Dans ce temple, où la passion
Me mit dedans le cœur les beautés de Madame,
Je bénissais l'Amour encore que sa flamme
Détournât ma dévotion.

Au lieu de penser à nos dieux
J'adorais, vous voyant, l'image de Diane,
Et m'estimais heureux de devenir profane
En me consacrant à vos yeux.

Ce fut avec de mêmes traits
Que la mère d'Amour perça le cœur d'Anchise :
Suis-je pas glorieux de donner ma franchise
A la merci de ses attraits ?

A ce premier ravissement
Mon âme triompha de se sentir blessée,
Et l'autel m'eût déplu d'ôter à ma pensée
L'entretien d'un si doux tourment.

Me dût le Ciel faire périr,
Je mesure ma peine avecque mes années,
Et l'amour se fait fort d'ôter aux destinées
La puissance de me guérir.

Au point que cette ardeur m'a mis,
Mon superbe bonheur se moque de l'envie,
Et quelque mal qui vienne à menacer ma vie,
Je me ris de mes ennemis.

Tout ce monde de poursuivants
Me fait persévérer avecque plus de joie,
Ce renommé Jason n'eût jamais eu sa proie
S'il eût craint la mer ni le vent.

Sous l'auspice de votre loi,
Il n'est point de grandeur que mon esprit ne brave ;
Et le même accident qui me fait être esclave,
Il me semble qu'il m'a fait roi.


Théophile de Viau

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