Fleur modeste des champs quelle est ta destinée ?
Tu sembles comme moi languir abandonnée.
Dévoilant par degrés tes pudiques couleurs,
Tu naquis tout à l'heure aux regards de l'aurore ;
Sur toi pour t'embellir elle a versé des pleurs :
Mais tu vis délaissée, et tu vois, jeune encore,
Se perdre dans les airs tes suaves odeurs.
Fleur obscure et sans nom, comme moi solitaire,
Dieu cacha tes destins dans un humble mystère ;
Et l'étoile du soir, aux tremblantes lueurs,
Te verra disparaître inconnue à la terre.
Sur l'azur velouté de ton sein virginal
D'un ciel limpide et bleu tu réfléchis l'image ;
Une larme échappée au passager nuage
Scintille sur ta feuille au rayon matinal ;
Et le jeune zéphyr qui s'éveille et voltige,
Caresse en se jouant ta gracieuse tige ;
Sur le tapis naissant des gazons d'alentour
Tu brilles balancée au vent de son amour.
Mais ce qui brille, hélas ! ne doit briller qu'un jour !
Le ciel n'accorde aux fleurs qu'une vie éphémère.
Les perles du matin, l'azur du firmament,
T'embellissent en vain de leur grâce étrangère ;
Au milieu de sa course un astre étincelant
Flétrira tes couleurs à son rayon brûlant ;
Et tout à l'heure, hélas ! l'orageuse rafale
Peut-être aura brisé ta tige virginale :
Ou quelqu'indifférent de son pied inhumain,
En passant, foulera l'humble fleur du chemin.
Ah ! puisse alors venir la vierge jeune et belle,
Pour relever la fleur qui mourut avant elle,
Et n'eut qu'un seul baiser du souffle du matin.
Mais le soleil s'élève... Adieu, fleur solitaire !
Demain ton souvenir ramènera mes pas
Vers ces lieux qu'embellit ta corolle éphémère ;
Je n'aurai plus alors qu'à pleurer ton trépas !
Jusque là cependant brille, fleur passagère !
Comme toi je mourrai ... mais ne brillerai pas !...


Auguste Lacaussade

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