Viens-t'en nous aimer ailleurs,
N'importe où, mais loin des villes ;
Viens-t'en sous des deux meilleurs.

Ici les âmes sont viles,
Ici le vent est chargé
De conseils bas et serviles ;

Ici j'ai le cœur rongé
D'un mal indéfinissable :
Je ne sais pas ce que j'ai.

Ô chants des flots sur le sable,
Vous m'aurez bientôt guéri,
Si mon cœur est guérissable ;

Si mon cœur endolori
Trouve au bord des eaux calmantes,
Si mon cœur trouve un abri.

Et toi, la fleur des amantes.
Flambeau de ma vie, ô toi,
Mon conseil dans les tourmentes,

À ce cœur en désarroi
Donne un peu de ton courage
Et donne un peu de ta foi !

Les vents mauvais ont fait rage.
Toutes mes amours, débris !
Et tous mes bonheurs, mirage !

Mon cœur, des bourreaux l'ont pris,
Traîné, piétiné, de sorte
Qu'il n'est que haine et mépris.

Ô rêves morts, candeur morte !
Lui ne s'est pas débattu,
Tant sa souffrance était forte !

Longtemps, longtemps, il s'est tu.
Pas une plainte ; aucun geste.
Sois-lui fidèle : vois-tu,

C'est le seul bien qui lui reste.


Charles Le Goffic

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