LE FILS.

Mère, te souvient-il que nos vieux sapins verts
Berçaient au vent du nord leurs grands festons de neige
Quand mon père est parti (voilà bien des hivers !)
Pour les pays lointains ? Bientôt l’embrasse rai- je ?


LA MÈRE.

Je l’ignore, mon fils.


LE FILS.

Mère, à nous pense-t-il,
Ainsi que nous à lui ?... Pourquoi ces longs voyages ?
Voit-il sous d’autres deux de plus beaux paysages,
De plus riches soleils ?...


LA MÈRE.

Ton père est en exil...

Au pays où l’on parle une langue étrangère,
Il voit de beaux enfants qui ne sont pas à lui ;
Il n’a pas un ami, pas de sœur, pas de frère. —
Il monte chaque soir à l’escalier d’autrui.

À son foyer jamais personne qui l’attende !
Il ouvre sa fenêtre, il écoute la mer,
Et regarde en pleurant son immense désert...
Ah ! dans son cœur alors la solitude est grande.


LE FILS.

Et n’espère-t-il pas être un jour consolé ?


LA MÈRE.

L’espérance meurt vite au cœur d’un exilé.


LE FILS.

Ma mère, est-ce pourquoi, triste comme les veuves,
Tu ne mets plus jamais tes belles robes neuves,

Et tu ne chausses plus tes souliers de satin ?
Où sont tes bracelets, tes jupes à dentelles ?
Tu ne vas plus au bal, toi belle entre les belles,
Et tu veilles bien tard près d’un feu qui s’éteint.


LA MÈRE.

Ah ! si Dieu veut qu’un jour le pauvre absent revienne,
Qu’il trouve ici l’enfant sans que la mère y soit,
Tu diras que jamais d’autre main que la sienne
N’a touché l’anneau d’or qu’il a mis à mon doigt.


André Lemoyne

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