Oui, les tailleurs sont en grève,
C'est bien décidé ;
Ils laissent, c'était leur rêve,
L'aiguille et le dé ;
Les ouvriers, bien qu'ingambes,
Ne travaillent pas :
Au lieu de s' croiser les jambes,
Ils s' croisent les bras.

Pourtant le veston, je gage,
Pouvait passer pour
N' pas leur donner grand ouvrage,
Tant il était court ;
L' gandin qui, par caractère,
De rien n'est confus,
Se dit : — Je n' m'en f'rai plus faire,
Puisqu'on n'en fait plus.

Certain député d' la droite,
Très connu d'ailleurs,
Blâme la mesure étroite
Des garçons tailleurs,
Et murmure : — Saperlote !
Moi, nouveau Solon,
J' vais donc être sans culotte,
Faut' de pantalon.

Ma défroque est déjà mûre ;
Les tailleurs aidant,
Bientôt je s'rai, si ça dure,
Vêtu comme Adam ;
Si Spartacus me croit digne
D'un pareil cadeau,
J'lui d'mand'rai sa feuill' de vigne,
Sitôt qu'il f' ra beau.

Pourtant un espoir nous reste :
S'ils font les méchants,
Les tailleurs auront un' veste ;
Quand viendra Longchamps,
On port'ra, comme habit d'homme,
Un' peau d' bête ; en c' cas,
Il est beaucoup d' gens qu'en somme
Ça n' changera pas.

Bref, que la grève soit brève,
C'est inopportun !
En fait, la grève... ça grève
Le budget d' chacun ;
Si l'ouvrier, qui trop rêve,
Est intelligent,
Qu'il songe qu'on peut en grève
Mettre aussi l'argent.


Alexandre Flan

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