Thisbé pour le portrait de Pyrame au peintre - Théophile de Viau

Fais-moi, de grâce, une peinture, Si tu fis jamais rien de beau, Toi qui des traits de ton pinceau Surpasses l'art et la nature, Mais sans prendre plus de loisir Que mon impatient désir Ne peut accorder à mon âme, Au moins apporte-moi demain Le portrait de l'œil de...

La maison de Sylvie par Théophile - Théophile de Viau

Ode I Pour laisser avant que mourir Les traits vivants d'une peinture Qui ne puisse jamais périr Qu'en la perte de la nature, Je passe de crayons dorés Sur les lieux les plus révérés Où la vertu se réfugie, Et dont le port me fut ouvert Pour mettre ma tête à couvert...

La pénitence de Théophile - Théophile de Viau

Aujourd'hui que les courtisans, Les bourgeois et les artisans, Et les peuples de la campagne, Pour noyer les soins du trépas Passent les excès d'Allemagne Dans leur voluptueux repas, Que le jeu, la danse et l'amour Occupent la nuit et le jour Des enfants de la douce...

La plainte de Théophile à son ami Tircis - Théophile de Viau

Tircis, tu connais bien dans le mal qui me presse, Qu'un peu d'ingratitude est jointe à ta paresse ; Tout contre mon brasier je te vois sommeiller, Et sa flamme et son bruit te devrait éveiller. Tu sais bien qu'il est vrai que mon procès s'achève, Qu'on va bientôt...

Lettre de Théophile à son frère - Théophile de Viau

Mon frère, mon dernier appui, Toi seul dont le secours me dure Et toi qui seul trouves aujourd'hui Mon adversité longue et dure, Ami ferme, ardent, généreux, Que mon sort le plus malheureux Pique d'aventure à le suivre, Achève de me secourir : Il faudra qu'on me...

Remerciement de Théophile à Corydon - Théophile de Viau

Filles du souverain des dieux, Belles princesses toutes nues Qui foulez ce mont glorieux Dont la vertu touche les nues, Chères germaines du Soleil, Devant qui la sœur du sommeil Voit toutes ses fureurs captives, Descendez de ce double mont, Et ne vous montrez point...

Requête de Théophile au Roi - Théophile de Viau

Au milieu de mes libertés, Dans un plein repos de ma vie, Où mes plus molles voluptés Semblaient avoir passé l'envie, D'un trait de foudre inopiné Que jeta le ciel mutiné Dessus le comble de ma joie, Mes desseins se virent trahis, Et moi d'un même coup la proie De...

Théophile à son ami Chiron - Théophile de Viau

Toi qui fais un breuvage d'eau Mille fois meilleurs et plus beau Que celui du beau Ganymède, Et qui lui donnes tant d'appas Que sa liqueur est un remède Contre l'atteinte du trépas, Penses-tu que malgré l'ennui Que me peut donner aujourd'hui L'horreur d'une prison si...

Le déguisé pour Monsieur le Premier - Théophile de Viau

Dans la félicité des grâces de vos yeux Dont l'éclat m'est si cher alors qu'il me consomme, Pouvant passer pour un des dieux, Ce que je suis n'est plus que le semblant d'un homme. Depuis que je vous vis, les clartés du soleil Ne furent plus pour moi qu'une lumière...

Maintenant que Cloris a juré de me plaire… - Théophile de Viau

Maintenant que Cloris a juré de me plaire Et de m'aimer mieux que devant. Je dépite le sort et crains moins sa colère Que le Soleil ne craint le vent. Cloris renouvelant ma chaîne presque usée, Et renforçant mes doux liens, M'a rendu plus heureux que l'ami de Thésée...

Ne me fais point aimer avecque tant de peine… - Théophile de Viau

Ne me fais point aimer avecque tant de peine, Dedans ma passion garde-moi l'âme saine, Tiens le plaisir des vers dans la fureur d'amour, Si j'ai souffert la nuit console-moi le jour, Quand tu m'auras blessé permets que je soupire, Et quand j'ai soupiré permets-moi de...

