Gellô fut autrefois une vierge aux cheveux
Plus doux que le reflet de la lune sur l’onde,
Et mourut sans frémir de l’angoisse profonde,
Sans avoir connu le mensonge des aveux.
Elle hait le désir qui profane l’Épouse,
Elle erre dans la nuit, inquiète et jalouse.

Elle cueille la fleur des bouches sans baisers,
Car elle aime d’amour les vierges aux seins frêles,
Et les emporte au loin sur un lit d’asphodèles
Où traînent longuement les sanglots apaisés.
Tu ne connaîtras point les effrois de l’Épouse,
O vierge ! car voici Gellô pâle et jalouse.

Bacchante de la Mort ivre de chasteté,
Elle te parera de violettes blanches,
Des jeunes frondaisons et des premières branches.
Elle t’entourera d’un printemps sans été…
Tu ne connaîtras point les réveils de l’Épouse,
O vierge ! car voici Gellô pâle et jalouse…


Renée Vivien

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