Rends la sève aux heureux, naïade de Jouvence,
À leurs rapides jours donne un long renouveau ;
Retourne pour eux seuls le fatal écheveau
Dont le fil mesuré vers les ciseaux s’avance.

Ceux-là n’ont pas connu le soupir dès l’enfance,
L’austère appel du Vrai, l’altier défi du Beau,
Le tourment d’y répondre et l’attrait du tombeau
Pour le front sans appui, pour le cœur sans défense.

Le ciel lointain des yeux ne leur a pas fait mal ;
Ils n’ont connu qu’un proche et clément idéal,
Et les regrets en eux ne sont pas des blessures.

Mais les martyrs du rêve et ceux du souvenir,
Inclinés vers la fosse aux promesses plus sûres,
Craignant tous les amours, n’osent pas rajeunir.


René-François Sully Prudhomme

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