On n'avait point posé les fondements de Rome… - Théophile de Viau

On n'avait point posé les fondements de Rome, On n'avait point parlé du siège d'Ilion, La terre n'avait point reçu Deucalion, Ni Babel divisé le langage des hommes. Les sœurs de Phaéton ne pleuraient point la gomme, Les Géants n'avaient point monté le Pélion, Et celui...

Pour une amante captive - Théophile de Viau

Tyrannique respect, triste et fâcheux devoir, Qui tiens si rudement mes volontés contraintes, Dois-je mourir ici sans que je puisse avoir Autre soulagement que celui de mes plaintes ? Souffrirai-je, ô Tircis ! mon cœur gelé de craintes, Dans le désir brûlant que j'ai...

Élégie. A Monsieur de Pezé - Théophile de Viau

Unique confident de ma nouvelle flamme, Toi seul que j'ai laissé lire au fond de mon âme, Toi chez qui mon secret demeure sans danger, Qui sais comme tu dois me plaindre et me venger, Ecoute, je te prie, une plainte forcée Qu'un vif ressentiment arrache à ma pensée....

Un berger prophète - Théophile de Viau

Je vis dans ces lieux innocents, Où les esprits les plus puissants, Quittant leurs grandeurs souveraines, Suivent ma prophétique voix Dans le silence de nos bois Et dans le bruit de nos fontaines. Ici mon désir est ma loi, Mon entendement est mon roi, Je préside à mes...

Un fier démon, qui me menace… - Théophile de Viau

Un fier démon, qui me menace De son triste et funeste accent, Contre mon amour innocent Gronde la haine et la disgrâce. On me rapporte que tes yeux, Dans leurs paupières languissantes, N'avaient plus ces flammes puissantes Qui blessaient les âmes des dieux. Nature est...

Au Roi sur son retour du Languedoc - Théophile de Viau

Jeune et victorieux monarque Dont les exploits si glorieux Ont donné de l'envie aux dieux. Et de la frayeur à la Parque, Qu'attendez-vous plus des destins ? C'est assez puni de mutins, C'est assez démoli de villes, Nous savons bien que désormais La fureur des guerres...

Cloris, pour ce petit moment… - Théophile de Viau

Cloris, pour ce petit moment D'une volupté frénétique, Crois-tu que mon esprit se pique De t'aimer éternellement ? Lorsque mes ardeurs sont passées La raison change mes pensées, Et perdant l'amoureuse erreur, Je me trouve dans des tristesses Qui font que tes...

Dans ce climat barbare où le destin me range… - Théophile de Viau

Dans ce climat barbare où le destin me range, Me rendant mon pays comme un pays étrange, Desloges, je ne sais quel étourdissement Assoupit les aigreurs de mon bannissement : Je n'ai point soupiré depuis l'heure funeste Que je reçus ce trait de la fureur céleste. Ton...

Depuis ce triste jour qu'un adieu malheureux… - Théophile de Viau

Depuis ce triste jour qu'un adieu malheureux M'ôta le cher objet de mes yeux amoureux, Mon âme de mes sens fut toute désunie, Et privé que je fus de votre compagnie, Je me trouvai si seul avecque tant d'effroi Que je me crus moi-même être éloigné de moi. La clarté du...

Si quelquefois Amour permet que je respire… - Théophile de Viau

Si quelquefois Amour permet que je respire, Et que pour un moment j'écoute ma raison, Mon esprit aussitôt pense à ma guérison, Tâchant de m'affranchir de ce fâcheux empire. Il est vrai que mon mal ne peut devenir pire, Qu'un esclave serait honteux de ma prison, Et que...

Sur la paix de l'année M. DC. XX. - Théophile de Viau

Ode La paix trop longtemps désolée Revient aux pompes de la Cour, Et retire du mausolée Les jeux, les danses et l'amour. Au seul éclat de nos épées Les tempêtes sont dissipées ; Tous nos bruits sont ensevelis ; Mon Prince a fait cesser la guerre, Et la grâce a rendu...

Sur le ballet du Roi. Le forgeron pour le Roi - Théophile de Viau

Je ne suis point industrieux Comme ce forgeron des dieux, Dont les subtilités nuisibles Pour un chef-d'œuvre de son art, Dessous des filets invisibles Firent voir qu'il était cornard. Cet infâme aux creux étnéans Dessus les tombeaux des Géants, Enivré de souffre et de...

