracheter sur la terre une blanche dragée, Et que du gris hyver la perruque chargée Enfarine les champs de neige, et de glaçons, Je veux garder la chambre, et en mille façons Meurtrir de coups plombez ma...

Ainsi l'amour et la fortune - Théodore Agrippa d'Aubigné

Ode V. Ainsi l'amour et la fortune, Tous deux causes de mes douleurs, Donnent à mes nouveaux malheurs Leur force contraire et commune, Ainsi la fortune et l'amour, D'une force unie et contraire Veulent avancer et distraire Mes rages et mon dernier jour. Tous deux pour...

Extase - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet LXX bis. Ainsi l'amour du Ciel ravit en ces hauts lieux Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde Va soupirant çà bas à liberté seconde De soupirs poursuivant l'âme jusques aux Cieux. Vous courtisez le Ciel, faibles et tristes yeux, Quand votre âme n'est...

À l'éclair violent de ta face divine - Théodore Agrippa d'Aubigné

À l'éclair violent de ta face divine, N'étant qu'homme mortel, ta céleste beauté Me fit goûter la mort, la mort et la ruine Pour de nouveau venir à l'immortalité. Ton feu divin brûla mon essence mortelle, Ton céleste m'éprit et me ravit aux Cieux, Ton âme était divine...

Je brûle avec mon âme - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet XCVI. Je brûle avec mon âme et mon sang rougissant Cent amoureux sonnets donnés pour mon martyre, Si peu de mes langueurs qu'il m'est permis d'écrire Soupirant un Hécate, et mon mal gémissant. Pour ces justes raisons, j'ai observé les cent : A moins de cent...

Amour qui n'est qu'amour - Théodore Agrippa d'Aubigné

Stance XXI. Amour qui n'est qu'amour, qui vit sans espérance, De soi-même par soi par soi-même agité, Qui naquit éternel vif à l'éternité Qui surpasse en aimant l'âme et la connaissance, Que cet amour est près de la divinité ! On dit qu'amour est feu, le feu est de...

Je confesse, j'eu tort - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet XCIII. Je confesse, j'eu tort, quand d'un accent amer Sans feindre j'esclatay mes passions sans feinte, Je devoy retenir ceste douleur esteincte Sans prodiguer ainsi les nymphes dans la mer. Mais quoi ! ma passion est trop forte à charmer Pour défendre à mes...

Pauvre peintre aveuglé - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet XXIV. Pauvre peintre aveuglé, qu'est-ce que tu tracassesA ce petit portrait où tu perds ton latin,Essayant d'égaler de ton blanc argentinOu du vermeil, le lys et l'oeillet de sa face ? Ce fat est amoureux, et veut gagner ma place.Il lui peint pour le front, la...

Auprès de ce beau teint - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet XLII. Auprès de ce beau teint, le lys en noir se change, Le lait est basané auprès de ce beau teint, Du cygne la blancheur auprès de vous s'éteint Et celle du papier où est votre louange. Le sucre est blanc, et lorsqu'en la bouche on le range Le goût plait,...

Larmes - Théodore Agrippa d'Aubigné

À Suzanne de Lezay, la femme de l'auteur. J'ai couvert mes plaintes funèbres Sous le voile noir des ténèbres, La nuit a gardé mes ennuis, Le jour mes allégresses feintes ; Cacher ni feindre je ne puis, Pour ce que les plus longues nuits Sont trop courtes à mes...

Pressé de désespoir - Théodore Agrippa d'Aubigné

Stance VIII. Pressé de désespoir, mes yeux flambants je dresse À ma beauté cruelle, et baisant par trois fois Mon poignard nu, je l'offre aux mains de ma déesse, Et lâchant mes soupirs en ma tremblante voix, Ces mots coupés je presse : " Belle, pour étancher les...

Le miel sucré de votre grâce - Théodore Agrippa d'Aubigné

Stance X. Le miel sucré de vostre grâce, Le bel astre de vostre face Meurtrière de tant de cueurs Ne sorte de ma souvenance ; Mais où prendray-je l'espérance De guérison pour mes douleurs ? Je sens bien mon âme incensée Se transir sur vostre pancée Et sur le souvenir...

Prière de l'auteur - Théodore Agrippa d'Aubigné

Prisonnier de guerre et condamné à mort. Lors que ma douleur secrète, D'un cachot aveugle jette Maint soupir empoisonné, Tu m'entends bien sans parole. Ma plainte muette vole Dans ton sein déboutonné. Je veux que mon âme suive, Ou soit libre, ou soit captive, Tes...

Bien que la guerre soit âpre - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet X. Bien que la guerre soit âpre, fière et cruelle Et qu'un douteux combat dérobe la douceur, Que de deux camps mêlés l'une et l'autre fureur Perde son espérance, et puis la renouvelle, Enfin, lors que le champ par les plombs d'une grêle Fume d'âmes en haut,...

