Verlaine n’est pas ce qu’on pourrait appeler un poète engagé. Pourtant dans Invectives, cet ultime recueil qu’il prépare depuis des années, mais dont il ne verra pas la publication, il se fait chantre du royalisme, chevalier de la littérature, juge de la justice et de la morale de son temps. 

Comme l’indique le titre du recueil, Verlaine règle des comptes dans ce dernier recueil, avec la justice qui l’a condamné, avec son ex-épouse, avec d’autres écrivains, avec la république. C’est un splendide recueil bilieux dans lequel le grand Verlaine s’adonne, une dernière fois, à la satire.

Invectives est un recueil posthume de Paul Verlaine, publié par Léon Vanier juste après la mort du poète en 1896. Il regroupe 71 poèmes, dont une partie importante que Verlaine avait rédigée quelques années avant. La version publiée diffère beaucoup de la table laissée par Verlaine.

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Faits Intéressants sur Invectives

Pourquoi le titre du recueil : Invectives ?

Le titre du recueil Invectives que Paul Verlaine prépare à la fin de sa vie illustre très bien sa veine satirique, entre humour et critique vive. Le vieux Verlaine y est infatigable et semble régler ses comptes avant de rejoindre définitivement les autres poètes maudits.

Pourquoi le recueil Invectives vaut la peine d'être lu ?

Bien que le recueil Invectives de Paul Verlaine ait été publié à titre posthume par Léon Vanier, et qu'il ait été remanié par rapport à ce que préparait le poète, il n'en demeure pas moins une recueil qui tenait Verlaine à cœur, et sur lequel il travaillait depuis des années.

Quels sont les thèmes du recueil Invectives ?

Les thèmes présents dans le recueil Invectives de Paul Verlaine sont très variés. Le poète y passe, au fil des 71 poèmes, d'une critique des institutions de la république à des reproches faits à son ancienne femme, d'un jugement sur l'art symboliste à l'attaque d'écrivains divers.

Texte Intégral de Invectives

Prologue

Je suis en train de commencer 
Un bouquin dont, affre muette !
Le titre duquel je m’enquête 
M’inquiète, au point de laisser 

Aller là mon esprit, sans trêve,
À droite, à gauche, et nonobstant 
Mon cœur si faible et ta fille, Ève,
Et, ô Seigneur, mon frère Adam !

Mais je m’égare en des pensées 
Qui, ci, ne sont pas de saison,
Puisque mes rancunes, passées ?
Non ? n’auraient aucune raison

D’être, si la vie importune 
N’était là pour vous dire : « Assez. »
Or vous allez voir si quelqu’une 
Ou quelqu’un pourrait me lasser 
Dans le pardon ou la rancune !

Post-scriptum au prologue

Mais, avant que d’entamer 
Ce livre où mon fiel s’amuse,
Je récuse comme Muse 
Celle qui ne sut m’aimer,

Celle à qui mon nom sut plaire,
Quand j’avais un sou vaillant,
Et qui me lâcha m’ayant 
Ruiné, non en colère,

Non pour tel ou tel grief,
Sans nul doute un peu plausible,
Mais de sang-froid, plus horrible 
Que tel criminel grief,

Mais plus lâche que nature 
Contre un homme à terre par 
Le fait d’elle seule, car,
Car… ô l’immonde aventure !

Je me tairai par grandeur 
Et mon fiel fier qui s’amuse 
Récuse à litre de Muse 
Cette épouse sans pudeur.

L’Art poétique ad hoc

Je fais ces vers comme l’on marche devant soi 
— Sans musser, sans flâner, sans se distraire aux choses 
De la route, ombres ou soleils, chardons ou roses — 
Vers un but bien précis, sachant au mieux pourquoi !

J’adore, autrement, certain vague, non à l’âme,
Bone Deus ! mais dans les mots, et je l’ai dit — 
Et je ne suis pas ennemi d’un tout petit 
Brin de fleurette autour du style ou de la femme. 

Pourtant — et c’est ici le cas — j’ai mes instants 
Pratiques, sérieux si préférez, où l’ire 
Juste au fond, dans le fond injuste en tel cas pire,
Sort de moi pour un grand festin à belles dents.

Ce festin, je ferai des milliards de lieues 
Pour me l’offrir et le manger avec les doigts,
Goulûment, salement, sans grand goût ni grand choix. 
Et j’inaugure aujourd’hui ce ruban de queues,

À l’effet de me payer goujat et docteur,
Niais ou vaurien, pute ou prude, ample provende ;
Sang qui soûle, vraiment appétissante viande… 
— Surtout n’excusez pas les fautes de l’auteur !

Littérature

Bons camarades de la Presse 
Comme aussi de la Poésie, 
Fleurs de muflisme et de bassesse ? 
Élite par quel Dieu choisie, 
Par quel Dieu de toute bassesse ? 

Confrères mal frères de moi 
Qui m’enterriez presque jadis 
Sous tout ce silence — pourquoi ? — 
Depuis l’affreux soixante-dix. 
Confrères mal frères de moi. 

Pourquoi ce silence mal frère 
Depuis de si longues années, 
Et tout à coup comme en colère 
Ces clameurs, comme étonnées, 
Pourquoi ce changement mal frère !

Ah, si l’on pouvait m’étouffer 
Sous cette pile de journaux 
Où mon nom qu’on feint de trouver 
Comme on rencontre des cerneaux 
Se gonfle à le faire crever !

C’est ce qu’on appelle la Gloire !
— Avec le droit à la famine,
À la grande misère noire 
Et presque jusqu’à la vermine — 
C’est ce qu’on appelle la Gloire !

Metz

Je déteste l’artisterie 
Qui se moque de la Patrie
Et du grand vieux nom de Français,
Et j’abomine l’Anarchie 
Voulant, front vide et main rougie,
Tous peuples frères — et l’orgie !
Sans autre forme de procès. 

Tous peuples frères ! Autant dire 
Plus de France, même martyre,
Plus de souvenirs, même amers !
Plus de la raison souveraine,
Plus de la foi sûre et sereine,
Plus d’Alsace et plus de Lorraine… 
Autant fouetter le flot des mers. 

Autant dire au lion d’Afrique :
Rampe et sois souple sous la trique.
Autant dire à l’aigle des cieux :
Fais ton aire dans le bocage 
En attendant la bonne cage 
Et l’esclavage et son bagage. 
Autant braver l’ire des dieux !

Et quant à l’Art, c’est une offense 
À lui faire dès à l’avance 
Que de le soupçonner ingrat 
Envers la terre maternelle,
Et sa mission éternelle 
D’enlever au vent de son aile 
Tout ennui qui nous encombrât. 

Il nous console et civilise,
Il s’ouvre grand comme une église 
À tous les faits de la Cité. 
Sa voix haute et douce et terrible 
Nous éveille du songe horrible. 
Il passe les esprits au crible 
Et c’est la vraie égalité. 

Ô Metz, mon berceau fatidique,
Metz, violée et plus pudique 
Et plus pucelle que jamais !
Ô ville où riait mon enfance,
Ô citadelle sans défense
Qu’un chef que la honte devance,
Ô mère auguste que j’aimais. 

Du moins quelles nobles batailles,
Quel sang pur pour les funérailles
Non de ton honneur, Dieu merci !
Mais de ta vieille indépendance,
Que de généreuse imprudence,
À ta chute quel deuil intense,
Ô Metz, dans ce pays transi !

Or donc, il serait des poètes 
Méconnaissant ces sombres fêtes 
Au point d’en rire et d’en railler !
Il serait des amis sincères 
Du peuple accablé de misères 
Qui devant ces ruines fières 
Lui conseilleraient d’oublier !

Metz aux campagnes magnifiques,
Rivière aux ondes prolifiques,
Coteaux boisés, vignes de feu,
Cathédrale toute en volute,
Où le vent chante sur la flûte,
Et qui lui répond par la Mute,
Cette grosse voix du bon Dieu !

Metz, depuis l’instant exécrable 
Où ce Borusse misérable 
Sur toi planta son drapeau noir 
Et blanc et que sinistre ? telle 
Une épouvantable hirondelle,
Du moins, ah ! tu restes fidèle 
À notre amour, à notre espoir !

Patiente, encor, bonne ville :
On pense à toi. Reste tranquille. 
On pense à toi, rien ne se perd 
Ici des hauts pensers de gloire 
Et des revanches de l’histoire 
Et des sautes de la victoire. 
Médite à l’ombre de Fabert. 

Patiente, ma belle ville :
Nous serons mille contre mille. 
Non plus un contre cent, bientôt !
À l’ombre, où maint éclair se croise. 
De Ney, dès lors âpre et narquoise,
Forçant la parte Serpenoise,
Nous ne dirons plus : ils sont trop !

Nous chasserons l’atroce engeance 
Et ce sera notre vengeance 
De voir jusqu’aux petits enfants
Dont ils voulaient — bêtise infâme ! — 
Nous prendre la chair avec l’âme
Sourire alors que l’on acclame 
Nos drapeaux enfin triomphants !

Ô temps prochains, ô jours que compte 
Éperdument dans cette honte 
Où se révoltent nos fiertés,
Heures que suppute le culte 
Qu’on te voue, ô ma Metz qu’insulte 
Ce lourd soldat, pédant inculte,
Temps, jours, heures, sonnez, tintez !

Mute, joins à la générale 
Ton tocsin, rumeur sépulcrale,
Prophétise à ces lourds bandits 
Leur déroute absolue, entière 
Bien au-delà de la frontière,
Que suivra la volée altière 
Des Te Deum enfin redits !