Que mon espoir est faible et ma raison confuse ! - Théophile de Viau

Que mon espoir est faible et ma raison confuse ! C'est bien hors de propos, Brûlant comme je fais, que mon esprit s'amuse À chercher du repos. Les remèdes plus doux qui touchent à ma plaie Irritent ma douleur, Et je suis en fureur quand mon discours s'essaie De ruiner...

Qui voudra pense à des empires… - Théophile de Viau

Qui voudra pense à des empires, Et avecque des vœux mutins S'obstine contre ses destins, Qui toujours lui deviennent pires ; Moi je demande seulement, Du plus sacré vœu de mon âme, Qu'il plaise aux dieux et à Madame, Que je brûle éternellement. Théophile de...

Satire seconde - Théophile de Viau

Connais-tu ce fâcheux qui contre la Fortune Aboie impudemment comme un chien à la Lune ? Et qui voudrait, ce semble, en détourner le cours Par l'importunité d'un outrageux discours ? D'une sotte malice en son âme il s'afflige Quand la faveur du Roi ses favoris oblige....

Si j'étais dans un bois poursuivi d'un lion… - Théophile de Viau

Si j'étais dans un bois poursuivi d'un lion, Si j'étais à la mer au fort de la tempête, Si les dieux irrités voulaient presser ma tête Du faix du mont Olympe et du mont Pélion, Si je voyais le jour que vit Deucalion Où la mort ne cuida laisser homme ni bête, Si pour...

Les Princes de Chypre - Théophile de Viau

Les lieux que nous avons laissés Sont beaucoup plus heureux qu'autres lieux de la terre ; Le dégoût de la paix, ni le peur de la guerre, Jamais ne les a menacés. Mars arrivant à la contrée, Que notre éloignement convertit en déserts, Hait le fer et la flamme, et veut...

Maintenant que Philis est morte… - Théophile de Viau

Maintenant que Philis est morte Et que l'amitié la plus forte Dont un cœur fut jamais atteint Est dans le sépulcre avec elle, Je crois que l'amour le plus saint N'a plus pour moi rien de fidèle. Cloris, c'est mentir trop souvent : Tes propos ne sont que du vent, Tes...

Mon espérance refleurit… - Théophile de Viau

Mon espérance refleurit, Mon mauvais destin perd courage, Aujourd'hui le Soleil me rit, Et le Ciel me fait bon visage. Mes maux ont achevé leur temps, Maintenant ma douleur se range, A la fin mes vœux sont contents, Amour a ramené mon ange. Dieux que j'ai si souvent...

Mon frère je me porte bien… - Théophile de Viau

Mon frère je me porte bien, La Muse n'a souci de rien, J'ai perdu cette humeur profane, On me souffre au coucher du Roi, Et Phébus tous les jours chez moi A des manteaux doublés de panne. Mon âme incague les destins, Je fais tous les jours des festins ; On me va...

Ode au Prince d'Orange - Théophile de Viau

Un esprit lâche et mercenaire, Qui d'une gloire imaginaire, Flatte les cœurs ambitieux, Lorsqu'il parle de vos louanges, Met les hommes plus vicieux A la comparaison des anges. Aussi bien, nue et sans appas, La pauvre Muse n'ose pas, Parmi les pompes où vous êtes,...

Quand j'aurai ce contentement… - Théophile de Viau

Quand j'aurai ce contentement De te voir sans empêchement, Objet unique de ma joie, Cher maître de ma volonté, À quoi voudras-tu que j'emploie Les heures de ma liberté ? Je ne veux point servir de nombre, Suivant après toi comme une ombre : Dès qu'un maître que...

Quand la Divinité, qui formait ton essence… - Théophile de Viau

Quand la Divinité, qui formait ton essence, Vit arriver le temps au point de ta naissance, Elle choisit au ciel son plus heureux flambeau Et mit dans un beau corps un esprit assez beau. La trempe que tu pris en arrivant au monde Etait du feu, de l'air, de la terre et...

