Quand la cloche du soir, dans l’air mélancolique,
Vibre et rappelle au loin, vers le chaume rustique,
Le pâtre et ses troupeaux dans les champs dispersés,
Des ans qui ne sont plus le souvenir s’éveille,
Et dans les voix du soir je crois prêter l’oreille
A la voix de mes jours passés.

Où sont mes frais espoirs ? Craintives hirondelles,
Vers les pays d’azur ouvrant leurs jeunes ailes,
Avec mes beaux soleils ils se sont éclipsés ;
Ils ont fui des hivers les haleines trop rudes.
Oh ! revenez parfois peupler mes solitudes,
Doux fantômes des jours passés !

Où ont mes compagnons de joie et de jeunesse ?
L’avenir a trahi sa riante promesse :
Les meilleurs dans la mort reposent embrassés !
De ceux qui restent l’âme est oublieuse ou fière.
Rappelez à mon cœur leur tendresse première,
Douce voix de mes jours passés !

Où donc est cette enfant toute blonde et naïve
Que j’aimais, jeune encor, d’une amitié si vive ?
De nos sentiers déjà ses pas sont effacés ;
Et du clocher natal, dans ta sombre demeure,
Tu n’entends plus la voix qui vibre et qui te pleure,
Douce Amour de mes jours passés !

Cloche, qui chaque soir, comme une sainte mère,
Me rappelais des champs pour dire ma prière,
Quand la chaleur fuira de mes membres glacés,
Que ta voix dans les airs m’arrive et me console ;
Au ciel avec tes sons que mon âme s’envole,
Doux timbre de mes jours passés !


Auguste Lacaussade

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