Portrait académique

Fleur de cuistrerie et de méchanceté 
Au parfum de lucre et de servilité, 
Et pousse en plein terrain d’hypocrisie. 

Cet individu fait de la poésie 
(Qu’il émet d’ailleurs sous un faux nom « pompeux » 
Comme dit Molière à propos d’un fossé bourbeux,) 

Sous l’empire il émargea tout comme un autre, 
Mais en catimini, car le bon apôtre 
Se donnait des airs de farouche républicain :

Depuis il a retourné son casaquin 
Et le voici plus et moins qu’opportuniste. 

Mais de ses hauts faits j’arrête ici la liste 
Dont Vadius et Trissotin seraient jaloux. 

Pour conclure, un chien couchant aux airs de loups.

À Edouard Rod

Comme on baise une femme sur les cheveux,
Sur les yeux, le cou, les seins, et tout partout,
À rebrousse-poil bien entendu ! Je veux 
Caresser ce Suisse et ce sot, de bout à bout 

C’est un écrivain comme on l’est en Suisse,
C’est un professeur ainsi qu’on est un pion,
Il est très élégant, telle une saucisse,
Il est obstiné, pareil à tel… scorpion.

Il est un monsieur qu’autre part on admire,
Il est psychologue : aussi Georges Ohnet. 
Et tant de sottise est sienne qui s’expire,
Que l’on se souvient mal de ce que l’on en connaît !

Ce Rod, qui n’est pas le fils du vieil Hérode,
Pourquoi donc ? Je n’en sais absolument rien,
M’a traité, lui, débutant dès son exode,
De bon écrivain, mais d’horrible vaurien… 

Or je reconnais peu le droit à ce cuistre 
D’apprécier ainsi mon pire et mon mieux,
Et qu’il se taise, car un destin sinistre 
Est dû pour son style sentant le vieux. 

Et zut à la fin (et mieux) pour ses morales 
Qui ne sont qu’un tas blafard d’hypocrisies !
En toute liberté, mêmes aux immorales 
Liberté, libertas aux poésies !

Ecce iterum Crispinus

Rod, ce maître des élégances,
Genevois fringant et flûté 
Au prix, flagrances et fragrances,
De qui Brummel est un raté. 

Rod qu’on surnomme Alcibiade 
De Berne à Lucerne et d’Uri 
Jusqu’en Bâle, Rod un peu fade,
Ce Rod ineffable a souri,

Paraît-il, de ma mine affreuse-
Ment peuple et sans nul galbe exquis 
Comme aussi de la malheureuse 
Absence en moi du ton marquis,

Du verbe Watteau (sauf en rimes),
Du je-ne-sais-quoi polisson 
De bonne compagnie, escrimes 
De mots, enfin de cet air…, son 

Air à lui, Rod qui si bien mêle
La science à l’urbanité 
Et ne trouve pas de rebelle 
Aux champs non plus qu’en la cité… 

Ô maître tu me vois confondre 
Par ton verdict, en quel émoi !
Et je ne puis que te répondre :

— « Je suis un honnête homme, moi ! »

La Ballade de l’École Romane

En ce siècle qui prend la fuite 
Nous possédions, déjà, très las 
Mais obstinés dans la poursuite 
D’un mieux toujours pas bien, hélas !
Des escholiers pour le soulas 
De cette folle monomane,
Notre littérature en bloc ;
Mais tout cela c’était en toc :
Salut à l’École romane !

À bas Baju ! Qu’il meur’ bien vite 
Sous les coups d’un vaillant Maurras. 
D’un Lynan, brillant néophyte,
D’un Raynaud, tout zèle au pourchas 
De la gloire de Moréas,
Que l’apocope se pavane
Comm’ drapeau fier dans le fier choc 
Sur les rangs fermes comme roc 
De la grande école romane !

À bas le symbolisme, mythe 
Et termite, et encore à bas 
Ce décadisme parasite 
Dont tels rimeurs ne voudraient pas !
À bas tous faiseurs d’embarras !
Amis, partons en caravane,
Combattons de taille et d’estoc 
Que le sang coule comm’ d’un broc 
Pour la sainte école romane !

ENVOI

Prince au prix de qui tout n’est qu’âne 
Laissez s’époumonner, tels phoqu’s,
Tous ces faquins, tous ces loufoqu’s 
Et vive l’école romane !

Jean-René

Moréas et Ghil,
Ghil et Moréas,
Qui va vaincre ? hélas !

Est-ce au plus agile 
Qu’écherra la palme 
Ou bien au plus calme ?

Hélas ! dites, quel 
Le victorieux 
Du jour glorieux ?

Hélas ! car c’est qu’elles 
Sont si juste égales 
Leurs nobles fringales

De gloire et de los,
Et leur vertigos,
Guerriers tant égaux 

Qu’il entre en ma glose 
De pleurer d’avance 
Attaque et défense. 

J’en ai comme un sourd 
De pressentiment 
Ç’ira tristement !

Sous la hache lourde 
Chacun des héros 
Mordre les carreaux… 

Gentes damoiselles 
Les oindront de bâmes,
Prieront pour leurs âmes 

Et plus tard pucelles 
Diront leurs hauts faits 
En des vers mauvais.

Conseils

Ghil est un imbécile. Moréas 
N’en est foutre pas un lui, mais hélas !
Il tourne ainsi que ce Ghil « chef d’école ». 
Et cela fait que de lui l’on rigole. 

Chef d’école au lieu d’être tout de go 
Poète vrai comme le père Hugo,
Comme Musset et comme Baudelaire,
Chef d’école au lieu d’aimer et de plaire. 
Toujours parler et ne jamais chanter,
Grammairien sans cesse à disserter 
En place d’un esprit, d’un cœur, d’une âme !
La glace du pédant, non plus la flamme 

Libre et joyeuse et folle par des fois 
D’un pur génie, ensemble glaive et voix !
Ghil ? Un comble, un comble et cela complète 
Son cas, mais Moréas est un poète !
Bon Jean quitte l’un peu trop rococo 
Geste de scander ton cocorico,
Bon coq, chante clair et baise ta poule. 
Ghil est un crétin, toi, ne sois maboule 
Et puisque « Galathée a tout ton cœur »,
Dis-le sans plus que seul, libre et vainqueur !

Pour Moréas

Moréas dit que je suis sans talent,
Et F.-A. Cazals que tant on renomme 
Dans les endroits où l’on se fait grand homme 
Chante ce fait qui me semble étoilant. 

Peut-être serais-je trop insolent 
En demandant, pour leur plaire enfin, comme 
Il faut s’y prendre, à moins d’être un Prudhomme 
Bien mis, correct, et bête, et s’en gonflant,

Je ne m’en gonfle pas, je m’en gondole,
Et je m’en vais au vent fou qui m’envole,
Vent fou moi-même et cœur si fou 

Dont il ne faut pourtant pas qu’on rigole. 
Mais si fier, en dépit de quelque pou 
Qui s’en arrange — et lors, je m’en console.

L’éternel sot

L’éternel sot qui fut jadis Fréron 
Et maintenant se nomme Brunetière 
Mériterait une ode tout entière 
Pour l’exécration du fanfaron !

Du fanfaron de bêtise au ronron 
Affreux du chat pire que de gouttière,
Mais non, un dur sonnet en étrivière 
Suffit pour châtier tel lourd baron 

Du snobisme actuel comme de l’autre 
Et le voici pour l’autre et pour le nôtre 
Et pour le nôtre, hélas ! surtout. 

Car il n’est pire pédant pour déplaire 
Que celui qui, méprisable à tout bout 
De champ, nous insultait en Baudelaire.

Arcades ambo

H. Fouquier, sans nul orthographe,
Ne me trouve pas vertueux 
Suivant la guise de ses vœux,
Et signe ce de son paraphe 

H. Fouquier, sans nulle vergogne,
Estime trop insuffisant 
Mon style ancien et le présent,
Et rien n’est égal à sa rogne. 

H. Fouquier auquel H. Feydeau 
Légua sa veuve avec des rentes 
Trouve « plutôt indifférentes »,
(Anglice) très loin du vrai beau

Et de la règle et de la norme
Les choses qu’il croit que j’écris 
Pour lui plaire (!) et jette des cris 
D’une dimension énorme,

Si j’ose ainsi parler. Ce gas 
Brandit la hache de son H 
Sur moi povre et d’un pas de vache 
Espagnole écrase mon cas… 

M*** ! Du moins qui suis, le sais 
Sinon que vaux ! Moules et crabes,
Lui, c’est un cuistre en trois syllabes,
En trois syllabes c’est un… Sais.

À M. le Dr Grandm...

Tu fus inhumain 
De sorte cruelle. 
Tu fus inhumain 
De façon mortelle. 
Tu fus inhumain 
Sans rien de romain. 

Tu n’as d’un Romain… 
De la décadence,
Tu n’as d’un Romain 
Que ta grosse panse. 
Tu n’as de Romain 
Que d’être inhumain. 

Tu fus dur et sec 
Comme un coup de trique. 
Tu fus dur et sec
Comme une bourrique
Qui ruerait avec
Un rein dur et sec.

Le pauvre à ta voix 
Tremblait comme feuille. 
Le pauvre — à ta voix !
Qu’épuise et qu’endeuille 
La faim, à la fois,
La soif — et ces froids !

Et maudis sois-tu,
Selon tes mérites,
Donc maudit sois-tu,
Vil bourreau dodu 
Oui, maudit sois-tu 
Suivant ta vertu !

