Notre Eldorado,
Mes amis, enfin doit éclore :
Malgré mon bandeau,
Je vois une nouvelle aurore.
Aux cieux extasiés
Tout est pourpre et rosiers :
Voici l’heure, ô sainte colère !
De chanter le chant séculaire :
Les temps sont venus
Pour les Dieux inconnus !


O sombres penseurs
Forts et seuls comme les grands chênes,
O vierges nos sœurs,
Tendres lys brisés par des chaînes !
Laissez le saint amour
Éclater au grand jour,
Car Cypris, la pâle captive,
A lavé son front dans l’eau vive :
Les temps sont venus
Pour les Dieux inconnus !

Tout ce qu’on pleura,
Dévouement, liberté, génie,
Tout refleurira
Pour le règne de l’harmonie :
L’art sera dévoilé
Comme un ciel étoilé,
Et la Muse, pareille aux femmes,
Chantera ses épithalames :
Les temps sont venus
Pour les Dieux inconnus !

Je vois les doux vers
Rejaillir en strophes écloses,
Et des arbres verts
Un miel pur couler dans les roses.
Les Grâces vont pieds nus
Sur les monts chevelus

Et leur pas dans les fleurs naissantes
Guide en chœur les vierges dansantes :
Les temps sont venus
Pour les Dieux inconnus !

L’Auguste Beauté
A quitté les bois de Cythère ;
Son calme enchanté
Resplendit sur toute la terre,
Et le mal abattu
Sous ses pieds meurt vaincu.
Nous tenons sans honte et sans fièvres
L’Idéal vivant sous nos lèvres :
Les temps sont venus
Pour les Dieux inconnus !


Théodore de Banville

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