J'étais un arbre en fleur où chantait ma Jeunesse,
Jeunesse, oiseau charmant, mais trop vite envolé,
Et même, avant de fuir du bel arbre effeuillé,
Il avait tant chanté qu'il se plaignait sans cesse.

Mais sa plainte était douce, et telle en sa tristesse
Qu'à défaut de témoins et de groupe assemblé,
Le buisson attentif avec l'écho troublé
Et le cœur du vieux chêne en pleuraient de tendresse.

Tout se tait, tout est mort ! L'arbre, veuf de chansons,
Étend ses rameaux nus sous les mornes saisons ;
Quelque craquement sourd s'entend par intervalle ;

Debout il se dévore, il se ride, il attend,
Jusqu'à l'heure où viendra la Corneille fatale
Pour le suprême hiver chanter le dernier chant.

 

Charles-Augustin Sainte-Beuve

Découvrez Poésie Postale, votre abonnement mensuel pour recevoir des poèmes inédits et œuvres d'art originales par la poste, le tout dans une enveloppe scellée à la cire.

Gâtez-vous ou offrez de la poésie en cadeau !

Cliquez ci-dessous pour découvrir un poème au hasard.