LES HIRONDELLES.

Quel est votre pays, beaux voyageurs du ciel,
Qui, défilant si haut, fuyez à tire-d’aile ?


LES CYGNES.

Le pays où fleurit le myrthe et l’asphodèle,
L’Orient. — Nous quittons la Grèce et l’Archipel.


LES HIRONDELLES.

Et vous allez au Nord ?


LES CYGNES.

Oui, revoir la Norwége.
Nous aimons ses grands pics éblouissants de neige ;
Nous aimons leur image au fond des étangs bleus.
Mais la nuit va tomber... Salut, oiseaux frileux.


LES HIRONDELLES.

Pourquoi passez-vous donc loin de nos grandes villes ?


LES CYGNES.

Pourquoi nous arrêter... nous manquons d’air vital
Dans ces bas-fonds impurs, peuplés d’âmes serviles ;
On y sent la prison, le bagne et l’hôpital.


LES HIRONDELLES.

Du haut des vieux palais, du haut des cathédrales,
Nous admirons pourtant de beaux cygnes mondains
Qui, ne méprisant pas nos riches capitales,
De Vienne et de Paris décorent les jardins.


LES CYGNES.

Ceux-là, nos chères sœurs, sont nés dans l’esclavage.
Si nous donnons l’éveil à leur instinct sauvage,

S’ils entendent passer nos troupes d’émigrants
Qui jettent comme un bruit de clairon dans les nues.
Ils rêvent aussitôt de grèves inconnues,
Et, redressant la tête, ils trouvent les cieux grands...

Ils ont senti leur âme et leur fierté revivre...
Pris d’une sainte fièvre, ils brûlent de nous suivre...
Nous les voyons d’en haut quand ils prennent l’essor.
Leur pauvre aile engourdie, et qui tremble d’abord,

Comme une voile enfin largement se déploie...
Ils montent... de lumière et d’air pur enivrés.
Nous les encourageons par de longs cris de joie,
Et chantons l’hosanna des cygnes délivrés.


André Lemoyne

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