Au sortir de Paris, de ce triste Paris,
Où l’on ne voit ni mer, ni forêts, ni montagne,
Où l’on traîne des jours ennuyés et flétris ;
Quand j’ai passé le seuil, quand j’ai franchi l’entrée
De la noire maison gothique et retirée,
Et qu’un instant après je tombe dans les bras
De mes deux bien-aimés qui ne m’attendaient pas,
Oh ! de quelque bonheur que mon âme soit pleine
Dans ces rares moments d’ivresse surhumaine,
Quel que soit mon transport, un indicible ennui
S’éveille à l’heure même et se mêle avec lui.
J’aperçois, et c’est là ce qui me désespère,
Quelques rides de plus sur le front de mon père ;
Ma mère aussi, ma mère attriste mon regard,
Ses cheveux sont encor plus blancs qu’à mon départ ;
Et des larmes d’effroi roulent sous mes paupières.
Ô mon Dieu, gardez-moi ces deux âmes si chères !
Gardez mon doux trésor, il est là tout entier ;
S’il vous faut l’un des trois, prenez-moi le premier ;
Prenez-moi : que ferais-je, hélas ! dans ce vain monde,
Sevré des tendres soins dont leur amour m’inonde ?
Je ne demande rien, ni gloire, ni bonheur
Mais leur vie est ma vie, il me la faut, Seigneur !
Édouard Turquety
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