Je contemplois un jour le dormant de ce fleuve
Qui traine lentement les ondes dans la mer,
Sans que les Aquilons le façent escumer
Ni bondir, ravageur, sur les bords qu'il abreuve.
Et contemplant le cours de ces maux que j'espreuve
Ce fleuve dis-je alors ne sçait que c'est d'aimer,
Si quelque flamme eust peu ses glaces allumer
Il trouveroit l'amour ainsi que je le treuve.
S'il le sentoit si bien, il auroit plus de flots,
L'Amour est de la peine et non point du repos,
Mais ceste peine en fin est du repos suyvie
Si son esprit constant la deffend du trespas,
Mais qui meurt en la peine il ne merite pas
Que le repos jamais luy redonne la vie.


Jean de Sponde

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