Le soleil est devenu noir - Théophile de Viau

Un corbeau devant moi croasse, Une ombre offusque mes regards, Deux belettes et deux renards Traversent l'endroit où je passe, Les pieds faillent à mon cheval, Mon laquais tombe du haut mal, J'entends craqueter le tonnerre, Un esprit se présente à moi, J'ois Charon...

Esprits qui connaissez le cours de la nature… - Théophile de Viau

Esprits qui connaissez le cours de la nature, Vous seuls à qui le Ciel apprend sa volonté, Et dont les sentiments trouvent de la clarté Dans la plus noire nuit d'une chose future ; Célestes qui voyez mon âme à la torture, Qui savez le dédale où le sort m'a jeté ;...

Heureux, tandis qu'il est vivant… - Théophile de Viau

Heureux, tandis qu'il est vivant, Celui qui va toujours suivant Le grand maître de la nature Dont il se croit la créature. Il n'envia jamais autrui, Quand tous les plus heureux que lui Se moqueraient de sa misère, Le rire est toute sa colère. Celui-là ne s'éveille...

J'ai trop d'honneur d'être amoureux… - Théophile de Viau

J'ai trop d'honneur d'être amoureux, Et vois bien que les plus heureux Ont droit de me porter envie : Mais quoi que menace le sort, Je puis bien défier la mort Puisque vous possédez ma vie. Les plus dévotieux mortels, Rendant leur service aux autels Qu'on dresse aux...

Je jure le jour et la nuit… - Théophile de Viau

Je jure le jour et la nuit Et la froide horreur de la nuit Où la tristesse me convie, Que le temps de mon amitié Doit plus durer de la moitié Que ne fait celui de ma vie. Après que mon suprême jour M'aura porté dans le séjour Des âmes mieux favorisées, Mon âme versera...

Je passe mon exil parmi de tristes lieux… - Théophile de Viau

Je passe mon exil parmi de tristes lieux, Où rien de plus courtois qu'un loup ne m'avoisine, Où des arbres puants fourmillent d'écurieux, Où tout le revenu n'est qu'un peu de résine, Où les maisons n'ont rien plus froid que la cuisine, Où le plus fortuné craint de...

Je pensais au repos, et le céleste feu… - Théophile de Viau

Je pensais au repos, et le céleste feu Qui me fournit des vers s'alentissait un peu, Lorsque le messager qui m'a rendu ta lettre, Dans ma première ardeur m'est venu tout remettre. J'ai d'abord à peu près deviné ton dessein ; Et dès lors que mes yeux ont reconnu ton...

Depuis qu'on m'a donné licence d'espérer… - Théophile de Viau

Depuis qu'on m'a donné licence d'espérer, Je me trouve obligé d'aimer ma servitude ; Je n'accuserai plus Cloris d'ingratitude, Puisqu'elle me permet l'honneur de l'adorer. Je crois qu'après cela tout me doit prospérer, Que mon amour sera franc de sollicitude, Et que...

Désespoirs amoureux. Stances - Théophile de Viau

Eloigné de vos yeux où j'ai laissé mon âme, Je n'ai de sentiment que celui du malheur, Et sans un peu d'espoir, qui luit parmi ma flamme, Mon trépas eût été ma dernière douleur. Plût au Ciel qu'aujourd'hui la terre eût quitté l'onde, Que les rais du soleil fussent...

Dis-moi, Tircis, sans vanité… - Théophile de Viau

Dis-moi, Tircis, sans vanité, Remarques-tu que la beauté, Qui tient ton esprit et ta vie, Ait pour toi quelque peu d'amour ? Connais-tu bien qu'elle ait envie De te le témoigner un jour ? Elle est si parfaite et si belle Que sans blâme d'être cruelle Elle peut...

Élégie - Théophile de Viau

Chère Philis, j'ai bien peur que tu meures Dans ce désert si triste où tu demeures. Hélas ! quel sort te peut là retenir ? A quoi se peut ton âme entretenir ? Ta fantaisie est-elle point passée ? L'aurais-tu bien encor en la pensée ? Te souvient-il de la Cour ni de...