Détestant tout ce qui sent

Détestant tout ce qui sent la littérature,
Je chasse de ce livre uniquement privé 
Tout ce qui touche à l’horrible littérature. 

Pourtant un mot, un simple mot, et puis c’est tout,
Sur un faquin qui s’est permis des facéties 
À mon endroit. — Un simple mot et puis c’est tout. 

J’étais à l’hôpital, lequel ? Vraiment le sais-je,
Étant si coutumier et du fait et du lieu !
J’étais à l’hôpital. Dire lequel ? Qu’en sais-je ?

Or pendant ce temps-là de miens cuisants ennuis,
De douleurs non pareilles et de quantes souffrances,
Et pendant ce temps-là de miens cuisants ennuis,

De remèdes amers, d’opérations dures,
D’odeurs mauvaises, de misères et de tout !
Ô remèdes amers, opérations dures !

Ce monsieur crut plaisant de me couper en deux !
Le poète, très chic, l’homme, une sale bête. 
Voyez-vous ce monsieur qui me coupait en deux ?

Rentre, imbécile, ton « estime », pour mes livres. 
Mais ton mépris pour moi m’indiffère, étant vil. 
Garde, imbécile, ton « estime » pour mes livres,

Dernier des reporters, et premier de Graivil.

Les Muses et le Poète

Muses de Gaillard et Ritt 
Chantons vite les mérites 
Des Mécènes de la Seine :

Disons vite que J. R*** 
N’est la moitié d’un escroc 
Mais le comble de l’obscène. 

Proclamez très haut qu’Albert 
S*** que l’on révère 
Emmi plus d’un tribunal 

Est le parangon bien net 
De l’Éditeur déshonnête 
Et du puffisme infernal…

Ne laissez pas croire à quiconque 
Que Deschamps prénommé donc 
Léon comme Léon Bloy 

Soit le Bienfaiteur qu’il pré-
Tend être par mont et pré,
En ville comme au « Village ». 

Ni le Souscripteur sublime 
Qu’il se trompettait olim 
En faveur de pauvre moi. 

Mais le temps est précieux,
Laissons ces malgracieuses 
Figurines de notre âge. 

Paulo, modernistes Muses,
Majora, hein ? canamus
Si nous causions politique ?

Le chœur des actuelles Piérides
— Oui, car c’était là le hic.

À un magistrat de boue

Fous le camp, quitte vite et plutôt que cela 
Nos honnêtes Ardennes 
Pour ton Auvergne honnête d’où déambula 
Ta flemme aux lentes veines. 

Paresseux ! quitte ce Parquet pour en cirer 
De sorte littérale 
D’autres au pied de la lettre au lieu de t’ancrer, 
Cariatide sale,
 
Dans ce prétoire où tu réclames l’innocent 
Pour le bagne et la geôle, 
Où tu pérores avec ton affreux accent 
Pire encore que drôle, 

Mauvais robin qui n’as, du moins on me l’a dit, 
Pour toi que ta fortune,
Qui sans elle n’eusses, triste gagne-petit, 
Gagné la moindre thune,
 
Tu m’as insulté, toi ! du haut de ton tréteau, 
Grossier, trivial, rustre ! 
Tu m’as insulté, moi ! l’homme épris du seul beau, 
Moi, qu’on veut croire illustre. 

Tu parles de mes mœurs, espèce de bavard, 
D’ailleurs sans éloquence, 
Mais l’injure quand d’un tel faquin elle part 
S’appelle… conséquence. 

La conséquence est que, d’abord tu n’es qu’un sot 
Qui pouvait vivre bête, 
Sans plus, — tandis que, grâce à ce honteux assaut 
Vers un pauvre poète, 

Un poète naïf qui n’avait d’autre tort 
Que d’être ce poète, 
As mérité de lui, paresseux qui t’endors 
Poncif, laid, dans ta boëte,
 
(Comme tu prononces, double et triple auverpin) 
Que les siècles à suivre 
Compissent, et pis ! ton nom, Grivel (prends un bain) 
 Grâce à ce petit livre.

Autre magistrat

Je veux pour proclamer dignement ses louanges,
M’aider du sistre d’or ainsi que font les anges 
Célébrant le Seigneur,
Et poète sans frein, plein d’un noble délire,
Chanter, m’accompagnant aux cordes de la lyre,
Une ode en son honneur. 

Car il est grand, malgré son nom. Vastes contrastes :
Grand, Petit. Et je veux choisir entre ses fastes 
Un haut fait de renom… 
C’était voilà longtemps, environ quatre lustres,
Deux voyageurs alors, ni l’un ni l’autre illustres,
Riches, je crois que non. 

S’arrêtèrent dans un buffet, dans une gare,
Et ma foi, las et soûls de toute la bagarre 
D’un train à bon marché,
Burent sans trop compter, marcs, rhums, bitters, absinthes 
Et dame ! leur langage en paroles peu saintes 
S’était, las ! épanché,

Quand des gendarmes, représentant la morale,
Empoignèrent les imprudents, et, sépulcrale 
Leur voix hurla : « Allaiz ! »
Ils allèrent jusqu’au superbe hôtel de ville,
De la ville (beffroi superbe et de quel style !) 
Qui servait de palais. 

Il siégeait dans un cabinet d’acajou sombre 
Au milieu de cartons et de dossiers sans nombre. 
Le spectacle imposant !
En favoris de coupe un peu Louis-Philippe — 
Et faux toupet avec, magistrale, une lippe 
Idoine au cas présent. 

« Vos noms, professions, et cætera. » Les autres 
De répondre conformément, en bons apôtres 
D’ailleurs sûrs de leur fait. 
L’interrogat fini : « Bien, dit-il, qu’on reparte 
Pour Paris. » Alors, sans par trop perdre la carte 
Et pendant qu’il se tait :

L’un : « Mais qu’avons-nous fait pour qu’ainsi l’on nous traite 
En vagabond ? » Lui, « Silence ! Quelle défaite !
Or vous avez émis
Des choses qu’on ne peut ouïr dans notre ville 
Presque sacrée à force d’être si tranquille. 
Puis, vous ÊTES MAL MIS ! »

Un autre magistrat en Arras

Ceci vaut le classique hexamètre. Écoutez 
Religieusement, car ce sont vérités,
Ma parole sacrée, ou le diable m’emporte !
Il s’agissait de mettre un couvent à la porte 
En vertu de décrets signés Jules Grévy. 
Et ce fut un scandale énorme tôt suivi 
D’un bien plus grand encor quand, pour le mémorable 
Assaut, la garnison pourtant considérable :
Génie et train et ligne encor se renforçait 
De l’importante ville forte que l’on sait,
De police rurale et de gendarmerie,
— Plus, ultima ratio, de l’artillerie. 

Mais reprenons. 
Aux fins de sommer « l’ennemi »
Composé de quatre vieillards, d’une demi-
Douzaine d’ordinands et du portier, l’usage 
Veut que cela soit fait — l’usage est-il très sage ? — 
En pareil cas, par le Procureur du ressort. 
Or, dans l’espèce, le Procureur fit le mort. 
On cherche, on fouille, l’on trifouille, l’on déterre. 
Pas plus de Procureur que sur la main. Mystère !
Mystère ? Non ! assure-t-on dans les salons ;
Non, clame-t-on dans les cafés. 
— « Eh mais, allons,
Le Petit la connaît, le Petit n’est pas bête. »

Cependant la Loi triomphait. Dieu ! quelle fête 
Pour la démocrassie et pour la liberté !
Solidaires dans l’indivisibilité. 
On enfonça la porte à coups de hache et d’autres 
Engins d’effraction, sous l’œil en patenôtres 
D’un monsieur laid titré commissaire central 
Ceint d’un large torchon tricolore ventral,
Comme eût dit René Ghil pour termer une écharpe,
Et les soldats honteux de cet exploit d’escarpe,
L’arme au pied, attendaient le signal de tirer,
De charger, de pointer, mais on put espérer 
Bientôt qu’on n’aurait point besoin de ces extrêmes 
Expédients, car bientôt s’en sortirent, blêmes 
Mais fermes, leurs paquets à la main, les vaincus 
Avec, au col, la main chacun de deux Argus. 
(Lisez : « policiers », mais les besoins de la rime !)

Or pendant que l’on punissait ainsi le crime 
D’être chez soi priant, aumônieux et doux,
Monsieur le Procureur, aux champs, soignait la toux 
Qui l’avait justement pris la veille des choses 
(Des oncles, bons chrétiens, s’étaient montrés moroses 
Devant le « devoir » incombant à leur neveu 
Qui, Ciel nouveau, luttant entre le monde et Dieu,
Entre la révocation et l’héritage) 
Pris ce biais d’être malade. 
Après l’orage 
Il revint dans sa bonne ville, très guéri 
Et très bientôt, grâce à du zèle dru, nourri,
— Tel le feu d’une armée au cœur d’une bataille — 
Se vit promu, malgré les rires, — faut qu’on raille !
— Président, s’il vous plaît, du Tribunal civil 
De la ville, et taxé par les uns d’être vil 
Par les autres d’être un malin… C’est bien la vie !

Magistrature que l’Europe nous envie !

Sonnet pour larmoyer

Juge de paix mieux qu’insolent 
Et magistralement injuste,
Qui vas massif, ventre ballant,
Jambes cagneuses — et ce buste !

Je veux dire ton maltalent,
Ta manière rustique et fruste 
D’être pédant… et somnolent !
Et sot, que de façon robuste !

