Les siècles, où les Dieux, dès longtemps oubliés,
Par millions, jadis, se sont multipliés ;
Les innombrables jours des aurores futures
Qui luiront sur la vie et ses vieilles tortures,
Et qui verront surgir, comme des spectres vains,
Des millions encor d’Éphémères divins ;
Et l’âge immesuré des astres en démence
Dont la poussière d’or tournoie au Vide immense,
Pour s’engloutir dans l’ombre infinie où tout va ;
Tout cela n’est même pas un moment de Siva.
Et quand l’Illusion qui conçoit et qui crée,
Stérile, aura tari sa matrice sacrée
D’où sont nés l’homme antique et l’univers vivant ;
Quand la terre et la flamme, et la mer et le vent,
Et la haine et l’amour, et le désir sans trêve,
Les larmes et le sang, le mensonge et le rêve,
Et l’éblouissement des soleils radieux,
Dans la Nuit immobile auront suivi les Dieux ;
Se faisant un collier de béantes mâchoires
Qui s’entre-choqueront sur ses épaules noires,
Siva, dansant de joie, ivre de volupté,
Ô Mort, te chantera dans ton Éternité !


Leconte de Lisle

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