J’ai voulu, le premier jour,
Vendre mes chansons d’amour ;
J’étais bien novice !
Ô mes dignes manuscrits,
L’épicier qui vous a pris
M’a rendu service.

Le second, j’ai, sur le quai,
Vendu mon couvert marqué,
Vieux meuble d’histoire,
Où mon aïeule, en mordant,
Cassa sa dernière dent,
Sous le Directoire.

Le troisième, Dieu merci,
J’ai vendu ma montre aussi,
Ma montre perfide,
Qui s’amusait à sonner
L’heure exacte du dîner
Sur mon ventre vide.

Le quatrième, ô bonheur !
J’ai vendu mon prix d’honneur
Pour six francs cinquante !
De ma gloire d’autrefois
J’ai fait deux dîners ou trois...
Sans vin d’Alicante !

Aujourd’hui, je n’ai plus rien,
Et mon ventre, comme un chien,
Aboie à la lune.
Aujourd’hui, pour tout trésor,
Je garde la bague d’or
De Nina la brune !

Tais-toi, mon ventre affamé ;
Celui-là qui fut aimé
Sourit quand il tombe ;
Le néant sera moins froid,
Si je peux, sa bague au doigt,
Dormir dans ma tombe !


Louis Bouilhet

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