Je n’ai pas oublié, non, non !
(Ce compliment de sorte neuve 
Que je te rime en est la preuve.) 

Je n’ai pas oublié ton nom,
Tes rengaines ni ta bedaine,
Ni ta dégaine — ni ma haine !

À Caïn M

Ce nouveau père de l’Église 
(Sous bénéfice d’inventaire) 
M’engueule et m’enjoint de me taire,
Car mon œuvre le scandalise,

Montrant ma plaie en même temps 
Qu’un peu de ma faible santé,
Vu que l’homme est double et doté 
D’une âme — et de sens ægrotants.

Il me maudit de belle sorte 
Et pour flétrir d’un blâme insigne 
Mes livres et leur plan indigne,
Non, il n’y va pas de main morte.

« Medice, cura te ipsum, 
Donne-moi l’exemple, ami cher,
Répondrait sans trop rien d’amer,
Ma jugeotte au farouche Dom.

« La charité te le commande 
Non moins d’ailleurs que la logique. 
Prêche d’exemple, homme emphatique,
Dont le pathos en l’air se bande.

« Cesse de boire trop, de trop 
Aimer la femme et d’être au fond 
Le pire des cuistres qui font 
Traiter tel chrétien de salop. »

Anecdote

Le poète, mourant de faim 
Suivant l’immuable légende,
S’en alla frapper à la fin 
Chez un éditeur de sa bande. 

— Sa bande, car ce sont bandits 
Que tels éditeurs et poètes — 
A l’effet d’un maravédis 
Ou deux, pour rompre ses diètes. 

L’éditeur qui venait de ne 
Vendre… qu’une édition toute,
Bref, répondit : « Mon vieux, vous me 
Volez comme sur la grand’route. »

Le poète, toujours serein,
Et toujours serin, lui réplique :
Des voleurs comme moi, je crains 
Qu’il n’en soit pas assez pour le bien de la République.

Hou ! Hou !

Swells de Brussels et gratin de la Campine,
Malins de Malines, élégants de Gand,
À Linos, Orplieus et leur race divine 
Jetez le caleçon, relevez leur gant. 
Belges que vous êtes,
Chantez, mes amours,
De vos grands poètes 
L’on rira toujours. 

Mais las ! j’oublie, et vous êtes pittoresque 
En même temps qu’esthétique et musical. 
Pour la couleur aucun ne vous vaut que presque 
Et votre Rubens marche mal votre égal. 
Belges que vous êtes,
Peignez, mes amours,
De vos grands poètes 
L’on rira toujours.

L’esprit vous étouffe et les bords de la Senne 
N’ont que ceux de la Sprée en ça pour rivaux 
Et, de par Léopold, König der Belgen,
Vos mots vont bien au niveau de vos travaux. 
Belges que vous êtes,
Causez, mes amours,
De vos grands poètes 
L’on rira toujours. 

Enfin c’est vrai que vous sonnez la diane 
Et nous aller « annexer » ainsi que dû. 
Heureusement, comme l’on dit, que la douane 
Est là pour une fois, bons messieurs, sais-tu ?
Belges que vous êtes. 
Venez, mes amours,
De vos grands poètes 
L’on rira toujours.

À l’adresse de d’aucuns

Rompons ! Ce que j’ai dit, je ne le reprends pas. 
Puisque je le pensai, c’est donc que c’était vrai,
Je le garderai jusqu’au jour où je mourrai 
Total, intégral, pur, en dépit des combats. 

De la rancœur très haute et de l’orgueil très bas,
Mais comme un fier métal qui sort du minerai 
De vos nuages à la fin je surgirai,
Je surgis, amitiés d’ennuis et de débats. 

Ô pour l’affection toute simple et si douce 
Où l’âme se blottit comme en un nid de mousse. 
Et fi donc de la sale « âme parisienne ». 

Vive l’esprit français, d’Artois jusqu’en Gascogne,
De la Champagne et de l’Argonne à la Bourgogne,
Et vive un cœur, morbleu ! dont un cœur se souvienne !

Un éditeur

Quelqu’un a-t-il connu Monsieur S***,
Quelqu’un ici ?
C’est un gros laid d’assez fadasse mine 
Et bête aussi… 

Sa spécialité, c’est le scandale,
Pour de l’argent. 
C’est le pamphlet, chose en général sale. 
(Suis-je indulgent !

J’aurais dû mettre et signer : odieuse,
Digne du pal 
Ou du moins d’une mort plus rigoureuse,
C’est tout le mal

Que je souhaite à cette gent impie.) 
Quant à Monsieur 
S***, ce serait faire œuvre pie 
Et trop d’honneur 

À ce brigand de la littérature 
Qui vendrait Dieu 
Trente deniers, ou mieux, pour telle ordure 
De son milieu 

De le passer au feu comme un Juif pire 
Que ceux qu’il a 
Vitupérés ou du moins laissé dire 
Ces choses-là. 

Je n’aime pas énormément la race 
De feu Judas… 
Pourtant elle vaut encor mieux que la crasse 
De tout ce tas !

Ballade en faveur de Léon Vanier et Cie

Ce que j’aime, Dieu seul le sait. 
Autant que le diable l’ignore… 
J’aime d’abord ce qui me fait 
Plaisir, — puis ce qui presque encore 
(Telles, pillules que l’on dore) 
Me fait mal, peine, doute ou peur. 
Mais, mes amis, ce que j’adore 
Surtout, ce sont mes éditeurs. 

J’aime la femme, — un fait, ce l’est 
Indubitable, — comm’ j’abhorre 
(Avec apocope) le laid !
J’aime l’absinthe bicolore :
Verte et blanche, autant que j’honore 
De loin l’eau pure et ses horreurs. 
Mais ce qui vaut un : « Ah ! » sonore
Surtout, ce sont mes éditeurs. 

Ils sont charmants, doux comme lait,
Luisants comme louis qui se dore 
(Avec apocope) et qui plaît 
À tout le monde. Un los s’essore 
Et l’envieux que l’envi’ fore 
(Avec apocop’) — ses fureurs ! — 
(Avec idem) crèv’ comm’ pécore ;
Mais, au fond, viv’nt mes éditeurs !

ENVOI

Du Kohinnor et de Lahore 
Princes trop grands, mais peu donneurs,
C’est vers vous que je m’édulcore,
Mes chers, mes tendres éditeurs.

Buste pour mairies

Marianne est très vieille et court sur ses cent ans 
Et comme dans sa fleur ce fut une gaillarde,
Buvant, aimant, moulue aux nuits de corps de garde,
La voici radoteuse, au poil rare, et sans dents. 

La bonne fille, après ce siècle d’accidents,
A déchu dans l’horreur d’une immonde vieillarde 
Qui veut qu’on la reluque et non qu’on la regarde,
Lasse, hélas ! d’hommes, mais prête comme au bon temps. 

Juvénal y perdrait son latin, Saint-Lazare 
Son appareil sans pair et son personnel rare,
À guérir l’hystérique égorgeuse des Rois. 

Elle a tout, rogne, teigne… et le reste, et la gale !
Qu’on la pende pour voir un peu dinguer en croix 
Sa vie horizontale et sa mort verticale !

Statue pour tombeau

La Gueule parle : « L’or, et puis encore l’or,
Toujours l’or, et la viande, et les vins, et la viande,
Et l’or pour les vins fins et la viande, on demande 
Un trou sans fond pour l’or toujours et l’or encor ! »

La panse dit : « À moi la chute du trésor !
La viande, et les vins fins, et l’or, toute provende,
À moi ! Dégringolez dans l’outre toute grande 
Ouverte du seigneur Nabuchodonosor ! »

L’œil est de pur cristal dans les suifs de la face :
Il brille, net et franc, près du vrai, rouge et faux,
Seule perfection parmi tous les défauts. 

L’Âme attend vainement un remords efficace,
Et dans l’impénitence agonise de faim 
Et de soif, et sanglote en pensant à La Fin.

Thomas Diafoirus

C’est le seul Paul parmi tant de Jules, d’Albert,
De Léon (ces païens ont des noms de baptême) 
Et c’est le seul « savant » de tous ces forts-en-thème,
Sur ce banc d’avocats chimiste frais-ouvert. 

Cuistre autrement. Et plus hideux. Encore vert,
Il vit d’obscénités qu’il arrange en système ;
Spécial, il encourt un distinct anathème 
Et son nom, pour sa honte éternelle, est Paul Bert. 

C’est le persécuteur tortueux et cynique. 
Sa part prise au présent gâchis y communique 
Un goût de poison lent et des airs d’échafauds. 

« Sat prata biberunt. » Sonnet, rends à ses bêtes 
L’équarrisseur en us promis aux temps nouveaux,
Tueur des chiens, qui va passer coupeur de têtes.

Nébuleuses

Papa Grévy, l’affreux Ferry persécuteur,
Constans proverbial et Cazot légendaire 
Même dans ce milieu de conte de Voltaire 
Pour la sottise crasse et la plate laideur ;

Ces Chambres, bosse double au dos d’un dromadaire,
Idoines au régime, ineptie, impudeur ;
Ces maires, ces préfets, leur argot, leur odeur,
Et Farre, à lui seul tout l’opprobre militaire ;

Et la file des purs, des barbes, des aïeux,
Juillet, Février, Juin, et « ceux » du Deux-Décembre 
Bonnes jambes, jamais lasses dans l’antichambre ;

Et les jeunes encor plus bêtes que les vieux,
Communards sans Hébert, Girondins sans Charlotte,
— Le tout, un vol de sous dans un bruit de parlotte !

