Le Bédouin et la Mer - Théophile Gautier

Pour la première fois voyant la mer à Bone, Un Bédouin du désert venu d'El Kantara Comparait cet azur à l'immensité jaune Que piquent de points blancs Tuggurt et Biskara, Et disait étonné devant l'humide plaine : Cet espace sans borne, est-ce un Sahara bleu, Plongé...

Les Lions de l'Arsenal, à Venise - Théophile Gautier

Imité de Goethe Deux grands lions, rapportés de l'Attique, Font sentinelle aux murs de l'Arsenal, Paisiblement ; — et près du couple antique Tout est petit : porte, tour et canal. Ils semblent faits pour le char de Cybèle, Tant ils sont fiers ; et la mère des Dieux...

Nativité - Théophile Gautier

Au vieux palais des Tuileries, Chargé déjà d'un grand destin, Parmi le luxe et les féeries Un Enfant est né ce matin. Aux premiers rayons de l'aurore, Dans les rougeurs de l'Orient, Quand la ville dormait encore, Il est venu, frais et riant, Faisant oublier à sa mère...

Oui, Forster, j'admirais ton oreille divine… - Théophile Gautier

Oui, Forster, j'admirais ton oreille divine ; Tu m'avais bien compris, l'éloge se devine : Qu'elle est charmante à voir sur les bandeaux moirés De tes cheveux anglais si richement dorés ! Jamais Benvenuto, dieu de la ciselure, N'a tracé sur l'argent plus fine...

Parfois une Vénus, de notre sol barbare… - Théophile Gautier

Parfois une Vénus, de notre sol barbare, Jaillit, marbre divin, des siècles respecté, Pur, comme s'il sortait, dans sa jeune beauté, De vos veines de neige, ô Paros ! ô Carrare ! Parfois, quand le feuillage à propos se sépare, En la source des bois luit un dos...

Perplexité - Théophile Gautier

J'ai donné ma parole. — Allez, fermez la porte ; Attachez-moi les pieds de peur que je ne sorte, Et dites qu'on me donne une tasse de thé. S'il vient un créancier, — vous les devez connaître, — Il le faut avec soin jeter par la fenêtre, Car je veux aujourd'hui rêver...

Wladislas III - Théophile Gautier

Wladislas III SURNOMMÉ LE VARNÉNIEN (1424-1444) CHANT HISTORIQUE (Traduit littéralement du polonais) En quelque sorte que ce soit, il ne lui fut jamais possible de faire retourner le Roy ; car il estimoit trop indigne du lieu qu'il tenoit et du sang dont il estoit...

À mon ami Eugène de N... - Théophile Gautier

Les parfums les plus doux et les plus belles fleurs Perdoient en un instant leurs charmantes odeurs ; Tous ces mets savoureux dont je chargeois ma table Ne m'ont jamais offerts qu'un plaisir peu durable, Oublié le jour même et suivi de regrets. Mais de ces jours...

Lamento – Connaissez-vous la blanche tombe - Théophile Gautier

Connaissez-vous la blanche tombe Où flotte avec un son plaintif L'ombre d'un if ? Sur l'if, une pâle colombe, Triste et seule, au soleil couchant, Chante son chant : Un air maladivement tendre, À la fois charmant et fatal, Qui vous fait mal, Et qu'on voudrait toujours...

Lamento – La Chanson du Pêcheur - Théophile Gautier

Ma belle amie est morte : Je pleurerai toujours ; Sous la tombe elle emporte Mon âme et mes amours. Dans le ciel, sans m'attendre, Elle s'en retourna ; L'ange qui l'emmena Ne voulut pas me prendre. Que mon sort est amer ! Ah ! sans amour, s'en aller sur la mer ! La...

Le Thermodon - Théophile Gautier

I J'ai, dans mon cabinet, une bataille énorme, Qui s'agite et se tord comme un serpent difforme Et dont l'étrange aspect arrête l'œil surpris ; On dirait qu'on entend, avec un sourd murmure, La gravure sonner comme une vieille armure, Et le papier muet semble jeter...

Le Triomphe de Pétrarque - Théophile Gautier

À Louis Boulanger. Il faisait nuit dans moi, nuit sans lune, nuit sombre ; Je marchais en aveugle et tâtant le chemin, Les deux bras en avant, le long des murs, dans l'ombre. Mon conducteur céleste avait quitté ma main, J'avais beau me tourner vers l'étoile polaire,...

Les Vendeurs du Temple - Théophile Gautier

I Il est par les faubourgs un ramas de maisons Dont les murs verts ont l'air de suer des poisons, Et dont les pieds baignés d'eau croupie et de boue Passent en puanteur l'odeur de la gadoue. Rien n'est plus triste à voir, dans ce vilain Paris, Entre le ciel tout jaune...

Melancholia - Théophile Gautier

J'aime les vieux tableaux de l'école allemande ; Les vierges sur fond d'or aux doux yeux en amande, Pâles comme le lis, blondes comme le miel, Les genoux sur la terre, et le regard au ciel, Sainte Agnès, sainte Ursule et sainte Catherine, Croisant leurs blanches mains...

Portail - Théophile Gautier

Ne trouve pas étrange, homme du monde, artiste, Qui que tu sois, de voir par un portail si triste S'ouvrir fatalement ce volume nouveau. Hélas ! tout monument qui dresse au ciel son faîte, Enfonce autant les pieds qu'il élève la tête. Avant de s'élancer tout clocher...

Qui sera roi ? - Théophile Gautier

I BÉHÉMOT Moi, je suis Béhémot, l'éléphant, le colosse. Mon dos prodigieux, dans la plaine, fait bosse Comme le dos d'un mont. Je suis une montagne animée et qui marche : Au déluge, je fis presque chavirer l'arche, Et quand j'y mis le pied, l'eau monta jusqu'au pont....

Solitude - Théophile Gautier

Je bande trop dans ma culotte Je sors mon vit qui décalotte Son champignon. Être à midi, seul dans ma chambre, En tête à tête avec son membre, C'est du guignon ! Mon jacquemart me bat le ventre ; Dans quelque chose il faut que j'entre, Cul, bouche ou con. Mais je ne...

À Jean Duseigneur, sculpteur - Théophile Gautier

I Oh ! mon Jean Duseigneur, que le siècle où nous sommes Est mauvais pour nous tous, oseurs et jeunes hommes, Religieux de l'art que l'on nous a gâté ! L'on ne croit plus à rien ; — le stylet du sarcasme A tué tout amour et tout enthousiasme ; Le présent est...