Enfin guéri d'une amitié funeste… - Théophile de Viau

Enfin guéri d'une amitié funeste, A mon esprit désormais il ne reste Qu'un sentiment de juste déplaisir D'avoir langui d'un si mauvais désir. Bien malheureux d'avoir dans la pensée Le souvenir de ma fureur passée, Qui fut honteuse et dont je me repens, Dorénavant plus...

Enfin mon amitié se lasse… - Théophile de Viau

Enfin mon amitié se lasse, Je suis forcé de me guérir, L'amour qui me faisait périr, Tous les jours peu à peu se passe. J'ai rappelé mon jugement, J'ai fait vœu d'aimer sagement, Je rougis de ma servitude, Et proteste devant les dieux Que je hais ton ingratitude Plus...

Épigramme – Grâce à ce comte libéral… - Théophile de Viau

Grâce à ce comte libéral, Et à la guerre de Mirande : Je suis poète et caporal, O dieux, que ma fortune est grande ! O combien je reçois d'honneur Des sentinelles que je pose ! Le sentiment de ce bonheur Fait que jamais je ne repose : Si je couche sur le pavé, Je n'en...

Déjà trop longuement la paresse me flatte… - Théophile de Viau

Déjà trop longuement la paresse me flatte, Et je sens qu'à la fin elle devient ingrate ; J'ai donné trop de temps à mon propre plaisir, Pour trop de liberté j'ai manqué de loisir : Je veux effrontément avecque mon salaire, Nourrir à tes dépens le souci de me plaire....

A Philis. Stances - Théophile de Viau

Ha ! Philis, que le Ciel me fait mauvais visage ! Tout me fâche et me nuit, Et, réservé l'amour et le courage, Rien de bon ne me suit. Les astres les plus doux ont conjuré ma perte, Je n'ai plus nul soutien ; La Cour me semble une maison déserte Où je ne trouve rien....

Apollon champion - Théophile de Viau

Moi de qui les rayons font les traits du tonnerre, Et de qui l'univers adore les autels ; Moi dont les plus grands dieux redouteraient la guerre, Puis-je sans déshonneur me prendre à des mortels ? J'attaque malgré moi leur orgueilleuse envie, Leur audace a vaincu ma...

Au Roi - Théophile de Viau

Cher objet des yeux et des cœurs, Grand Roi, dont les exploits vainqueurs N'ont rien que de doux et d'auguste, Usez moins de votre amitié, Vous perdrez ce titre de juste Si vous usez trop de pitié. Quand un Roi par tant de projets Voit dans l'âme de ses sujets Son...

Au roi sur son exil - Théophile de Viau

Ode Celui qui lance le tonnerre, Qui gouverne les éléments, Et meut avec des tremblements La grande masse de la terre, Dieu qui vous mit le sceptre en main, Qui vous le peut ôter demain, Lui qui vous prête sa lumière, Et qui, malgré les fleurs de lys, Un jour fera de...

Au Roi. Étrenne - Théophile de Viau

Le dessein que j'avais de saluer le Roi, Et de lui faire un don de mes vers et de moi, D'une vieille coutume aux présents ordonnée, Attendait que le temps recommençât l'année. Mais mon juste devoir ne s'est pu retenir, Je trouve que ce jour est trop long à venir, Et...

Ballet. Vénus aux Reines - Théophile de Viau

Lorsque je sortis de la mer Moins couverte d'eau que de flammes, La beauté qui me fait aimer, Me destina reine des âmes, Et me dit que je céderai A vos yeux qu'elle a fait mes rois. Le Soleil montrant son flambeau Par Cythère et par Amathonte, Lorsqu'il eut vu le mien...

Cloris, ma franchise est perdue… - Théophile de Viau

Cloris, ma franchise est perdue, Mais quand, pour guérir mon ennui, Quelque Dieu me l'aurait rendue, Mon âme se plaindrait de lui. Toute la force et l'industrie Que j'opposais à la furie. De mes travaux trop rigoureux, A fait des efforts inutiles, Car mes sentiments...

Consolation à M. D. L. Stances - Théophile de Viau

Donne un peu de relâche au deuil qui t'a surpris, Ne t'oppose jamais aux droits de la nature, Et pour l'amour d'un corps ne mets point tes esprits Dedans la sépulture. La mort dans tes regrets à toi se présentant, Te fait voir qu'elle n'est qu'horreur et que misère ;...

