Prince, dont le charmant esprit
avec tant de grâce m’attire,
si j’étais mort, comme on l’a dit,
n’auriez-vous pas eu le crédit
de m’arracher du sombre empire ?
Car je sais très-bien qu’il suffit
de quelques sons de votre lyre.
C’est ainsi qu’Orphée en usait
dans l’antiquité révérée ;
et c’est une chose avérée
que plus d’un mort ressuscitait.
Croyez que dans votre gazette,
lorsqu’on parlait de mon trépas,
ce n’était pas chose indiscrète ;
ces messieurs ne se trompaient pas.
En effet, qu’est-ce que la vie ?
C’est un jour : tel est son destin.
Qu’importe qu’elle soit finie
vers le soir ou vers le matin ?


Voltaire

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