Écrit pendant le siège

Loyal poignet d’acier, bon vieux héros choisi 
De par le bon vieux Dieu barbu des vieilles Bibles 
Pour être le plus pur entre les plus terribles, 
Goetz de Berlichingen, que dis-tu de ceux-ci ? 

Dorothée, Ottili ? ô vous, vierges, quasi 
Des anges, qui, parmi vos rêves si paisibles,
Tout au plus évoquiez des amis « impossibles », 
À force de vertus qu’en dites-vous aussi ?
 
Et vous, les jeunes gens, fières Maisons-moussues, 
Contempteurs des docteurs et des choses reçues,
Terreur des Philistins abjects, splendides fous ;
 
Sur Paris, sur Paris ! ce ne sont pas des mythes, 
L’Allemagne, il paraît, lance, qu’en dites-vous ? 
Tranquillement des culs horribles de marmites.

Opportunistes

« Assez des Gambettards ! Ôtez-moi cet objet,
Dit le père Duchêne, un jour qu’il enrageait. 
Tout plutôt qu’eux ! Ce sont les bougres de naissance. 
Bourgeois vessards ! Ça dut tenir des lieux d’aisance 
Dans ces mondes antérieurs dont je me fous !
Jean-foutres, qui, tandis qu’on La confessait sous 
Les balles, cherchaient des alibis dans la foire !
Ah ! tous ! Radingue Quatre, Orléans et sa poire 
(Pour la soif), la béquille à Chambord, Attila !
Mais, mais, mais ! pas de ces La-Réveillères-là. »

Un peu de politique

Tribune des Cinq-Cents, attributs indécents,
Tremplin mesquin pour tous plongeons dans les non-sens,
Dans ces mensonges, dans telles logomachies,
Et, chose pire, dans les plus pires des orgies 
De gaspillages d’honneur civique et d’argent !
Tribune où Bonaparte, en homme intelligent 
Vraiment, ne monta qu’un instant pour donner l’ordre 
De la jeter bas, dût mons Arena le mordre 
D’un poignard de théâtre et d’un « Tyran ! » appris ;
Tribune remplacée au-delà de son prix,
Bien au-delà de son prix, ce leurre, par celle 
Des rois revenus, qu’on peut nommer la Pucelle 
De parlementarisme honnête, celui-là 
(Non celui-ci !) et puis, comme tout s’écroule 
De fier encor dans ce pays qu’un chacun pipe, 
Tribune encore de l’affreux Louis-Philippe,
Et de Prudhomme et de Robert Macaire et de 
Tous les pieds plats et d’aussi tous les cœurs bas que
La honte attire et que l’opprobre rassasie !

Quarante-Huit te mit au rancart, trop moisie 
Que t’étais pour ses paradoxes innocents,
Tribune des Cinq-Cents, attributs indécents,
Et l’Empire second pour malpropre te tint… 

Mais vint le Prussien… 
Ton prestige est reteint,
Ton bas-relief d’ailleurs sans talent d’autre guise 
Que d’étaler des seins qui ne sont plus de mise 
Et qu’un artiste un peu noble « ne saurait voir »
Sans un chagrin profond et sans un ennui noir,
Ton bas-relief, à neuf gratté, t’encor décore,
Tremplin mesquin pour tout plongeur dans tout non-sens,
Symbole de ceux-ci, jacobins indécents.

Un peu de bâtiment

Dans ce Paris si laid moderne, il est encore 
Ou plutôt il était, car tout se déshonore,
Il était quelques coins pittoresques, ô non !
Mais drôles d’horreur fade et de terreur sans nom 
Aucun. Je veux parler de feu les terrains vagues,
Saint-Ouen, Montrouge, d’autres peut-être où les vagues 
De foule bête n’avaient osé déferler. 
Eugène Suë And C° surent en bien parler,
Henri Monnier aussi, mais de façon badine ;
Lui… mais, quoi, nous voyons, de nos jours, que lutine 
La fièvre de bâtir pour voler en surplus,
Là s’élever, en plâtre, à sept étages, plus 
Peut-être, des maisons de rapport, parodie 
De celle du Paris intérieur, mais tout aussi 
Laides et d’un aspect vil aussi réussi.
Ça fleure de malsain, ça prédit la misère :
Termes dus, fièvre typhoïde, ça vous serre,
Le cœur d’une pitié qui serait du mépris… 

Cependant, dès que c’est dressé, les maçons pris 
De vin chantent la Marseillaise, air neuf encore,

Et plantent là-dessus le drapeau tricolore.

Puero debetur reverentia

Moi, si J’avais vingt fils, ils auraient vingt chevaux 
Et fuiraient au galop le Pédant et l’École,
Infâmes pour lesquels cette gueuse raccole 
En ce pays conquis tous les petits cerveaux. 

La Truande ! qui veut pour ses sales travaux,
Blasphème, puis péché, séduire, comme on vole,
L’enfant, le mien, le vôtre, ô la sinistre folle !
L’enfant, tout votre orgueil et tout ce que je vaux !

Et si j’avais cent fils, ils auraient cent chevaux 
Pour vite déserter le Sergent et l’Armée 
Que ces brigands nous ont créée, et ces drapeaux

Les faquins ! qui mettraient la France, notre aimée,
Aux moins du plus offrant, après en avoir fait 
La chose impure, faible et sale que l’on sait.

Souvenirs de prison I

Depuis un an et plus je n’ai pas vu la queue 
D’un journal. Est-ce assez Bibliothèque bleue ? 
Parfois je me dis à part moi : « L’eusses-tu cru ?… »
Eh bien, l’on n’en meurt pas. D’abord c’est un peu cru,
Un peu bien blanc, et l’œil habitueux s’en fâche. 
Mais l’esprit ! comme il rit et triomphe, le lâche !
Et puis, c’est un plaisir patriotique et sain 
De ne plus rien savoir de ce siècle assassin 
Et de ne suivre plus dans sa dernière transe 
Cette agonie épouvantable de la France.

Souvenirs de prison II

Les passages Choiseul aux odeurs de jadis 
Où sont-ils ? En hiver de ce Soixante-Dix 
On s’amusait. J’étais républicain, Leconte 
De Lisle aussi, ce cher Lemerre étant archonte 
De droit, et l’on faisait chacun son acte en vers. 
Jours enfuis ! Quels Autans soufflèrent à travers 
La montagne ! Le Maître est décoré comme une 
Châsse, et n’a pas encor digéré la commune. 
Tous sont toqués, et moi qui chantais aux temps chauds,
Je danse sur la paille humide des cachots.

Actualité

Je trouverais très ridicules 
Au lieu d’affreux que je le fais 
Cette cause et tous ses effets 
Qui démonteraient cent Hercules,

S’il n’était encor la Patrie,
— Non ce « pays » qu’il faut haïr 
Ni son bon « droit » qu’il faut trahir — 
Mais cette aveuglément chérie 

Patrie à qui tous sacrifices,
Extravagants, exorbitants,
Sacrés, saints, sont dus en tous temps,
En tous lieux, malgré tant de vues !

Et j’implore, en ma joie amère 
De voir s’abîmer ce pays 
Dans ces opprobres inouïs,
La France, l’éternelle mère !

À propos d’un procès

Je n’aime pas énormément 
Le Clergé que le Concordat 
Nous procure présentement,
Et je voudrais qu’on émondât

Quelque peu, quand même un Soldat 
S’en mêlerait brusque et charmant 
Au fond, remplissant ce mandat :
Tout pour le bien, — et persistât,

Qu’on émondât quelque peu, dis-je,
— Par quel détour ou quel prodige 
Je n’en sais rien, mais je m’entête —

L’Église française — et les autres,
Mais, aussi, que tels bons apôtres,
Bonne R F, fussent de la fête.

Pour dénoncer la Triplice

L’Italie ? Elle est dans le train 
Extraordinaire qui s’emporte 
Même au-delà des flots du Rhin,
Même en-deçà de notre Porte !

L’Autriche, elle est bien bonne là,
Non sans son « laurier » sur son shak’
Ô, la Prusse qu’on consola
Par telles cessions dont chaque 

Est si terrible qu’il ne faut 
Aucunement espérer trêve 
Ni paix sans reprendre de haut !
Verdun, Toul, Metz, hélas ! et Trêve 

. . . . . . . . . . . . . . . 

Et quant à ce… gouvernement 
Qui prétend garder l’équilibre 
En l’occurrence, ou bien il ment 
Ou bien la France n’est pas libre !

Ode à Guillaume II

Guillaume Deux, empereur d’Allemagne 
Comme César,
Dans ce « Gastibelza » dont la montagne 
A fait un « Sar » ;

Guillaume Deux, l’homme à l’oreille mâle,
Au bras long mal,
Et qui parfois, — faveur impériale !
Agit pas mal,

Napoléon éventif, mais honnête 
Mecklembourgeois 
Je t’aime quand même, et même c’est bête,
Mais pas bourgeois !

Parce que t’es un homme avec un sabre 
(Et bien disant 
Des choses non dites par tel quel glabre) 
Si bien luisant. 

Je t’aime comme on aime une ennemie 
Que l’on aurait,
Parce que, Sire, au fond, vous n’avez mie 
Quelque secret,

Parce que vous êtes un honnête homme 
Bien que Prussien,
Par ce que vous êtes un fou tout comme 
Moi, ce Messin !

Rastas

Garibaldi m’ennuie 
Comme la pluie. 
Mais Machin ! m’ennu Va,
— Tel Moréa.