Dans ce temple, où la passion… - Théophile de Viau

Dans ce temple, où la passion Me mit dedans le cœur les beautés de Madame, Je bénissais l'Amour encore que sa flamme Détournât ma dévotion. Au lieu de penser à nos dieux J'adorais, vous voyant, l'image de Diane, Et m'estimais heureux de devenir profane En me...

A Monsieur de Montmorency - Théophile de Viau

Ode Lorsqu'on veut que les Muses flattent Un homme qu'on estime à faux, Et qu'il faut cacher cent défauts Afin que deux vertus éclatent, Nos esprits, d'un pinceau divers, Par l'artifice de nos vers, Font le visage à toutes choses, Et dans le fard de leurs couleurs...

A Monsieur du Fargis - Théophile de Viau

Je ne m'y puis résoudre, excuse-moi de grâce, Ecrivant pour autrui je me sens tout de glace ; Je te promis, chez toi, des vers pour un amant Qui se veut faire aider à peindre son tourment ; Mais pour lui satisfaire, et bien peindre sa flamme, Je voudrais par avant...

A Monsieur le Duc de Luynes - Théophile de Viau

Ode Écrivains toujours empêchés Après des matières indignes, Coupables d'autant de péchés Que vous avez noirci de lignes, Je m'en vais vous apprendre ici, Quel dût être votre souci, Et dessus les justes ruines De vos ouvrages criminels, Avecque des vers éternels,...

A Monsieur le Marquis de Buckingham - Théophile de Viau

Ode Vous pour qui les rayons du jour Sont amoureux de cet empire Que Mars redoute et que l'Amour Ne saurait voir qu'il ne soupire ; C'est bien avecque du sujet Qu'un grand Roi vous a fait l'objet D'une affection infinie Et que toutes les nations Ont permis que votre...

A Philis. Ode - Théophile de Viau

Aussi franc d'amour que d'envie Je vivais loin de vos beautés Dans les plus douces libertés Que la raison donne à la vie. Mais les regards impérieux Qu'Amour tire de vos beaux yeux M'ont bien fait changer de nature. Ah ! que les violents désirs Que me donna cette...

A Cloris. Stances - Théophile de Viau

S'il est vrai, Cloris, que tu m'aimes, Mais j'entends que tu m'aimes bien, Je ne crois point que les rois mêmes Aient un heur comme le mien. Que la mort serait importune De venir changer ma fortune A la félicité des dieux ! Tout ce qu'on dit de l'ambroisie Ne touche...

A elle même - Théophile de Viau

Puisqu'en cet accident le sort nous désoblige, Je crois que tout le monde avecque vous s'afflige, Et ce commun malheur qui trouble l'univers, Reprocherait un crime aux lois de la nature Sinon que cette mort a fait naître vos vers Dont l'aimable douceur efface son...

A feu Monsieur de Lozières - Théophile de Viau

Ode Mon Dieu que la franchise est rare ! Qu'on trouve peu d'honnêtes gens ! Que la Fortune et ses régents Sont pour moi d'une humeur avare ! Lozières, personne que toi, Dans les troubles où je me vois, Ne me montre un œil favorable : Tout ne me fait qu'empêchement, Et...

Les Plus Beaux Poèmes de Théophile de Viau

Si vous souhaitez lire ou relire les poèmes les plus célèbres et les plus beaux de Théophile de Viau, vous êtes au bon endroit. Bien que l’art soit subjectif, j’ai tenté de sélectionner des poèmes incontournables de ce poète en me basant sur mes préférences...

A monsieur de L... sur la mort de son père - Théophile de Viau

Ode Ôte-toi, laisse-moi rêver. Je sens un feu se soulever Dont mon âme est toute embrasée. Ô beaux prés, beaux rivages verts, Ô grands flambeaux de l'univers, Que je trouve ma veine aisée ! Belle Aurore, douce rosée, Que vous m'allez donner de vers ! Le vent s'enfuit...

Pour mademoiselle D. M. - Théophile de Viau

Stances Je suis bien jeune encor, et la beauté que j'aime Est jeune comme moi. J'ai souvent désiré de lui parler moi-même Pour lui donner ma foi. J'obéis sans contrainte à l'amour qu'il me donne Quelque désir qu'il ait, Et sans lui résister mon âme s'abandonne A tout...

