du dieu qui fait qu’on est aimable,
du fond des jardins de Cypris,
sans peine, et par la main des ris,
vous cueillez ce laurier durable
qu’à peine un auteur misérable,
a son dur travail attaché,
sur le haut du Pinde perché,
arrache en se donnant au diable.
Vous rendez les amants jaloux ;
les auteurs vont être en alarmes ;
car vos vers se sentent des charmes
que l’amour a versés sur vous.
Tressan, comment pouvez-vous faire
pour mettre si facilement
les neuf pucelles dans Cythère,
et leur donner votre enjouement ?
Ah ! Prêtez-moi votre art charmant,
prêtez-moi votre main légère.
Mais ce n’est pas petite affaire
de prétendre vous imiter :
je peux tout au plus vous chanter ;
mais les dieux vous ont fait pour plaire.
Je vous reconnais à ce ton
si doux, si tendre, et si facile :
en vain vous cachez votre nom ;
enfant d’amour et d’Apollon,
on vous devine à votre style.
Voltaire
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