Puisque le corps blessé - Théodore Agrippa d'Aubigné

Stance VII. Puisque le cors blessé, mollement estendu Sur un lit qui se courbe aux malheurs qu'il suporte Me faict venir au ronge et gouster mes douleurs, Mes membres, jouissez du repos pretendu, Tandis l'esprit lassé d'une douleur plus forte Esgalle au corps bruslant...

L'hiver du sieur d'Aubigné - Théodore Agrippa d'Aubigné

Mes volages humeurs, plus stériles que belles, S'en vont, et je leur dis : " Vous sentez, hirondelles, S'éloigner la chaleur et le froid arriver. Allez nicher ailleurs pour ne fâcher, impures, Ma couche de babil et ma table d'ordures ; Laissez dormir en paix la nuit...

Combattu des vents et des flots - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet IV. Combattu des vents et des flots, Voyant tous les jours ma mort preste, Et abayé d'une tempeste D'ennemis, d'aguetz, de complotz, Me resveillant à tous propos, Mes pistolles dessoubz ma teste, L'amour me fait faire le poète, Et les vers cerchent le repos....

Liberté douce et gracieuse - Théodore Agrippa d'Aubigné

Stance IX. Liberté douce et gracieuse, Des petits animaux le trésor, Ah liberté, combien es-tu plus précieuse Ni que les perles ni que l'or ! Suivant par les lois à la chasse Les escureux sautans, moi qui estoit captif, Envieux de leur bien, leur malheur je prochasse,...

Complainte à sa dame - Théodore Agrippa d'Aubigné

Ne lisez pas ces vers, si mieux vous n'aimez lire Les escrits de mon coeur, les feux de mon martyre : Non, ne les lisez pas, mais regardez aux Cieux, Voyez comme ils ont joint leurs larmes à mes larmes, Oyez comme les vents pour moy levent les armes, A ce sacré papier...

Mille baisers perdus - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet LVIII. Mille baisers perdus, mille et mille faveurs, Sont autant de bourreaux de ma triste pensée, Rien ne la rend malade et ne l'a offensée Que le sucre, le ris, le miel et les douceurs. Mon coeur est donc contraire à tous les autres coeurs, Mon penser est...

Contre la présence réelle - Théodore Agrippa d'Aubigné

N'est-ce point sans raison que ces champis désirent Etre sur les humains respectés en tous lieux, Car ils sont demi-dieux, puisque leurs pères tirent Leur louable excrément de substance des Dieux. Et si vous adorez un ciboire pour être Logis de votre Dieu, vous devez,...

Si je pouvais porter dedans le sein - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet XXIII. Si je pouvoy' porter dedans le sein, Madame, Avec mon amitié celle que j'ayme aussi, Je ne me plongeroy au curieux souci Qui dévore mes sens d'une ennuyeuse flamme. Doncques pour arrester l'aiguillon qui m'entame Donnez moy ce pourtraict, où je puisse...

Dans le parc de Thalcy - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet XXXI. Dans le parc de Thalcy, j'ai dressé deux plançons Sur qui le temps faucheur ni l'ennuyeuse estorse Des filles de la nuit jamais n'aura de force, Et non plus que mes vers n'éteindra leurs renoms. J'ai engravé dessus deux chiffres nourrissons D'une ferme...

Nos désirs sont d'amour - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet LXXIII. Nos désirs sont d'amour la dévorante braise, Sa boutique nos corps, ses flammes nos douleurs, Ses tenailles nos yeux, et la trempe nos pleurs, Nos soupirs ses soufflets, et nos sens sa fournaise. De courroux, ses marteaux, il tourmente notre aise Et sur...

Diane, ta coutume est de tout déchirer - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet LXXXIX. Diane, ta coutume est de tout déchirer, Enflammer, débriser, ruiner, mettre en pièces, Entreprises, desseins, espérances, finesses, Changeant en désespoir ce qui fait espérer. Tu vois fuir mon heur, mon ardeur empirer, Tu m'as sevré du lait, du miel de...

Sort inique et cruel - Théodore Agrippa d'Aubigné

Sonnet XCV. Sort inique et cruel ! le triste laboureur Qui s'est arné le dos à suivre sa charrue, Qui sans regret semant la semence menue Prodigua de son temps l'inutile sueur, Car un hiver trop long étouffa son labeur, Lui dérobant le ciel par l'épais d'une nue,...

Ce doux hiver qui égale ses jours - Théodore Agrippa d’Aubigné

Ce doux hiver qui égale ses jours À un printemps, tant il est aimable, Bien qu’il soit beau, ne m’est pas agréable, J’en crains la queue, et le succès toujours. J’ai bien appris que les chaudes amours, Qui au premier vous servent une table Pleine de sucre et de mets...

L’Hyver (L'Hiver) - Théodore Agrippa d’Aubigné

Mes volages humeurs, plus sterilles que belles, S’en vont ; et je leur dis : Vous sentez, irondelles, S’esloigner la chaleur et le froid arriver. Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures, Ma couche de babil et ma table d’ordures ; Laissez dormir en paix la...