Reste. Ne t’en va pas dans le jardin du rêve
Cueillir des fleurs de joie en la lumière d’or ;
Leur splendeur est fragile et leur odeur est brève :
Si ta main s’en embaume, hélas ! c’est de leur mort.

Oui, rien qu’à les toucher ta main dure les blesse ;
Son froid contact meurtrit leur idéalité,
Et c’est en épargnant leur divine faiblesse
Que tu pourras jouir longtemps de leur beauté.

Retiens ton désir prompt et ta main imprudente,
Si tu ne veux pas voir s’effeuiller sous tes doigts
La frêle fleur de rêve à la corolle ardente,
Qui luit uniquement au jardin des émois.

Reste. Quand un enfant aperçoit les deux ailes
D’un papillon lassé que le soleil endort,
Brutalement, il tend vers lui ses mains cruelles,
L’attrape, ouvre ses doigts : le bel insecte est mort !

Laisse ta plume, va ; connais ton impuissance !
Satisfais-toi du mol et facile plaisir
De regarder fleurir tes rêves en silence,
Sans plus tenter un seul effort pour les saisir.

Contemple, sans vouloir humain, comme le sage,
Sachant que dans le temps passager tout est vain,
Ayant l’éternité déjà sur le visage,
Sans désir, sans regret, immobile et divin.


Albert Lozeau

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