Le charme dangereux de la mort est en toi,
Automne, on le respire en ton souffle, on le boit,
Tu fais le ciel couleur de cendre et de fumée,
Et ton ombre est si douce, ô saison bien-aimée,
Que dès qu’elle a touché, pâle encor, notre seuil,
L’âme faible s’y couche ainsi qu’en un cercueil,
Elle entend s’élever tes plaintes a nos portes
Dans le frémissement soyeux des feuilles mortes ;
Elle sait que les yeux des astres sont fermés,
Que les ardents parfums des fleurs se sont calmés,
Que tout se pacifie et s’endort et se penche,
Que du soir désolé la tristesse s’épanche
Un grand désir d’absence et de détachement,
Un vœu profond de n’être plus, infiniment,
S’emparent bientôt d’elle, et c’est ta faute, Automne,
Qui la berces d’un chant funèbre et monotone !
Ta voix magicienne enchante et fait mourir ;
Les lys l’ont écoutée : ils se sont vus flétrir ;
Elle est belle et pareille à de beaux yeux de femme :
Volupté du regard, hélas ! malheur de l’âme !
Voix de sirène blanche en l’écume des flots,
Dont l’accent merveilleux, trompant les matelots,
Promet l’enivrement suprême et le délice
Et dont le charme traître à l’abîme les glisse…
Aussi, saison funeste et pleine de langueur,
Adorant la beauté fine de tes nuances,
Mais, comme un doux poison, craignant tes influences,
Je te garde mes yeux et te reprends mon cœur !


Albert Lozeau

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