Il est triste de voir partout l’œuvre du mal,
D’entonner ses chansons sur un rythme infernal.
Au ciel le plus vermeil de trouver un nuage,
Une ride chagrine au plus riant visage.
Heureux à qui le ciel a fait la bonne part !
Bien heureux qui n’a vu qu’un beau côté de l’art !
Hélas ! Mon cœur le sent, si j’avais eu pour muse
Une enfant de seize ans, et qu’une fleur amuse,
Une fille de mai, blonde comme un épi,
J’aurais, d’un souffle pur, sur mon front assoupi,
Vu flotter doucement les belles rêveries ;
J’aurais souvent foulé des pelouses fleuries ;
Et le divin caprice, en de folles chansons,
Aurait du moins charmé le cours de mes saisons.
Mais j’entends de mon cœur la voix mâle et profonde,
Qui me dit que tout homme a son rôle en ce monde ;
Tout mortel porte au front, comme un bélier mutin,
Un signe blanc ou noir frappé par le destin ;
Il faut, bon gré mal gré, suivre l’ardente nue
Qui marche devant soi sur la voie inconnue ;
Il faut courber la tête, et le long du chemin,
Sans regarder à qui l’on peut tendre la main,
Suivre sa destinée au grand jour ou dans l’ombre.
Or, la mienne aujourd’hui, comme le ciel, est sombre ;
Pour moi, cet univers est comme un hôpital,
Où, livide infirmier levant le drap fatal,
Pour nettoyer les corps infectés de souillures,
Je vais mettre mon doigt sur toutes les blessures.


Auguste Barbier

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Johann