Ne percez plus mon cœur, ô vanités serviles,
De vos soucis tranchants,
Éloigné de la Cour, je m'éloigne des villes
Pour approcher des champs.

Cet amour que j'y bois dedans l'œil de Silvie
M'est plus délicieux,
Que ce que Jupiter pour nous donner envie
Dit qu'il boit dans les cieux.

Non, ces lieux où l'on dit que ce grand Dieu demeure
N'ont point tant de plaisirs,
Puisqu'il a cru qu'aux champs la place était meilleure
Pour flatter ses désirs.

On l'a vu dans les champs plusieurs fois se repaître
De quelque ébat nouveau,
Et chatouiller ses sens sous la forme champêtre
D'un cygne ou d'un taureau.

Pour le plaisir des champs si ce dieu s'est fait bête,
Doit-on à cette fois
Dire que j'ai banni la raison de ma tête,
Me faisant villageois ?

Tant de dieux qui jadis portaient une houlette
Ont voulu m'obliger,
Bien que je sois mortel, me donnant leur retraite,
De me faire berger.

Ô que j'aime les eaux, laissez-moi les rivages,
Ô beaux rivages verts :
Belle Seine, beaux prés, petits monts, bois sauvages,
Je vous donne mes vers.

Ô vers qui m'échappez sur le bord de la Seine,
Allez, suivez son cours,
Et dites aux Zéphyrs que je vous fais sans peine,
Et non point sans amours.

J'aime tant vos fraîcheurs, et j'aime tant vos ombres,
Ô prés, bois et zéphyrs,
Que je ferai le frais de vos mollesses sombres,
Témoins de mes plaisirs.

Zéphyrs, allez hâter ; allez baiser Silvie,
Que si j'en suis jaloux,
C'est que je ne peux pas, lorsque j'en ai l'envie ;
La baiser comme vous.


Pierre de Marbeuf

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