Voilà le soleil qui décline ;
Le jour s’est déjà retiré
Du ravin et de la colline ;
Le grand mont seul reste éclairé.

L’ombre a noirci la plaine entière,
Tout le pays d’où je reviens,
L’étang, le clocher, la chaumière,
Tout lieu cher dont je me souviens,

Les nids épars de mes colombes,
Mes verts sentiers près du ruisseau,
Le champ où mes morts ont leurs tombes,
L’humble ville où j’eus mon berceau.

La nuit reprend, de place en place,
Tout mon Éden, tous mes beaux jours ;
Plus rien n’a conservé ma trace ;
L’oubli s’est fait sur mes amours.

Je cherche, en vain, dans l’étendue
Un doux rêve, un tableau joyeux ;
La brume est déjà répandue
Sur mon cœur, comme sur mes yeux.

Si je veux, dans sa clarté pleine,
Revoir le soleil créateur,
Je tourne le dos à la plaine
Et regarde vers la hauteur ;

Et, sans plus fouiller ma mémoire,
Au-devant du monde futur
Je vole, oubliant mon histoire,
Je nage à travers l’esprit pur.

Là-haut je retrouve une aurore :
En vain, le monde est rembruni,
Je vois, j’aime et j’espère encore,
Dès que j’aperçois l’infini.

Je garde, au couchant de mon âme,
Un clair sommet dans un ciel bleu,
Un phare, un rayon, une flamme...
C’est votre pensée, ô mon Dieu !

C’est l’amour, le beau manifeste
Qui brille en moi quand tout est noir,
C’est l’éternel vrai que j’atteste
En fermant les yeux pour le voir ;

C’est la clarté surnaturelle
Qui vers les hauts lieux me conduit,
Jour que mon âme porte en elle
Et qui n’aura jamais de nuit.


Victor de Laprade

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