Mon dieu ! Que vos rimes en ine
m’ont fait passer de doux moments !
Je reconnais les agréments
et la légèreté badine
de tous ces contes amusants
qui faisaient les doux passe-temps
de ma nièce et de ma voisine.
Je suis sorcier, car je devine
ce que seront les jeunes gens ;
et je prévis bien dès ce temps
que votre muse libertine
serait philosophe à trente ans :
Alcibiade en son printemps
était Socrate à la sourdine.
Plus je relis et j’examine
vos vers sensés et très-plaisants,
plus j’y trouve un fond de doctrine
tout propre à messieurs les savants,
non pas à messieurs les pédants
de qui la science chagrine
est l’éteignoir des sentiments.
Adieu, réunissez longtemps
la gaîté, la grâce si fine
de vos folâtres enjouements,
avec ces grands traits de bon sens
dont la clarté nous illumine.
Je ne crains point qu’une coquine
vous fasse oublier les absents :
c’est pourquoi je me détermine
à vous ennuyer de mes ents ,
entrelacés avec des ine .


Voltaire

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