Satire première - Théophile de Viau

Qui que tu sois, de grâce écoute ma satire, Si quelque humeur joyeuse autre part ne t'attire ; Aime ma hardiesse et ne t'offense point De mes vers, dont l'aigreur utilement te point. Toi que les éléments ont fait d'air et de boue, Ordinaire sujet où le malheur se...

Aussi souvent qu'Amour fait penser à mon âme - Théophile de Viau

Aussi souvent qu'Amour fait penser à mon âme, Combien il mit d'attraits dans les yeux de ma Dame, Combien c'est de l'honneur d'aimer en si bon lieu, Je m'estime aussi grand et plus heureux qu'un Dieu. Amaranthe, Phillis, Caliste, Pasithée, Je hais cette mollesse à vos...

Perside, je me sens heureux - Théophile de Viau

Ode Perside, je me sens heureux De ma nouvelle servitude, Vous n'avez point d'ingratitude Qui rebute un cœur amoureux. Il est bien vrai que je me fâche Du fard où votre teint se cache. Nature a mis tout son crédit À vous faire entièrement belle, L'art qui pense mieux...

Contre l'hiver - Théophile de Viau

Ode Plein de colère et de raison Contre toi barbare saison Je prépare une rude guerre, Malgré les lois de l'Univers, Qui de la glace des hivers Chassent les flammes du tonnerre Aujourd'hui l'ire de mes vers Des foudres contre toi desserre. Je veux que la postérité Au...

A Cloris - Théophile de Viau

Stances S'il est vrai, Cloris, que tu m'aimes, Mais j'entends que tu m'aimes bien, Je ne crois point que les Rois mêmes Aient un heur comme le mien : Que la mort serait importune De venir changer ma fortune À la félicité des Dieux ! Tout ce qu'on dit de l'ambroisie Ne...

Élégie à une Dame - Théophile de Viau

Si votre doux accueil n'eût consolé ma peine, Mon âme languissait, je n'avais plus de veine, Ma fureur était morte, et mes esprits couverts D'une tristesse sombre avaient quitté les vers. Ce métier est pénible, et notre sainte étude Ne connaît que mépris, ne sent...

Cruelle, à quel propos prolonges-tu ma peine - Théophile de Viau

Élégie Cruelle, à quel propos prolonges-tu ma peine ? Qui t'a sollicitée à renouer ma chaîne, Quel démon ennemi de mes contentements Me vient remettre encore en tes enchantements ? Mon mal allait finir, et déjà ma pensée Ne gardait plus de toi qu'une Image effacée, Ma...

Proche de la saison où les plus vives fleurs - Théophile de Viau

Élégie Proche de la saison où les plus vives fleurs Laissent évanouir leur âme et leurs couleurs, Un amant désolé, mélancolique et sombre, Jaloux de son chemin, de ses pas, de son ombre, Baisait aux bords de Loire en flattant son ennui, L'image de Caliste errante...

La solitude - Théophile de Viau

Ode Dans ce val solitaire et sombre Le cerf qui brame au bruit de l'eau, Penchant ses yeux dans un ruisseau, S'amuse à regarder son ombre. De cette source une Naïade Tous les soirs ouvre le portail De sa demeure de cristal Et nous chante une sérénade. Les Nymphes que...

Je songeais que Philis des enfers revenue - Théophile de Viau

Je songeais que Philis des enfers revenue, Belle comme elle était à la clarté du jour, Voulait que son fantôme encore fît l'amour Et que comme Ixion j'embrassasse une nue. Son ombre dans mon lit se glissa toute nue Et me dit : " Cher Tircis, me voici de retour, Je...

L'autre jour inspiré d'une divine flamme - Théophile de Viau

L'autre jour inspiré d'une divine flamme, J'entrai dedans un temple, où tout religieux, Examinant de près mes actes vicieux, Un repentir profond fit soupirer mon âme. Tandis qu'à mon secours tous les Dieux je réclame, Je vois venir Phyllis : quand j'aperçus ses yeux,...