Guillaume Deux m’assomme,
Tels deux Guillaume,
À force d’être chic 
Comme mastic. 

Il a trop d’uniformes !… 
Eux, les Romans 
Ils mettent trop de formes 
Et de romans


À devenir plus bêtes 
Même qu’leur pied 
Et beaucoup moins honnêtes 
Que mêm’trop sied,
Littérair’ment, veux dire… 
— Ou autrement 
S’il leur plaît, — car le pire 
P’tit garnement 

De leur Bande ou Z’École
M’empêcherait 
De tendre une bricole 
Dans leur forêt,
Pourquoi, d’ailleurs, pour r’prendre 
Avec le doigt 
Quéqu’chôs’, dans leur provendRe
Que l’on me doit ?

Et je reste le Maître… 
Or, de moi-mêm’
Et s’il faut me l’permettre,
Je leur dis : « M. »

Contre les Parisiennes

Il faut enfin parler de la Parisienne 
Mieux que banalement 
Et lui dire sans fiel que dans la chose sienne 
Tout n’est pas qu’agrément. 

Elle-même se dit point belle mais jolie 
Et par « jolie » elle, elle entend 
Quelque chose de laid platement que pallie 
Un port de tête exorbitant 

Et qu’émaillent des mots ressassés qu’elle vole 
Aux journaux finis d’achever,
Avec, en sus, un tortillement trop frivole 
Des hanches pour faire… rêver.

La chlorose est son lot et ses cuisantes suites 
Et la tuberculose aussi,
Aussi la fausse couche et ses péritonites,
Aussi tous maux dans ces tons-ci… 

Elle qui se prétend reine de l’élégance,
C’est d’Angleterre, deux ou trois 
Ans après, qu’elle tire — et vêt d’extravagance 
Les modes, son goût et son choix. 

Mais assez. Résumer sera faire œuvre pie. 
Total : C’est fade et polisson 
Et c’est bavard et c’est voleur comme une pie 
Et c’est putain comme chausson.

Sur la manie qu’ont les femmes

« Quand tu vas, balayant l’air de ta jupe large »
Baudelaire disait 
Dans des comparaisons superbes en surcharge 
Ainsi qu’il en faisait… 

On peut dire aujourd’hui ce que disait le Père,
Tout à fait à rebours,
Car les femmes ont adopté quelle manière,
Dieux ! d’orner leurs entours,

Les entours de leur corps infernal et céleste 
— J’entends leur vêtement — 
D’une main à baiser, oui ! mais de quel sot geste 
De vain retroussement !

Car l’ampleur de la robe et son envol et tout le 
Reste, grâces au vent,
Font penser l’homme, non intime, mais en foule
À ce qu’il a devant… 

Tandis que cette sorte absolument hideuse 
De montrer des mollets 
Insuffisants parfois serait la source affreuse 
De bien de vœux laids !

Vous accentuez trop, Mesdames, vos « tournures »,
Et j’en reste effrayé,
Car elles sont, hélas ! d’amples caricatures 
De ce dont on s’assié… 

Ou plutôt continuez, mais plus d’un infâme 
Retroussement moqueur. 
Retroussez, retroussez, retroussez jusqu’à l’âme,
Retroussez jusqu’au cœur.

Petty Larcenies

Canaille subalterne,
Sergots, cochers, logeurs,
Plate race à l’œil terne,
Chiens couchants et mauvais coucheurs,

Je vous aime et j’estime 
Votre petit trafic,
Qui, n’osant pas le crime. 
Meut et vole, depuis le flic 

Jusqu’au collignon rouge 
De veste et de gilet, 
Jusqu’au teneur de bouge 
Et de sommeil qu’un rien troublait.

T’en souvient-il. Moi-même,
De tous leurs humbles trucs,
Quand la richesse extrême 
N’avait pas pompé tous tes sucs !… 

Le flic aimait la pièce,
Aussi le collignon. 
L’hostelier, gente espèce,
À son tour ne disait pas non… 

Puis, pour être à la coule 
De ce siècle crevant,
Chacun de cette foule 
Donnait gentiment de l’avant. 

Et, les yeux en extase 
Vers la Haute, ces bons 
Garçons — le fond du vase —
À leur tour devenaient fripons. 

Et de fripons fripouilles,
Si que, selon les gens,
« C’est la fin des grenouilles… »
Grands dieux, soyez-nous indulgents !

Cognes et flics

Autrefois j’aimais les gendarmes. 
Drôle de goût, me direz-vous… 
Enfin je leur trouvais des charmes,
Non certes au-dessus de tout,

Mais je les gobais tout de même,
Comme on prise de bons enfants. 
Élite de l’armée et crème 
Et fleur, ils m’étaient triomphants !

Leurs baudriers et leurs bicornes,
Si bien célébrés par Nadaud,
D’une sécurité sans bornes 
Flattaient mon âme de badaud.

Puis, ils lampent le petit verre 
Avant comme après le repas 
D’un geste plus ou moins sévère 
Et je ne le détestais pas. 

Je trinquais avec des brigades,
Et nous buvions à nos amours. 
Comme il sied avec des troubades,
C’était moi qui payais toujours… 

Depuis je constate avec peine 
Qu’ils sont des rosses vous dressant 
Procès-verbal à perdre haleine,
Quand ils jugent le cas pressant. 

La douille manque à la caserne. 
Or voici, grâce à tels délits,
Qu’ils fabriquent d’un style terne,
Les budgets qu’il faut, rétablis. 

À moi, les chouias, les macaches !
Désormais je me voue au chant 
National de « Mort aux vaches ! »
Fussé-je pris pour un méchant… 

Comme aussi les sergents de ville :
J’avais un estime pour eux !
Protecteurs de la paix civile,
De l’ordre gardiens valeureux,

Rempart du Bien, terreur du Crime,
Ils me semblaient, naïveté !
Une apparition sublime 
D’anges veillant sur la cité… 

Hélas ! c’est encor : « Mort aux vaches ! »
Qu’il faut crier quand on les voit. 
Massacreurs féroces et lâches,
Mouchards, non point maquereaux, soit 

Mais tout comme, ivrognes qu’indure 
Plus d’un rogomme monstrueux… 
Et le héros se dénature 
En un drôle imperpétueux.

Déception

« Satan de sort, Diable d’argent ! »
Parut le Diable
Qui me dit : « L’homme intelligent
Et raisonnable

Que te voici, que me veux-tu ?
Car tu m’invoques
Et je crois, l’homme tout vertu,
Que tu m’invoques.

Or je me mets, suis-je gentil ?
À ton service :
Dis ton vœu naïf ou subtil ;
Bêtise ou vice ?

Que dois-je pour faire plaisir
À ta sagesse ?
L’impuissance ou le désir
Croissant sans cesse ?

L’indifférence ou bien l’abus ?
Parle, que puis-je ? »
Je répondis : « Tous vins sont bus,
Plus de prestige,

La femme trompe et l’homme aussi,
Je suis malade,
Je veux mourir. » Le Diable : « Si
C’est là l’aubade

Que tu m’offres, je rentre. En Bas.
Tuer m’offusque.
Bon pour ton Dieu. Je ne suis pas
À ce point brusque. »

Diable d’argent et pas la mort !
Partit le Diable,
Me laissant en proie à ce sort
Irrémédiable.

Griefs

On me dit vieux, qui ça ? Les jeunes d’aujourd’hui !
Homère est vieux aussi, je réclame de lui,
Non dans des termes équivoques ni baroques,
Mon esprit qui n’a pas besoin de leurs breloques 
Pour tinter et briller au vrai soleil d’été. 
Cinquante ans, non sonnés, n’ont pas trop hébété,
Que je sache, l’esprit dont Dieu fit mon partage. 

On me dit vieux, qui ça ? Les amants de cet âge.
Ci, mannequins transis, de Gomorrhe venus. 
Or je suis tout plein vert, j’en atteste Vénus 
Et les dames. On me dit vieux, qui ça ? Ce maître 
Es-Anarchie (un mot suranné), petit traître 
À la patrie en deuil, au pauvre qu’il voudrait 
Faire méchant au lieu des soins qu’il lui faudrait,
Conseils doux, Dieu montré, pain, vin, la main tendue 
Et la bonne mort patiemment attendue
Comme la délivrance en une vie enfin 
Heureuse !
On me dit vieux, qui ça ? Cet aigrefin 
Imberbe, mais pêcheur émérite en eau trouble,
Qui me plaint de mon indigence triple et double,
Unique ! sans songer un instant, le pauvret,
Que je suis riche, étant honnête. Âpre secret,
Recette pas drôle, être riche puisque honnête !
On me dit vieux encore. Encore qui de bête ?
Ah oui, parfois moi-même, alors surtout que j’ai 
Mal agi, mal parlé, garrulé comme un geai,
Trottiné, comme un âne à travers telle et telle 
Préoccupation, sordeur ou bagatelle. 
Mais j’ai tôt reverdi d’entre ces détritus 
Et je me bande en presque enfantines vertus,
En efforts bien adolescents, en très viriles 
Actions contre mes propres propos futiles !

Je demande pardon pour leur peu haute voix 
Et le ton vif, — mais on n’est jeune qu’une fois.

On dit que je suis un gaga

On dit que je suis un gaga. 
C’est Moréas qui m’envoi’ ça. 

Doncques suis un gaga « n’hélas ! »
C’est ce que m’envoi’ Moréas. 

