Ce soir, je lis des vers : je n’y suis pour personne.
J’ouvre mon vieux Ronsard dont le vers hautain sonne
Plus que tous les clochers aux riches carillons,
Que les flûtes d’argent et que les violons !
Les beaux sonnets d’amour qu’il chanta pour Hélène !
La langue savoureuse et colorée et pleine !
Oh ! le verbe sincère et le cœur inconstant !
Hélène après Cassandre, et Marie, un instant,
Puis d’autres, et toujours la musique est divine !
Chaque strophe est éclose en rose purpurine…
Pour dormir sur un sein de neige, ému d’amour,
Et la gerbe tressée en poème, le jour,
Est défaite, la nuit, de ses fleurs parfumées
Pour être répandue aux pieds des bien-aimées !
Ton vers a capté l’ombre et saisi la clarté,
La fraîcheur des forêts, la vie et la beauté !
Il sent le miel, il est plein de claires fontaines,
De vignes, de lait pur, d’agneaux aux blanches laines !
O Ronsard, vieux païen né trop tard, quand les dieux
Depuis longtemps étaient dépossédés des cieux,
Épris des corps sans tache, amant des belles lignes
Où la grâce s’allie à la blancheur des cygnes,
Vois : ta gloire est vivace et croît comme un grand lys !
A sa robe les temps ne feront pas de plis
Comme à la rose que ta voix a consacrée,
Qui se fane éternellement à la vesprée !


Albert Lozeau

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