Le petit bossu me disait ma chère
Viens au bal ou viens dans les bois
Ne crois pas qu'on t'aime ma chère
De moi seul tu as la foi

Viens je te donnerai la moitié de ma bosse
Et quand nous serons en tout pareils
Nous célèbrerons nos étranges noces
Loin de la lune et du soleil

Le petit bossu me croyait bien bête
Le petit bossu n'a rien gagné
d'aller ainsi en tête à tête
avec moi qui suis tant aimée

Le petit bossu n'a rien perdu
Car sa bosse est toujours aussi grosse
Mais il a gagné sur son front nu
Une paire de cornes en cadeau de noces

Moi seule ai gagné dans l'histoire
Car je doutais de mon amant
Mais il a tant souffert que je dois croire
Ô joie ! qu'il m'aime éperdument

Il m'a retrouvée tout tremblant
M'a prise en ses bras osant à peine
Mettre sa bouche sur mon cou blanc
Et j'entendais son cœur crever de peine

Je crois que maintenant
Je vais l'aimer comme il m'aime en sa détresse
Et qu'étant toujours mon amant
Je serai enfin sa maîtresse

Amour toi qui conduis nos gestes
Je crois que tu m'inspiras bien
Puisque défiant guerre feu et pestes
Notre amour surgit hors de ses liens

Quand au bossu instrument de notre destin
Je lui pardonne et qu'il m'oublie et nous oublie
Je l'oublierai avant demain matin
Car jamais mon amant n'occupa mieux mes nuits.


Robert Desnos

Découvrez mes poèmes originaux grâce au service Poésie Postale, ou en me suivant sur sur Instagram, YouTube et Tiktok.

Cliquez ci-dessous pour découvrir un poème au hasard.