Moi qui suis un charmant garçon,
J’ dis à personn’ qu’il est quel… 

Et si j’avais l’verbe superbe 
(Et l’assonance !) je dirais…

À Raoul Ponchon

Vous aviez des cheveux terriblement ; 
Moi je ramenais désespérément ; 
Quinze ans se sont passés, nous sommes chauves 
Avec, à tous crins, des barbes de fauves. 

La Barbe est une erreur de ces temps-ci 
Que nous voulons bien partager aussi ; 
Mais l’idéal serait des coups de sabres 
Ou même de rasoirs nous faisant glabres.

Voyez de Banville, et voyez Lecon-
Te de Lisle, et tôt pratiquons leur con-
Duite et soyons, tels ces deux preux, nature. 

Et quand dans Paris, tels que ces deux preux, 
Nous irons, fleurant de littérature. 
Le peuple, ébloui, nous prendra pour eux.

À Marcel Schwob

Schwob, « la Terreur future » elle existe, très cher,
Plus que dans votre livre excessive et superbe,
Tuant l’humanité comme on fauche de l’herbe,
Par la misère et par la flamme et par le fer. 

Guerre, machinerie, exploitation du 
Pauvre haineux par le riche âpre, assauts d’astuces,
Anarchistes français et nihilistes russes,
Rendu pour un prêté, prêté pour un rendu,

La science pouvant à peine se suffire 
Pour la destruction nécessaire, on dirait,
Et jusqu’à l’Alchimie exhumant son secret. 

Ah oui, notre Terreur future elle est plus pire 
Que la vôtre stoppant du moins devant l’Enfant. 
Mais ceux-ci ! Voyez donc s’ils y vont de l’avant.

À Ernest Delahaye

Dieu, nous voulant amis parfaits, nous fit tous deux
Gais de cette gaîté qui rit pour elle-même,
De ce rire absolu, colossal et suprême,
Qui s’esclaffe de tous et ne blesse aucun d’eux.

Tous deux nous ignorons l’égoïsme hideux
Qui nargue ce prochain même qu’il faut qu’on aime
Comme soi-même : tels les termes du problème,
Telle la loi totale au texte non douteux.

Et notre rire étant celui de l’innocence,
Il éclate et rugit dans la toute-puissance
D’un bon orage plein de lumière et d’air frais.

Pour le soin du Salut, qui me pique et m’inspire,
J’estime que, parmi nos façons d’être prêts,
Il nous faut mettre au rang des meilleures ce rire.

À Félicien Champsaur

Champsaur, n’êtes-vous pas, dites, de mon avis,
Et ne trouvez-vous pas ce monde bien immonde,
Je crois qu’oui, n’en voulant pour preuve sans seconde 
Que le poivre et le sel où vous tenez confits,

Pour nos esprits charmés à qui c’est tous profits,
Vos vers d’âpre ironie et l’amère faconde 
De cette prose où sous l’allure franche et ronde 
Si souvent un sarcasme exquis nous a ravis. 

Et vous avez raison, poète que vous êtes !
Marinons nos chagrins et saurons nos dégoûts 
Et servons-les bien froids ; c’est rendre coup pour coups 

À l’étrange société qui de nos têtes 
Voulut faire son jeu de massacre et son but… 
— Petit bonhomme vit encore et lui dit : Zut !

À Catulle Mendès

Vous avez magnifiquement vengé la Muse 
D’un blasphème trop bête en son impiété :
« Baudelaire, grand cœur douloureux », a dicté
Votre vers châtiant tel pédant qui s’amuse. 

« Notre cher Baudelaire ! » ah, qu’il fut bien jeté 
Ce cri de notre cœur à la face camuse,
D’une ignorance qui s’en croit, mais qui s’abuse,
Et d’un muflisme aggravément prémédité. 

Oui, faisons respecter de la foule et du cuistre 
Nos aînés au tombeau qu’insulte un cri sinistre 
Corbeaux au lourd vol noir, belettes au corps tors. 

Et consolons d’un beau courroux qui berce et flatte 
D’un bruit encor de gloire en cette fosse ingrate 
Qui ne sait plus leur nom, les morts, les pauvres morts.

A.-F. Cazals

Ils avaient escompté ma mort,
Qui n’arrivait pas assez vite,
Pour quel vil et quel sale effort 
Avaient-ils escompté ma mort ?
Ils voulaient te salir, toi, fort 
De mon amitié, point en fuite. 
Ils avaient escompté ma mort 
Qui n’arrivait pas assez vite. 

Même elle a fait faux bond, ma mort,
À tel type et telle drôlesse 
Près de mon lit, rués au bord,
Elle a fait quel faux bond, ma mort. 
J’allais de tribord à bâbord,
Mais je vis, c’est le point qui blesse. 
Même elle a fait faux bond, ma mort,
À tel type et telle drôlesse.

Mon Cazals, tu sais qu’en dépit 
De tout je t’aime mieux qu’un frère 
Cette amitié-là, sans répit, 
Ni trêve, en crédit ou débit, 
Elle est au cœur qui la fourbit, 
S’il le faut, en arme de guerre, 
Mon Cazals, tu sais qu’en dépit 
De tout je t’aime mieux qu’un frère.

Chanson pour boire

Je suis un sale ivrogne, dam !
Et j’ai donc reçu d’Amsterdam 
Un panier ou deux de Schiedam. 

Mais seulement le péager,
Qu’il me faut pourtant ménager,
À moins que de le négliger 

M’interdit — il a bien raison ! — 
D’introduire dans ma maison 
Ce trop pardonnable poison. 

Je vole à la gare du Nord,
Mais j’y pense : or voici que l’ord-
E misère est là qui me mord…

Hélas ! comment faire, Vanier ?
Je n’ai plus l’ombre d’un denie
Pour vous offrir un verre ou deux de ce panier.

Autre chanson pour boire

Je triomphe et j’ai ce Schiedam,
(Qui ne me vient point d’Amsterdam,
Mais de la Haye),
Et j’en ai bu beaucoup, beaucoup,
Trop peut-être et j’ai vu le loup 
Sauter la haie. 

La haie, hélas ! de ma raison 
Sauter et fuir à l’horizon,
Tel un cortège,
À lui tout seul, ce loup, de loups 
Et jadis : il me serait doux,
Puisque m’assiège 

Le remords — car c’est du remords,
Et le remords c’est des rats morts 
Dont l’odeur pue,
De n’avoir encor partagé 
Ce Schiedam ô si fort que j’ai !
Avec tel dont la note est due,
— De partager (un peu) ce fier Schiedam que j’ai.

Chanson à manger

Nos repas furent sommaires, 
Cette semaine : enfoncés 
Les Marguerys et les Maires 
Aux menus par trop foncés. 

Fi de la sole normande, 
Fi de l’entrecôte au jus, 
Puisque tous ces jours-ci j’eus 
La satisfaction grande 

D’être un végétarien 
À l’instar de ce poète 
Bouchor, ou de cet esthète 
Sarcey, critique ancien.

Nous mangeâmes de la soupe 
Où lentilles et poireaux 
Mêlaient leurs parfums farauds 
À celui du pain qu’on coupe. 

L’eau coulait dans le cristal 
Plus pure que loi, plus claire,
Meilleure que vin ou bière,
Boire idéal et fatal !

C’est dommage que le ventre 
Soit un ventre préférant 
Encore un bon restaurant 
À Polyphème, ton antre !

À mon amie Eugénie

Contrariante comme on l’est peu, nom de Dieu !
Tu n’en fais qu’à ta tête — et moi rien qu’à la mienne 
Non plus — et je suis tel que je suis, quelque peu 
Que je sois, et j’y reste en dépit de la tienne 

De tête, et, nom de Dieu ! j’adorerais ce jeu,
S’il ne me tuait pas en manière de tienne 
Plaisanterie et de ta part et de la mienne,
Je dis un peu ce qu’il faut dire, nom de Dieu. 

Je ne suis pas ni comme il faut, ni de génie,
Mais je me souviens qu’on te prénomme Eugénie,
Et je me rappelle aussi que c’est aujourd’hui 

Ta fête, et qu’il faut encore que je la souhaite,
En dépit de nos torts de femme et de poète,
Et je t’envoie, ô, ce sonnet fait aujourd’hui.

Une folle entre dans ma vie

Une folle entre dans ma vie 
Et je n’en suis pas étonné 
(À qui voulez-vous qu’on se fie ?) 
Une folle entre, — quelle envie !

Et pourtant j’avais ordonné 
Patience et philosophie 
À qui j’étais subordonné 
Moyennant sa photographie. 

Termes affreux ! Rimes ? Comment ?
Mais n’est-il pas vraiment charmant 
D’être à travers ce caractère,

Ce caractère qu’il faudrait 
Renfoncer si l’on le voudrait… 
Mais cette folle est mon affaire.

Contre une fausse amie

Les beaux sentiments,
Tout comme une armée,
Rappliquent fumants 
Poudre avec fumée,

Rappliquent sans rien 
Qui rappelle l’ordre,
Répliquent sans bien 
Savoir où que mordre !

Mais, sachant de qui 
Provient le désastre,
Poniatowsky 
Mal noyé ; nul astre,

(Nulle étoile) ils ont 
Repris la montagne 
Et même le Mont…
Aussi, — la campagne !

. . . . . . . . . . 

Or tu m’as menti 
Comme une poupée :
Elle a ressenti,
Mon âme trompée !

Et j’ai rappliqué,
Telle notre Armée 
Et notre Clergé,

Vers-la-mieux-Aimée !

Pour Mlle E. M.

