Mes amis, nos coupes sont pleines,
L'écume en couronne les bords ;
Quel feu, circulant dans mes veines,
M'inspire de nouveaux transports !
Je vois Bacchus, je vois sa gloire ;
Mon ivresse m'élève aux cieux ;
C'est Hébé qui me verse à boire ;
Je suis à la table des Dieux.

Approche, joyeuse Bacchante ;
L'œil en feu, les cheveux épars,
Viens redoubler l'ardeur brûlante
Que je puise dans tes regards ;
Verse d'un bras infatigable
Le pur nectar des immortels ;
Je me contente de leur table,
Sans aspirer à leurs autels.

Vois dans sa marche vacillante
Silène qui, l'œil égaré,
Laisse aller sa tête tremblante
Que couronne un raisin doré.
Il sourit : et sa bouche avide
Dont la soif paraît s'irriter,
Appelle encor la coupe humide
Que sa main ne peut plus porter.

Qui de nous, dans ces jours de fête ,
Peut compter sur un jour nouveau ?
Le lierre qui pare ma tête,
Croîtra demain sur mon tombeau :
Mais loin qu'une sombre tristesse
Précède mon dernier sommeil,
Je veux m'endormir dans l'ivresse
Et chanter encore au réveil.


Casimir Delavigne

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