Un berger prophète - Théophile de Viau

Je vis dans ces lieux innocents, Où les esprits les plus puissants, Quittant leurs grandeurs souveraines, Suivent ma prophétique voix Dans le silence de nos bois Et dans le bruit de nos fontaines. Ici mon désir est ma loi, Mon entendement est mon roi, Je préside à mes...

Un fier démon, qui me menace… - Théophile de Viau

Un fier démon, qui me menace De son triste et funeste accent, Contre mon amour innocent Gronde la haine et la disgrâce. On me rapporte que tes yeux, Dans leurs paupières languissantes, N'avaient plus ces flammes puissantes Qui blessaient les âmes des dieux. Nature est...

Au Roi sur son retour du Languedoc - Théophile de Viau

Jeune et victorieux monarque Dont les exploits si glorieux Ont donné de l'envie aux dieux. Et de la frayeur à la Parque, Qu'attendez-vous plus des destins ? C'est assez puni de mutins, C'est assez démoli de villes, Nous savons bien que désormais La fureur des guerres...

Cloris, pour ce petit moment… - Théophile de Viau

Cloris, pour ce petit moment D'une volupté frénétique, Crois-tu que mon esprit se pique De t'aimer éternellement ? Lorsque mes ardeurs sont passées La raison change mes pensées, Et perdant l'amoureuse erreur, Je me trouve dans des tristesses Qui font que tes...

Dans ce climat barbare où le destin me range… - Théophile de Viau

Dans ce climat barbare où le destin me range, Me rendant mon pays comme un pays étrange, Desloges, je ne sais quel étourdissement Assoupit les aigreurs de mon bannissement : Je n'ai point soupiré depuis l'heure funeste Que je reçus ce trait de la fureur céleste. Ton...

Depuis ce triste jour qu'un adieu malheureux… - Théophile de Viau

Depuis ce triste jour qu'un adieu malheureux M'ôta le cher objet de mes yeux amoureux, Mon âme de mes sens fut toute désunie, Et privé que je fus de votre compagnie, Je me trouvai si seul avecque tant d'effroi Que je me crus moi-même être éloigné de moi. La clarté du...

Que mon espoir est faible et ma raison confuse ! - Théophile de Viau

Que mon espoir est faible et ma raison confuse ! C'est bien hors de propos, Brûlant comme je fais, que mon esprit s'amuse À chercher du repos. Les remèdes plus doux qui touchent à ma plaie Irritent ma douleur, Et je suis en fureur quand mon discours s'essaie De ruiner...

Qui voudra pense à des empires… - Théophile de Viau

Qui voudra pense à des empires, Et avecque des vœux mutins S'obstine contre ses destins, Qui toujours lui deviennent pires ; Moi je demande seulement, Du plus sacré vœu de mon âme, Qu'il plaise aux dieux et à Madame, Que je brûle éternellement. Théophile de...

Satire seconde - Théophile de Viau

Connais-tu ce fâcheux qui contre la Fortune Aboie impudemment comme un chien à la Lune ? Et qui voudrait, ce semble, en détourner le cours Par l'importunité d'un outrageux discours ? D'une sotte malice en son âme il s'afflige Quand la faveur du Roi ses favoris oblige....

Si j'étais dans un bois poursuivi d'un lion… - Théophile de Viau

Si j'étais dans un bois poursuivi d'un lion, Si j'étais à la mer au fort de la tempête, Si les dieux irrités voulaient presser ma tête Du faix du mont Olympe et du mont Pélion, Si je voyais le jour que vit Deucalion Où la mort ne cuida laisser homme ni bête, Si pour...

Si quelquefois Amour permet que je respire… - Théophile de Viau

Si quelquefois Amour permet que je respire, Et que pour un moment j'écoute ma raison, Mon esprit aussitôt pense à ma guérison, Tâchant de m'affranchir de ce fâcheux empire. Il est vrai que mon mal ne peut devenir pire, Qu'un esclave serait honteux de ma prison, Et que...

Sur la paix de l'année M. DC. XX. - Théophile de Viau

Ode La paix trop longtemps désolée Revient aux pompes de la Cour, Et retire du mausolée Les jeux, les danses et l'amour. Au seul éclat de nos épées Les tempêtes sont dissipées ; Tous nos bruits sont ensevelis ; Mon Prince a fait cesser la guerre, Et la grâce a rendu...

Sur le ballet du Roi. Le forgeron pour le Roi - Théophile de Viau

Je ne suis point industrieux Comme ce forgeron des dieux, Dont les subtilités nuisibles Pour un chef-d'œuvre de son art, Dessous des filets invisibles Firent voir qu'il était cornard. Cet infâme aux creux étnéans Dessus les tombeaux des Géants, Enivré de souffre et de...

Les Princes de Chypre - Théophile de Viau

Les lieux que nous avons laissés Sont beaucoup plus heureux qu'autres lieux de la terre ; Le dégoût de la paix, ni le peur de la guerre, Jamais ne les a menacés. Mars arrivant à la contrée, Que notre éloignement convertit en déserts, Hait le fer et la flamme, et veut...

Maintenant que Philis est morte… - Théophile de Viau

Maintenant que Philis est morte Et que l'amitié la plus forte Dont un cœur fut jamais atteint Est dans le sépulcre avec elle, Je crois que l'amour le plus saint N'a plus pour moi rien de fidèle. Cloris, c'est mentir trop souvent : Tes propos ne sont que du vent, Tes...