« Plus pire encore que nature »,
Comme zézaie en son langage,
Cet ange hors d’âge et d’usage,
Elle est si toc qu’elle en est pure !

Elle est méchante, c’est la gale,
Et vraiment pour t’avoir « gobée »,
Il m’a fallu quelle fringale. 
Mademoiselle Machabée,

Quelle fringale, trop frugale,
Qui rappellerait le vampire 
— De qui l’affre à rien ne s’égale —

Qu’il paraît que fut l’homme pire 
Dont Saint-Ouen, ville destinée,
Frémit encor, mal étonnée !

À ma bien-aimée

Je connais tout, même moi-même. 
Je ne sais rien, même de toi. 
Je suis l’inconscient, et j’aime 
Je ne sais qui, jusques à moi !

Mais je n’ignore pas quiconque,
Et ce quiconque là, j’y suis 
Pour lui parler si, dans la conque 
De son oreille, ce pertuis !

Il désire que je lui glisse 
Telle parole ou bien un mot 
Et s’il voulait qu’on lui foutisse 
Un compliment de matelot.

Je suis de ce siècle et de toutes 
Les décadences, et je suis 
Ce pèlerin qui, par les routes,
Et me congèle et me recuis. 

Et sans peur ni de la mort verte 
Ni de la vie en rose, j’ai 
Pour réponse à tel propos gai 
Ou triste ou riendutoutiste : M…

À la seule

Tu n’es guère qu’une coquine,
Qu’un abominable vaurien 
Du sexe ennemi, mais combien 
Je t’aime, tu le sais, gredine 

Exquise qui me fis quel bien 
Et me fais que de mal ! J’opine 
Pour ta mort… ou la mienne, ou bien 
Pour les deux en même temps.. Ni ne 

Dis mot, ni surtout ne te tais !
Je bafouille en songes épais 
(Ainsi que parlait Sainte-Beuve),

Quand tu n’es pas là ; je n’y suis 
Pas non plus, et ce que je cuis 
Dans mon jus ! Reviens, ô ma Veuve !

À l’ancienne

Mais puisque l’hyène ancienne 
Revient pour relécher le sang 
Des blessés, eux, tombés au rang 
D’honneur pourtant, puisque la haine,

La haine ! elle est à qui la veut !
C’est le diable au sens catholique,
La sottise au sens symbolique,
Puisque la haine, alors, ne peut,

Ne veut plus abdiquer ni feindre,
Puisque le drapeau relevé 
Sous tant d’horreurs est rebravé,
Ce n’est donc plus nous qu’il faut plaindre,

C’est l’infamie et l’Être faux,
La femme ou l’homme qui l’assume,
La femme et l’homme, époux posthume 
D’un serment mort, et par les vaux 

Et par les monts et par les ondes 
Et les naufrages d’au-delà,
Honte et pitié sur l’homme et la 
Femme de ces retours immondes. 

Et que suive en attendant mieux 
Ou pire, car qui sait les choses 
Par ces temps brusques et moroses ?
Ces vœux de moi, ces miens adieux !

Pour E...

Tu me fais un peu mal à la tête,
Ô jalouse ainsi que le soupçon,
Je ne suis pas toujours à la fête 
Alors que tu me fais la leçon 

Ô doctoresse en droit féminin,
Épargne un peu ce moi, ta conquête,
Et fais-lui le don félin, canin,
De ta compétence qui me guette,

Ta compétence en le droit charmant 
Qu’ont les femmes, hélas ! sur nos âmes 
D’hommes et même sur nos vraiment 
Faibles corps d’hommes, ô vous, les femmes…

Ô toi, ma femme, ô toi, laisse-moi 
T’aimer beaucoup sans surtout trop croire 
Que je ne t’aime que pour la gloire. 
Non, je t’aime encore pour l’émoi,

Pour ce cher émoi de notre chair 
Commune comme un bien qu’on partage,
Alors que nous sommes au lit cher 
À notre chair laissée en otage 

De notre cœur ô que mutuel,
De notre âme ô combien réciproque,
De notre amour si doux, si cruel,
Que je le crois seul de son époque.

Rêve

Je renonce à la poésie ! 
Je vais être riche demain. 
À d’autres je passe la main : 
Qui veut, qui veut m’être un Sosie ? 

Bel emploi, j’en prends à témoin 
Les bonnes heures de balade,
Où, rimaillant quelque ballade, 
Je passais mes nuits tard et loin. 

Sous la lune lucide et claire 
Les ponts luisaient insidieux, 
L’eau baignait de flots gracieux 
Paris gai comme un cimetière.

Je renonce à tout ce bonheur 
Et je lègue aux jeunes ma lyre ! 
Enfants, héritez mon délire, 
Moi j’hérite un sac suborneur.

Réveil

Je reviens à la poésie ! 
La richesse décidément 
Ne veut pas de mon dénûment, 
Et c’est un triste dénouement. 

À moi la provende choisie, 
L’eau claire et pure et ce pain sec 
Quotidien non sans, avec, 
Un gentil petit air de rebec ! 

À moi le lit problématique 
Aux nuits blanches, aux rêves noirs, 
À moi les éternels espoirs 
Pavanés des matins aux soirs !

À moi l’éthique et l’esthétique. 
Je suis le poète fameux 
Rimant des vers pharamineux 
À l’ombre d’un quinquet fumeux !
 
Je suis l’âme par Dieu choisie 
Pour charmer mes contemporains 
Par tels rares et fins refrains 
Chantés à jeun, ô cieux serins ! 

Je reviens à la poésie.

La montre brisée

Dans notre vie un peu fantasque 
Il n’est, je crois, rien arrivé 
De plus masque et tambour de basque 
Et mi-carême et mardi gras 

Que cette colère venue 
De quel donc prétexte vraiment ?
Qui, dès grosse erreur reconnue,
Nous rentrés de mauvaise humeur,

Me fit, sans que rien pût là contre,
D’un pied fantochement vainqueur,
Écraser cette pauvre montre 
Que tu venais de m’acheter.

Je piétinais comme un beau diable,
Comme un polichinell’ rageur,
L’horloginette lamentable 
Qui tôt ne fut qu’un triste tas 

De cuivre et d’argent et de verre 
Dès lors se relevant en… « bosse »,
Et maintenant, à moi sévère,
Après coup je compris trop tard 

Que j’ai mal et me lamente 
À propos du bijou perdu 
Et de l’heure à jamais absente… 
Mais quelque chose de dedans 

Moi-même me dit : « C’est carême 
Aujourd’hui, mais rassure-toi, — 
L’heure n’en va pas moins quand même. 
Heureuse ou non… »
Baste ! aimons-nous.

Mon apologie

Je suis un homme étrange, à ce que l’on me dit ;
Aux yeux de quelques-uns pur et simple bandit,
Pur et simple imbécile aux yeux de quelques autres ;
D’autres encor m’ont mis au rang des faux apôtres,
Pourquoi ? D’aucuns enfin au rang des dieux, pourquoi,
Mon Dieu ? Quand je ne suis qu’un bonhomme assez coi,
Somme toute, en dépit de quelque incohérence. 

Or j’ai souffert pas mal et joui non moins : rance 
Juste milieu, je t’ai toujours mal reniflé,
Malgré tout mon désir de vivre mieux réglé. 
Mieux équilibré, comme parlerait un sage 
De nos jours après tout sages, selon l’usage 
Des jours anciens et futurs. 
Donc, j’ai souffert 
Beaucoup et surtout de mon fait, à découvert,

Par exemple, et saignant ainsi que pour l’exemple,
Et scandaleux comme l’ilote. Oui, mais quel ample 
Et bon remords me prit, par la grâce de Dieu,
De mes fautes d’antan, presque juste au milieu 
De l’expiation de tant de jouissances !

Et, dès lors, j’ai vécu de toutes les puissances 
Du cœur et de l’esprit bien mûris par l’été 
Splendide du bonheur et de l’adversité. 
Voilà pourquoi je suis ce qu’on nomme cet homme 
Étrange, et qui ne l’est, encore qu’on le nomme 
Tel. Au plus un original ; encore, encor ?
Car je ne pose pas dans tel ou tel décor,
Que je sache, et mon geste est d’un complet nature,
Triste ou gai, je concède assez vif, d’aventure,
Quand il sied, assez lent par hasard, s’il le faut. 

Donc, ô mes amis chers, prisez pour ce qu’il vaut 
Mon caractère tel qu’il est : tout d’une pièce ?
Non, et je ne crois pas qu’il emporte en l’espèce,
Mais fort peu compliqué ; de bonne foi toujours ?
Non, car je suis un homme et je ne suis pas l’ours 
Des solitudes, brave bête un peu farouche,
Mais si franche ! — et je mens parfois, plutôt de bouche 
Qu’autrement, mais enfin je mens… au fond, si peu !

Et oui, j’ai mes défauts, qui n’en a devant Dieu ?
J’ai mes vices aussi, parbleu ! Qui n’en a guère 
Ou beaucoup ? Mais à la guerre comme à la guerre 
Il faut me supporter ainsi, m’aimer ainsi 
Plutôt, car j’ai besoin qu’on m’aime. 
Et puis ceci :
Dieu m’a béni, lui qui punit de main de maître,
Terriblement, et j’ai reconquis tout mon être 
Dans le malheur tant mérité, tant médité,
Et c’est ce qui m’a fait meilleur, en vérité,
Que beaucoup d’entre ceux dont si stricte est l’enquête. 

Mais, Seigneur, gardez-moi de l’orgueil, toujours bête !

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